PLEIN LES YEUX


SEIXAS, C’EST SENSAS

Le jeune coureur de Decathlon-CMA CGM a mis fin à dix-neuf ans de disette pour le cyclisme français en remportant, hier, le Tour du Pays basque. Un nouveau tournant dans sa carrière, une étape que tant de bons coureurs n’avaient pas franchie et qui appell

“Il a eu le temps de s’habituer graduellement à cette pression BE'RN'ARD THÉVENET, DOUBLE VAINQUEUR DU TOUR DE FRANCE

12 Apr 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT (avec THOMAS PEROTTO)

BERGARA (ESP) – Peut-être est-ce la pluie ininterrompue pendant les quatre heures de course, hier, ou les 10 °C en moins par rapport au reste de la semaine ? Alors qu’il venait de gagner le Tour du Pays basque, l’une des plus belles courses d’une semaine du calendrier, Paul Seixas l’a célébré comme une journée normale au bureau, un câlin à son assistant après la ligne, deux tapes sur le dos de ses adversaires et vite, vite au chaud derrière le podium. Le Lyonnais, dans son esprit, venait de « cocher une case », autant par le résultat (son premier classement général chez les pros, ses premières victoires en World Tour) que par la manière, toujours offensif.

Mais il a surtout mis fin à une disette de dix-neuf ans pour le clan français. Ce qui ne décoiffait pas ses boucles sous sa txapela, le béret basque offert au vainqueur de l’Itzulia. « C’est sûr que c’est bien. Après, on a eu des coureurs qui ont un peu écrit l’histoire en France, Romain Bardet, Thibaut Pinot, plus récemment David Gaudu, qui sont vraiment passés pas loin de gagner une course World Tour de prestige, a-t-il répondu. C’est bien pour la France, c’est sûr, mais c’est une stat parmi d’autres et moi, je ne suis pas concentré là-dessus. »

Au coeur du Pays basque espagnol, Seixas, qui dit ne pas regarder les réseaux sociaux mais savait très bien que l’une de ses formules – « la meilleure défense, c’est l’attaque » – avait « été beaucoup reprise » , a été un peu préservé de l’agitation, même si un groupe de cyclotouristes français l’a chaleureusement célébré, samedi, devant le podium. Mais, à distance, tout le monde a vibré.

« Je suis admiratif, il n’y a pas d’autre mot » , lâche d’emblée Charly Mottet, 2e du Giro 1990. « Impressionné, oui, abonde Bernard Thévenet. Car il est impressionnant physiquement, mais aussi mentalement. Il n’a jamais été mis en grand danger. »

Les deux multiples vainqueurs du Dauphiné étaient déjà séduits par le jeune coureur en fin de saison dernière, quand celui-ci avait terminé 3e des Championnats d’Europe derrière Tadej Pogacar et Remco Evenepoel. Ils attendaient la suite avec impatience, pour voir à qui ils avaient affaire. Et ils n’ont pas été déçus.

« Pour l’instant, je ne lui trouve pas de faiblesse, il est bon partout, reprend Mottet. En descente, sur une ascension, en chrono, il sait quand attaquer… En octobre, je disais qu’il était encore en formation. Eh bien, il apprend vite. Il ne fait pas de fautes, je trouve. C’est exceptionnel de courir comme ça à cet âge-là. Un peu à la Pogacar, en fait. »

Plutôt que le Slovène, Thévenet convoque une autre référence, pas moins glorieuse. « Depuis Bernard Hinault, on n’a jamais eu un Français avec un tel potentiel. Des dispositions physiologiques qui sont bien supérieures à des Thibaut Pinot ou des Romain Bardet, le moteur en plus, et ce mental-là… Le potentiel est vraiment énorme. Il est même hors norme. »

Il est donc l’heure des plus belles comparaisons. Sans crainte de perturber celui qui a sauté la case Espoirs. « Tout ce qu’il dit est intéressant, on sent quelqu’un d’équilibré » , juge Mottet. « Il a ce détachement par rapport aux attentes, on sent qu’il sait où il va et que la pression glisse sur lui » , abonde Jérôme Coppel, médaillé de bronze sur le contre-la-montre des Mondiaux de 2015.

