DU CHAOS, MAGNIER ÉCLÔT EN ROSE


Paul Magnier lève le poing après avoir franchi la ligne d'arrivée en premier hier à Bourgas, 
devant notamment Jonathan Milan (à droite).

Paul Magnier, 22 ans, s’est fait une place dans la caste des éminents sprinteurs, hier à Bourgas (Bulgarie), en remportant la 1re étape du Giro, avec en bonus le maillot rose sur le dos.

«Je dois me coucher avec un pull rose»
   - LAURENT, LE PÈRE DE PAUL MAGNIER

9 May 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS

BOURGAS (BUL) – Au loin, à l’autre bout du lac salé Atanasovsko (Bulgarie), Bourgas se dévoilait dans sa longueur sous la forme d’un New York au format de poche, la brume coiffant la tête des hôtels décrépis de l’ère communiste, des immeubles en bordure dont on ne sait s’ils sont en ruines ou sur le point de naître, la ferraille à nue. Dans ce décor blafard, Paul Magnier a surgi du boulevard de la Demokratsia pour allumer la lumière, d’un rose puissant, celui du maillot tombé sur ses épaules après sa toute première victoire en grand tour. « Maglia Rosa! », lui criait, sitôt la ligne franchie, son ange gardien et compagnon de chambre, Dries Van Gestel, duquel le Français n’a jamais lâché la roue dans les derniers kilomètres.

Le matin même, à Nessebar, sorte de mont Saint-Michel bulgare, Magnier s’était montré clairvoyant en annonçant qu’il serait « hyper important d’être placé à 800 mètres de l’arrivée, avant de laisser parler les jambes » . Le plan, appliqué à la lettre, lui a permis d’éviter la monumentale chute survenue à 600 mètres du but, et d’où n’a pu s’extraire qu’une douzaine de coureurs, dont Magnier, idéalement placée en 4e position, dans la roue de ses équipiers Van Gestel et Jasper Stuyven.

« Puis tout est allé très vite, raconte-t-il. J’ai vu Tobias ( Lund Andresen, 2e) me passer avec beaucoup de vitesse sur la droite. Mais j’ai pu réagir rapidement, prendre sa roue et le déposer dans les derniers mètres. Je dois remercier mon équipe qui m’a vraiment bien protégé! »

Il a grandi « en détestant » le cyclisme

Il parle « d’un rêve devenu réalité », car il savait bien que cette première étape lui offrait « une opportunité rare » pour un coureur de sa caste. La dernière fois qu’un sprinteur avait revêtu le premier maillot rose, c’était en 2013, et il s’agissait déjà d’un Soudal - Quick-Step (Omega Pharma - Quick-Step à l’époque), Mark Cavendish ayant levé les bras à Naples. Magnier, qui n’avait que 9 ans, n’était sûrement pas devant la télé ce jour-là. Car l’Isérois, qui vit toujours chez ses parents à Varces-Allières-et-Risset, a grandi « en détestant » le cyclisme – sport que pratiquait pourtant son père en amateurs – avant qu’il ne range ses skis pour enfourcher le VTT en 2019, puis d’essayer la route, en juniors, au pôle France VTT de Besançon.

« Quand je suis allé sur la route, j’étais d’abord un grimpeur, décrit celui qui avait pris la 3e place de la Classique des Alpes, il y a quatre ans, avec 10kg en moins. Mais chez les pros, j’ai rapidement vu que je serai surtout un sprinteur, car j’ai pris un peu de poids et j’étais très explosif. Et maintenant, je suis en rose! »

L’an passé, pour sa deuxième saison en World Tour, il avait affolé les compteurs en remportant 19 victoires, un total que seul Tadej Pogacar avait pu surpasser. Mais il lui en manquait une clinquante pour entrer dans la caste des grands sprinteurs, même s’il jouissait déjà de ce statut parmi ses pairs: le grand favori du jour, Jonathan Milan (4e), l’avait cité mercredi comme son principal ri val avec Dylan Groenewegen, pris, lui, dans la chute massive.

« J’ai été fier de gagner beaucoup l’an passé, mais l’objectif était d’en gagner une belle cette année, firme le Français. Peut-être que je n’en gagnerai pas 19. Mais je peux être extrêmement fier d’avoir gagné la première étape du Giro. C’était un rêve depuis quelques mois. »

Après deux victoires sur le Tour d’Algarve en février, sa campagne des classiques l’avait laissé « déçu » , sans le moindre top 10.

