Paris-Roubaix : Tadej Pogacar, une bataille après l’autre


JASPER JACOBS/BELGA via Reuters Connect - Tadej Pogacar aura fort à faire entre le parcours modifié, dont la totalité du secteur pavé a été porté à 54,8 km, et ses rivaux, parmi lesquels Van der Poel, Wout Van Aert, Mads Pedersen, Filippo Ganna, pour remporter Paris-Roubaix.

Le Slovène s’attaque, ce dimanche, sur Paris-Roubaix, à l’ultime Monument qui manque à son immense palmarès.

11 Apr 2026 - Le Figaro
Jean-Julien Ezvan

La peur des chutes et du vide a longtemps repoussé les coureurs des grands tours loin des tourments de Parisroubaix, épreuve ultime pour le défi violent imposé aux coureurs et à leurs machines, le décor rustique tendu, les fantômes accrochés aux secteurs jonchés de pavés disjoints, hostiles. Jusqu’à la domination imprimée par le diabolique Tadej Pogacar. Un caméléon. Un drôle de numéro. Son visage poupin, ses joues rondes, lisses, n’impriment (presque) jamais les marques de l’effort. Il sort des calvaires annoncés avec une mèche de cheveux capricieuse qui s’échappe du casque et un sourire malicieux. Heureux du tour joué, prêt à y retourner sans tarder. Ses jambes ne sont pas fuselées et son gabarit banal (1,76 m ; 66 kg) ne le distingue pas du reste de la meute. Et pourtant… Quels que soient le terrain, les conditions météorologiques, le scénario, les rebondissements, les contretemps, le leader de l’équipe UAE Team Emirates martyrise ses rivaux avec méthode. Les abandonne épuisés, écoeurés. Prêt à dévorer la suite.

Dans une épreuve au long cours exigeant endurance, expérience et un soupçon de chance, le Slovène a, l’an dernier, fait de sa découverte de l’Enfer du Nord une course stupéfiante d’audace, de maîtrise, de virtuosité. Jusqu’à une erreur fatale. À 38 km de l’arrivée, au coude à coude avec Mathieu van der Poel, le Slovène entré trop vite dans un virage à droite s’est retrouvé enlisé dans le bas-côté spongieux et a vu son vélo faire un soleil. Le Néerlandais a profité de la brève séquence venue casser le rythme infernal imposé en tandem pour s’envoler vers une troisième victoire consécutive à Roubaix. Soulagé d’avoir pu se débarrasser de celui qui avalait les secteurs pavés avec facilité, repoussait la fatigue avec hardiesse et s’accrochait à ses larges épaules avec l’entêtement d’un sparadrap.

Frustré, Tadej Pogacar avait, au mépris des risques encourus, promis de revenir. Depuis, vainqueur de Milan-san Remo le 21 mars au terme d’un scénario renversant avec une chute dans la Cipressa à 33 km de l’arrivée avant un sprint au millimètre devant Tom Pidcock, il ne lui manque plus qu’un succès sur Paris-roubaix pour avoir triomphé de tous les Monuments (Tour des Flandres 2023, 2025, 2026; Liègebastogne-liège 2021, 2024, 2025 et Tour de Lombardie 2021, 2022, 2023, 2024, 2025). Et rejoindre les légendaires Belges Rik Van Looy, Roger De Vlaeminck et Eddy Merckx, les seuls coureurs ayant remporté les cinq Monuments, références des courses d’un jour. Coureur en trois dimensions, Tadej Pogacar (27 ans) se mesure au passé, confisque le présent et sert de référence pour le futur comme lorsque la presse espagnole s’appuie sur lui pour accompagner les fulgurances, lors du Tour du Pays basque, du prodige français Paul Seixas, présenté comme le « nouveau Pogacar ».