« On sent quelqu’un de cool, tranquille, et qui court donc de façon décontractée. C’est sûr que tout ça va lui mettre une énorme pression, mais ça ne date pas d’hier, rembobine Thévenet. Ça fait plus d’un an qu’on en parle, il a eu le temps de s’habituer graduellement à cette pression. » Le double vainqueur du Tour loue aussi ses parents, « très posés, qui enlèvent la pression au lieu de la mettre » . Discrets, mesurés, et qui ont passé presque toute la semaine en Espagne avant de rentrer en France vendredi soir afin d’accompagner le petit frère, Nino, sur une course.

Reste pour l’aîné une marche à franchir, celle d’un Grand Tour. Seixas ne participera ni au Giro ni à la Vuelta cette année, la Grande Boucle est possible en juillet (lire par ailleurs) et elle n’effraie pas nos interlocuteurs. « Son équipe, ce ne sont pas des idiots, rappelle Thévenet. S’ils l’alignent au Tour, c’est qu’il est capable de faire quelque chose, d’être absolument brillant, sinon, ça va être néfaste. »

Mottet se projette encore plus loin : après avoir succédé à Christophe Moreau, dernier Français vainqueur d’une course World Tour par étapes en 2007, Seixas pourrait mettre un terme à une autre disette qui date, elle, de 1985. « Sauf accident, il gagnera le Tour un jour, pronostique celui qui compte trois tops 10 sur la course.

Mais d’abord, il va franchir des étapes. J’ai hâte de le voir sur les courses d’un jour aux ardennaises. Il franchit marche après marche, on sent qu’il sait où il va. » On sait où il en est, aussi: déjà très haut.

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6 - Avec victoires (dont 4 en World Tour), Paul Seixas est le coureur qui a le plus gagné en 2026, à égalité avec Jonas Vingegaard, Remco Evenepoel et Jonathan Milan.  Il a obtenu ces succès en 13 jours de course seulement, soit un ratio impressionnant de quasiment une victoire tous les deux jours.

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« Je peux rivaliser avec les meilleurs »

En gestion toute la semaine, ce qui ne l’a jamais empêché d’attaquer, Paul Seixas se réjouit d’avoir coché une case importante dans sa progression et repart du Pays basque gonflé de confiance.

«Si on reste sur la défensive, finalement, 
on se pose plus de problèmes qu’autre chose»

12 Apr 2026 - L'Équipe

Avez-vous douté à un moment sur cette dernière étape ?

Je nedirais pas quej’ai douté. La journée a été très dure pour tout le monde. Quand je suis parti ( à 57 km de l’arrivée), je savais que si je n’avais pas d’aide ou que ça ne revenait pas de derrière, je pouvais tenir ce rythme jusqu’en haut de la bosse (à 10 km de l’arrivée), en tout cas ne pas perdre une minute de plus, donc maintenir un écart au général avec Tobias Johannessen ( Uno-X, parti dans l’échappée avec quatre équipiers et finalement 3e du général). Ce n’était pas facile, pas ce à quoi je m’attendais (se retrouver seul sans ses rivaux du général), mais j’étais en gestion. Quand j’ai vu qu’ils rentraient derrière, j’ai pu souffler un peu dans les roues et finir cette étape de manière à sécuriser le général, ce qui était le plus important.

Comment avez-vous vécu cette semaine, leader dès le premier jour et vainqueur de trois étapes ?

Elle est incroyable. Pouvoir remporter le Tour duPays basque, c’était l’objectif au départ, et le faire de cette manière, avec trois étapes, c’est magnifique. Pouvoir montrer toute la semaine que je suis là, queje suis solide, même à la fin de la semaine, qu’il pleuve ou qu’il fasse super chaud, je suis devant, parmi les favoris. Je n’ai pas craqué. C’était ça que je voulais tester, voir si j’avais progressé là-dessus et cela aété validé, donc c’est top. Je suis content d’avoir validé cette étape. 

Ce n’est qu’une étape pour vous ?