« Il a eu pas mal de malchance, mais n’a jamais douté, car il savait que sa condition était bonne » , confie son père, Laurent. Après quatre ou cinq jours pour se « changer les idées » au bord de la mer, à Nice, il filait se préparer en Sierra Nevada. Trois semaines en altitude au bout desquelles il s’est « bien plus en forme que l’an dernier » au départ de son premier Giro, quitté avant la 16e étape et sans bouquet. « Cela fait deux semaines qu’il me dit qu’il se sent prêt », sourit son directeur sportif, Davide Bramati. « Il a eu quand même un tout petit doute, rapporte toutefois son père. Juste avant la Bulgarie, il n’a pas réussi à finir une séance spécifique sur home-trainer, alors qu’il s’était juré qu’il ne stopperait jamais un entraînement avant un objectif. C’est un détail, mais pour la confiance, il fallait quand même qu’il lève un petit doute. »

Chose faite, désormais, avec son maillot rose, « une couleur que j’aime bien » et dont il se souvient l’avoir déjà porté une journée sur le Giro Next Gen, le Tour d’Italie des espoirs, en 2024. En principe, il ne devrait pas pouvoir le porter plus longuement, encore une fois. La 2e étape, aujourd’hui, semble trop punchy pour les sprinteurs. Mais lui veut y croire, délesté de « 1 ou 2 kg » en comparaison des flandriennes: « Il y a peut-être une chance de survivre, car je me suis super bien entraîné en altitude. »

D’ici-là, il comptait bien « savourer » .Et preuve qu’il avait préparé son coup, il avait lancé des paris à ses proches en cas de succès. « Je dois me coucher avec un pull rose » , se marre son père. Le fiston, lui, affirmait hier qu’il ne dormirait pas avec son maillot rose : « Mais il ne sera pas loin du lit! »

***


Seule une douzaine de coureurs n'a pas été stoppée 
par la chute juste avant l'arrivée de la 1re étape du Giro.

Un domino sans trop de bobos

Très spectaculaire, la chute survenue à 600 mètres de l’arrivée, qui a coupé le peloton autour de la 12e place, nʼa pas entraîné d’abandon lors de cette 1re étape.

9 May 2026 - L'Équipe
J. Ch.

BOURGAS (BUL) – Au bout d’une étape toute plane de 147 kilomètres, un sprint massif était attendu, inévitable, sur la ligne d’arrivée à Bourgas. Pourtant, seulement une dizaine de coureurs se sont présentés ensemble pour se jouer la victoire. La raison ? Une chute très spectaculaire, survenue à un peu plus de 600 mètres de l’arrivée, qui a fait voltiger quelques coureurs au contact des barrières et bloqué tous les autres derrière.Seule une douzaine de coureurs n’a pas été stoppée par la chute juste avant l’arrivée de la 1re étape du Giro.

Max Walscheid, le géant de Lidl-Trek, équipier de Jonathan Milan, menait alors la meute sur une route assez étroite, avant que les coureurs ne trouvent les 8 mètres de largeur du boulevard de la Demokratsia. « C’est tombé derrière moi, je ne sais pas ce qu'il s’est passé » , s'interrogeait le vainqueur Paul Magnier (Soudal-Quick-Step). « C’était un final facile, tout droit, sans trop de virages, expliquait Dries Van Gestel, alors juste devant le Français. Mais quand on passe à 70 km/h, même un petit virage à gauche fait vraiment peur. »

La loi italienne impose le secret médical

« Ce n’était pas plus dangereux qu’un autre sprint, tempérait Paul Penhoët (Groupama-FDJ)», pris dans l'accident. « On sait que ça peut arriver quand tout le monde est frais, avec l’enjeu d’une première étape de grand tour. C’est tombé devant moi, mais je n’ai pas vu parfaitement ce qu’il s’est passé. »

Si les circonstances demeurent floues, Erlend Blikra (Uno-X Mobility) est le premier domino à être tombé, roue avant déséquilibrée. Le Norvégien se trouvait alors dans le sillage de Tord Gudmestad, qui lui aussi « s’est fait pousser » , nous indiquait Decathlon-CMA CGM. De fait, personne n'était pointé du doigt. « Je ne sais pas s’il y a quelqu’un à blâmer », assurait ainsi Blikra, au micro de TNT Sports. Tout le monde a pu franchir la ligne.

Pas d’abandon donc, mais des blessures à la pelle que l’organisation du Giro ne peut d’ailleurs répertorier dans son communiqué, à l’inverse du Tour de France notamment, en raison d’une loi italienne protégeant le secret médical. « Heureusement, j’ai eu le temps de freiner et de ne pas trop m’amocher, préci sait Penhoët. J’ai juste tapé le genou. Clairement, il y a pire que moi. » Parmi eux, les deux plus grands noms du sprint pris dans la gamelle.

Pour Dylan Groenewegen, malgré ses bras endoloris, il n’y a « rien de cassé » rapportait son équipe Unibet Rose Rockets. Maillot ouvert sur le haut du dos, Kaden Groves souffre, lui, « d’abrasions aux deux épaules, à son mollet et à son coude » , communiquait Alpecin-Premier Tech sur ses réseaux. Les 184 coureurs devraient pouvoir finalement repartir aujourd’hui. En principe.

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