Barguil : «Mes enfants m’ont dit: “Fais attention papa, ne tombe pas”»
La première victoire de Warren Barguil dimanche
aura été le retour à la compétition après ses blessures.
Le Breton a fait son retour à la compétition dimanche sur l’Amstel Gold Race, deux mois après sa lourde chute au Tour des Alpes-Maritimes. Avec des craintes familiales pas simples à gérer.
«J’avais envie de courir et en même temps j’aurais
aimé reprendre par une course un peu plus simple»
21 Apr 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
MAASTRICHT (HOL) – Signe d’un week-end qui ne pouvait pas mieux commencer pour lui, Warren Barguil est arrivé samedi aprèsmidi aubardesonhôtel àMaastricht (Pays Bas) au moment où le FC Lorient, son club de coeur en tant que Morbihannais, ouvrait le score face à l’OM. Autorisé à recourir à partir de dimanche, deux mois après sa lourde chute au Tour des Alpes-Maritimes (22 février), le Breton de Picnic PostNL est revenu sur cette période dure à encaisser. Fracture de la clavicule, du bassin et des côtes, hématome, commotion cérébrale, le bilan était lourd fin février et il en porte encore les stigmates, psychologiquement. Il était quand même heureux dimanche soir, à Valkenburg, quand on est retourné le voir pour conclure l’entretien. Il avait fait 200 kilomètres sur l’Amstel Gold Race, plus qu’il ne l’imaginait, et il sera au départ de la Flèche Wallonne demain.
- Avez-vous le sentiment de revenir de loin?
J’ai eu pas mal de chutes dans macarrière, j’avais notamment été renversé par une voiture à l’entraînement ( en janvier 2016 dans le sud de l’Espagne), je mesouvenais toujours de tout, mais là non. Je revois l’endroit où je tombe mais je meréveille ensuite dans l’ambulance. Le médecin m’a dit que j’étais conscient et que je lui avais parlé. J’ai eu une perte de connaissance mais ça a été vite rassurant. Entermes de blessure, le premier truc que je sens, c’est la clavicule. Onafait une première radio mais on m’a tout de suite emmenéfaire un scanner, car j’avais eu un choc à la tête. Avec la commotion cérébrale, c’était la descente émotionnelle. La clavicule, je savais que c’était une semaine ou deux sans vélo. Là, c’était bien plus grave que ce que je pensais. Et en mêmetemps, chuter à 70 km/h, je savais que ce n’était pas anodin.
- Comment s’est passé le retour à la maison, sans pouvoir faire de vélo?
Mafemmeesttout de suite venue mevoir à Nice. L’avoir à côté de moi à l’hôpital, c’était rassurant. Onest remontés tous les deux tranquillement. J’ai profité de mafamille et de mesenfants, j’ai essayé de remonter très vite sur le home-trainer à la maison, je prenais le vélo-cargo pour emmenerles enfants à l’école. J’essaie toujours d’aller de l’avant, d’être positif dans madémarche. C’est maphilosophie de vie, je medis qu’il y a toujours pire. J’ai vu ce que Damien Touzé avait eu, j’ai eu de la chance.
- Les journées étaient-elles longues?
J’ai eu beaucoup de visites, personne ne voulait melaisser seul, j’ai payé pas mal de cafés car tout le mondesavait que je n’avais rien à faire ( rires). Mais c’était long, forcément. J’ai continué la vie normale que j’avais, j’allais à l’école avec les enfants à 8h30 puis à 16h30, ça m’imposait un rythme. J’ai pris le positif. Je suis allé faire les sandwichs avec d’autres parents un vendredi matin, dans le cadre d’une opération pour un enfant handicapé.
- La chute, les blessures et la peur engendrée chez vos proches ont-elles changé votre rapport au vélo?
Mesenfants se sont rendu compte qu’être à l’hôpital, c’était grave. Ils ont 6 et 3 ans, ils étaient vraiment très précautionneux quand je suis rentré à la maison. C’était marrant de voir à quel point ils faisaient attention à maclavicule cassée. D’habitude, c’est moi qui fais attention à eux, là c’était l’inverse. Je ne medis pas pour autant que je dois arrêter le vélo, je suis trop mordu, j’aime trop ça. Mais ça a changé monrapport à la course en peloton. Parfois, on prend beaucoup de risques.
- Et c’était comment dimanche, sur l’Amstel?
Avant le départ, je n’étais pas très confiant, pour être honnête. Je ne sais pas si c’est d’en avoir parlé avec vous hier ( samedi), mais j’ai eu une sensation bizarre. Et mes enfants, le soir, m’ont dit: “Fais attention papa, ne tombe pas.” Çam’aunpeu choqué, ça m’a mis la pression.
- Partir dans l’échappée était une manière de fuir le risque et les chocs?
J’ai été très actif pour être dans l’échappée, il y avait moins de mondedevant, moins de tension que dans le peloton. Le risque, après des fractures, ce sont les chocs… Je mesuis fait plaisir. J’ai “bourriné” un peu inutilement. J’ai fait 170 kilomètres devant et j’ai arrêté au bout de 200 je crois, 196 exactement. J’ai fini complètement rincé. Mais ces journées mefont avancer pour avoir de meilleures jambes.
- Revenir le jour de votre autorisation de recourir était la bonne chose à faire?
J’avais envie de courir et en mêmetemps j’aurais aimé reprendre par une course un peu plus simple ( sourire). L’Amstel est très dure, très nerveuse et exigeante, je voulais essayer d’être prudent. La préparation est très, très courte, je n’ai fait que deux semaines d’entraînement et je n’avais pas le droit de courir jusqu’à samedi soir. Prendre ce départ, c’est déjà bien. Çaveut dire que les choses se remettent dans l’ordre.
- Dans quoi vous vous épanouissez le plus aujourd’hui?
Déjà, j’ai encore un contrat jusqu’à fin 2027, je ne vais pas m’arrêter tout de suite (sourire). J’aime toujours autant l’ambiance de l’équipe, retrouver les coéquipiers, aller faire les reconnaissances, les massages. C’est toujours un plaisir. J’adore m’entraîner et j’adore courir.
C’est plus dur de gagner aujourd’hui, c’est vrai, mais j’ai un rôle différent. J’aimerais faire des courses de niveau inférieur pour tenter de plus jouer les premiers rôles, mais je m’épanouis aussi pleinement dans ce rôle de capitaine de route. Être auprès des jeunes meplaît beaucoup. Faire le Tour (du 4 au 26 juillet) cet été memotive toujours. »
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EN BREF
34 ans. Équipe : Picnic-PostNL
Tour de France : 11 participations (10e en 2017 et 2019). Meilleur grimpeur en 2017.
Champion de France : sur route (2019).
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