Gagner ici représente beaucoup car la course est très difficile. Je succède à des coureurs qui sont des très grands de ce sport. Après, quelques-uns n’étaient pas là, ou sont tombés (del Toro) ou sont arrivés pas bien (Ayuso). Je ne me dis pas que je suis le meilleur, mais je sais que je peux jouer un peu face à eux, courir devant avec des ambitions. Oui, je peux rivaliser avec les meilleurs. 

Jouer, c’est attaquer, même en tant que leader ?

Jamais je ne me suis dit : “Allez, il ne reste plus que 100 km”. J’ai pris chaque étape dans un esprit offensif, et la preuve encore aujourd’hui (ce samedi), j’ai encore attaqué quand j’ai senti que je pouvais. C’est plutôt commeçaqu’ongagneune course, avec unétat d’esprit offensif, parce quesi onreste sur la défensive, finalement, onse pose plus deproblèmes qu’autre chose. Les adversaires vont le sentir et vont essayer devous attaquer. Comme je l’ai dit en début de semaine, la meilleure des défenses, c’est attaquer, ne pas avoir peur d’y aller quand on se sent bien, montrer aussi aux adversaires que ce n’est pas parce que j’ai gagné une étape que je mere pose là-dessus, et quetous les jours, c’est un combat. Des adversaires aussi solides attendent aussi ça des rivaux, un beau combat tous les jours. C’est l’état d’esprit qu’il faut avoir. Après, dans le vélo, une semaine c’est toi le plus fort, celle d’après c’est unautre. Je vais forcément être confronté àdes situations oùuncoureur est plus fort quemoi, voire plusieurs. Là, je courrai différemment. »
P. Me, à Bergara (SPA)
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Un programme belge

Le vainqueur du Tour du Pays basque va souffler quelques jours chez lui avant de reprendre la compétition par deux classiques ardennaises, la Flèche Wallonne puis Liège-Bastogne-Liège.

12 Apr 2026 - L'Équipe

Sa dernière soirée au Pays basque, samedi, aura enfin permis à Paul Seixas, habitué à rentrer tard après le protocole et « à tout faire rapidement pour dormir au plus vite » , de fêter tous ses succès de la semaine. Quatre premières victoires en World Tour (3 étapes et le général), un palmarès sérieusement garni au moment de rentrer chez lui, à Nice, où il va passer la semaine. D’abord au repos avant de remettre en route et de rejoindre la Belgique, dimanche prochain, pour courir deux classiques ardennaises.

Le Lyonnais remettra un dossard le 22 avril, pour la Flèche Wallonne, puis le 26, pour Liège-Bastogne-Liège, deux courses qu’il va découvrir. Mais pas d’Amstel Gold Race (le 19), comme prévu, alors qu’il aurait pu être l’un des favoris de la course. « On est entre une Flandrienne et une Ardennaise (à l’Amstel), juge Sébastien Joly, le directeur de la compétition de Decathlon-CMA CGM, et il ne faut pas oublier que Paul était encore junior, il y a deux ans. Sa progression est rapide mais il ne faut pas tout faire. On a toujours gardé une cohérence, il ne faut pas tout chambouler.

Bien sûr que sa forme est exceptionnelle, mais c’est un sujet qui n’a même pas été remis sur la table. On est sur l’idée de très bien récupérer du Pays basque. »

Un point sur sa participation au Tour à la fin du mois

Sur la Flèche, Seixas sera là aussi l’un des candidats à la victoire, le mur de Huy, qui décide du vainqueur, étant un superbe terrain de jeu pour le puncheur qu’il est. À Liège, son deuxième Monument (7e du Tour de Lombardie l’an passé), il retrouvera Tadej Pogacar, vainqueur des deux dernières éditions et homme à battre, sur un profil qui, là aussi, convient au Français. C’est après ces deux courses que la suite de son calendrier sera dessinée. Avec la question de participer, ou pas, au Tour de France (4 au 26 juillet). Comme déjà révélé par L’Équipe (édition du 3 mars), celle-ci est en très bonne voie, mais son staff veut d’abord vérifier son état de fatigue après ce bloc d’avril. « Cette semaine était incroyable et on verra pour la suite »

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