L’heure de la revanche

Au départ de Compiègne, ce dimanche, sur la place du Général de Gaulle accueillant les premiers pavés (inoffensifs) comme un avant-goût de l’épreuve indigeste à venir, le phénomène slovène cherchera à ajouter une dernière corde à son arc. Face à lui se dresseront les pièges de la 123e édition de la Reine des Classiques (258,3 km ; dont 54,8 km de pavés en 30 secteurs, départ à 10 h 50 ; arrivée vers 16 h 30 sur le célèbre vélodrome) qui, pour la première fois, verra défiler l’épreuve féminine le même jour (Denain-roubaix, 143,1 km ; dont 33,7 km pavés en 20 secteurs).

Avec la présence surprise de Pauline Ferrand-prévot, qui s’était imposée l’an dernier sur la route d’un Tour de France étincelant.

Ferrand-prévot et Pogacar, têtes d’affiche de l’été et du printemps. Car Pogacar a bien préparé son affaire. Il a effectué des reconnaissances sur les pavés de Paris-roubaix en décembre et en mars. Puis jeudi, à toute vitesse. Pour apprivoiser le tracé, les pavés, la lumière, le vent, la température, faire corps avec l’histoire, s’habiller du défi. Lors de la dernière reconnaissance d’un parcours classique en début de semaine, Thierry Gouvenou, directeur de course, a présenté un léger changement dans le parcours proposé à Pogacar et Cie : « Les quatre premiers secteurs s’enchaînent très vite, il n’y a presque pas de bitume, ce qui donne une densité de pavés inégalée. Et sur la fin de cette séquence, nous ajoutons le secteur 26 (à Briastre), encore plus rarement visité, et qui impose 800 mètres de montée. » Une portion qui précédera les passages stratégiques : la Trouée d’Arenberg (km 163), où les premiers camping-cars se sont installés plusieurs jours avant la course, Mons-en-Pévèle (km 209,7) et le Carrefour de l’Arbre (km 241,2).

Les rivaux (le Néerlandais Mathieu van der Poel, le Belge Wout Van Aert, le Danois Mads Pedersen, l’italien Filippo Ganna…) et les difficultés ne manqueront pas. La journée devrait proposer plus de poussière que de boue mais les ingrédients sont réunis pour servir l’une des courses les plus attendues de l’année. Tadej Pogacar espère, une nouvelle fois, se hisser à la hauteur de ses envies. « Je vise clairement la victoire à Roubaix. Jusque-là, San Remo était le Monument le plus difficile à gagner pour moi, maintenant c’est Roubaix. C’est une course tellement exigeante ! Je ne vais pas aller jusqu’à dire que j’en suis tombé amoureux l’année dernière, mais je l’ai appréciée d’entrée. Quoi qu’il arrive cette année, ce ne sera pas la dernière fois que je vais y participer. J’essaierai aussi longtemps que je le pourrai », a-t-il assuré durant le printemps.

En 2026, l’irrésistible Slovène ne compte que trois jours de course. Pour trois victoires (les Strade Bianche, Milan-san Remo et le Tour des Flandres). Sa réussite ceinture ses rivaux dans le rôle étroit de figurants et divise l’opinion. Il y a ceux qui applaudissent et ceux qui doutent. Ses démonstrations de force répétées, ses victoires en solitaire vident les courses de leur substance et la discipline a trop souffert du poids des affaires de dopage pour ne pas faire preuve de vigilance. Mais il faut lui reconnaître le goût du risque.

Pogacar, « le petit cannibale », devenu le démiurge du XXIE siècle, sait qu’il lui faudra, comme d’autres avant lui, vivre avec la force des exclamations et le poids des questions. Le dernier vainqueur du Tour de France à avoir triomphé des pavés de Paris-Roubaix se nomme Bernard Hinault. Pour le Breton, Paris-Roubaix était une « cochonnerie ». Avec le maillot de champion du monde, il a inscrit, avec rage, son nom au palmarès. En 1981. Cela a nourri sa légende d’indestructible. Tadej Pogacar est prêt à se laisser porter par le vent de l’épopée…

Commenti

Post popolari in questo blog

I 100 cattivi del calcio

Echoes' Cycling Biography #4: Jean-Pierre Monseré

Chi sono Augusto e Giorgio Perfetti, i fratelli nella Top 10 dei più ricchi d’Italia?