“Je suis Johan Cruyff, Je Connais un peu le foot”
Rencontrer Johan Cruyff, c’est s’entretenir avec le plus grand footballeur européen de tous les temps. Rien que ça. Une légende qui couvre cinq décennies de football total suivant l’axe Amsterdam-Barcelone, du terrain au banc de touche, de l’Ajax 1971-73 à la Dream Team 1992 en passant par la Hollande 1974. Un concentré de mythes et de légendes dans un petit bonhomme sautillant de 68 ans dont le regard bleu intense raconte beaucoup, dont le prénom convoque autant la grâce que le style et dont le nom s’épelle aussi F.O.O.T.B.A.L.L.
Propos recueillis par Chérif Ghemmour et Javier Prieto-Santos, à Barcelone
photos: ron Kroon, Bert Verhoeff, eric Koch
(Nationaal Archief), IconSport, ActionImages, Presse Sport et DR
So Foot - 128/2015
“J’ai fait de mauvais investissements.
J’ai investi de l’argent dans de l’élevage de porcs.
Qui peut imaginer que Johan Cruyff se soit lancé dans l’élevage de porcs?
Personne. Moi-même, j’ai encore du mal à le croire aujourd’hui”
Même avec deux plombes de retard sur l’heure prévue, il prend tout le monde de vitesse dès son arrivée à La Mar Bella, un petit stade situé sur le front de mer barcelonais… L’homme n’a pas perdu son fameux double démarrage légendaire et compte bien le mettre à profit pour l’Open Day de la Fondation Johan Cruyff. En polo-jogging-tennis tous siglés de sa marque éponyme, l’athlète, encore svelte, va faire de l’ombre au soleil écrasant en animant, pendant quatre heures, chaque atelier sportif mettant en lice des centaines d’enfants, handicapés moteurs ou mentaux. El Flaco multiplie selfies, autographes, mots d’encouragements, et poignées de mains. Le mentor de Guardiola n’hésite pas non plus à s’asseoir sur un fauteuil roulant pour échanger quelques balles avec des enfants dont il s’occupe depuis qu’il a définitivement abandonné les bancs de touche. Sans regrets, à l’entendre. “Les mots ne couvrent pas ce qu’on voit avec les yeux. Des fois il y a des mômes qui me disent: ‘Je veux faire comme Messi ou Neymar!’ Ils ne sont pas idiots, hein, bien qu’ils aient des difficultés, ils sont comme tout le monde: ils veulent ressembler à leurs héros, aux meilleurs”, explique-t-il sourire aux lèvres. Le football est toujours présent. Danny, son épouse, aussi. Son fils Jordi, et son petit-fils, sont également venus assister à cette grande kermesse annuelle rythmée au son du reggaetton, des “Jo-han! Jo-han!”, et des prouesses des enfants de la fondation. Bronzé, sagement ridé, souriant, disponible, comblé et toujours vif d’esprit, Johan Cruyff n’élude rien: l’Ajax, le Barça, les Beatles, son père, Rinus Michels, ses erreurs et ses défaites… Son charisme magnétique ferait presque oublier son espagnol teinté d’un fort accent hollandais. Bref, du Johan Cruyff en grande représentation, comme celui qui galvanisait autrefois sa Dream Team. Et qui a évidemment réponse à tout.
En tant que joueur puis entraîneur, et aujourd’hui dans votre fondation, vous avez toujours eu le souci d’être pédagogue. D’où vous vient cette envie de transmettre?
Quand je jouais pour les Washington Diplomats, j’ai connu Eunice Shriver, la sœur du président Kennedy. Elle était présidente des Special Olympics, une association qui s’occupe d’athlètes handicapés. J’étais une sorte d’ambassadeur. J’étais motivé à l’idée d’enseigner le football, mais sur place on m’a dit: “Non, il faut leur apprendre à être heureux. Ce ne sont pas des pros, il faut voir le ballon à travers un prisme différent.” Je voyais le football comme un pro, et eux m’ont appris à le voir comme quelque chose d’humain. C’est bien qu’un enfant de 7 ans en fauteuil roulant fasse du sport. C’est bénéfique pour leur développement, surtout mental. Quand tu es sur une chaise roulante et que tu pousses les roues avec tes bras, les pulsations du cœur s’accélèrent. Forcément, la quantité d’oxygène est plus importante. Ça fait du bien à la tête, au cerveau. Résultat: les enfants sont plus équilibrés, plus épanouis.
Vous avez essayé de jouer au football en fauteuil roulant?
Oui et au début, ça me semblait impossible! Le problème, c’est que j’avais des concepts de footballeur et d’entraîneur professionnel. À leur contact, je me suis remis en question mais pas seulement dans ce qui concerne le football. Par exemple, on fait pas mal de voile avec les enfants. Sur la terre ferme, ils voient leur monde depuis leurs chaises roulantes. Tout leur semble compliqué. La mer leur offre une autre vision de leur rapport avec l’espace. La mer, c’est profond, l’horizon y est infini: c’est un monde sans frontière. J’essaye de me mettre à leur place. La dernière fois, je suis allé skier avec eux. On était en haut de la montagne et là j’en ai entendu un dire: “Ufff, qu’est-ce que c’est grand le monde!” Depuis une chaise roulante, tout est plus grand dans la vie. À la montagne, le monde n’était pas grand parce qu’il était compliqué, mais grand par sa beauté. Parfois, je me dis que je les aide, mais en fait, c’est le contraire…
C’est-à-dire?
J’ai vu des enfants en chaise roulante
monter la montagne, et je me suis dit: “Qu’est-ce qui les attend, les pauvres…” Puis, je les ai vus descendre à une vitesse folle. Je me suis rendu compte que le pauvre type, c’était moi. Mon neveu est invalide aussi, et dans la montagne, je lui ai dit: “Fais attention, tu prends peut-être trop de risques, non?” Il m’a répondu: “C’est un risque pour la moitié de mon corps encore valide.” C’est une mentalité différente. Ceux qui m’ont le plus scotché, ce sont les aveugles: ils descendaient la piste à une vitesse dingue. Ils ne voient rien, mais ça leur est égal. À leur place, j’aurais une peur bleue. Putain, mais qui entre eux et moi est le plus mauvais? J’ai dû me rendre à l’évidence: c’était moi. Tout ça pour dire que j’aide beaucoup, mais en réalité ce sont eux qui m’apprennent le plus.
C’est difficile d’être pédagogue dans le football. Maradona, par exemple, n’a jamais été un grand entraîneur. Alors que vous, vous avez été reconnu à la fois comme un grand joueur et comme un grand entraîneur. Comment l’expliquez-vous?
La transmission
dépend beaucoup de l’époque à laquelle tu vis et d’où tu viens. Les fondations gérées par des footballeurs comme Eusebio ou Sneijder travaillent par exemple différemment car leur philosophie de vie est différente. Moi, j’ai essayé de donner quelques conseils aux enfants qui jouent au basket. Mais j’y connais quoi en basket? Rien. C’est pour ça qu’il faut des gens spécialisés, qui connaissent leur sport, comme moi je connais le football. Dans le football, parfois, il y a des joueurs à qui on colle des étiquettes: “Lui, c’est une grande gueule, lui, il est arrogant, lui, il est je ne sais quoi…” Au-delà de l’image qu’ils peuvent véhiculer, je crois qu’on ne peut pas être un footballeur professionnel, ou un champion en général, si on n’est pas une bonne personne. C’est impossible.
Plus qu’un champion, on vous a toujours collé l’étiquette de rebelle. C’est quoi votre conception de la liberté?
Dire ce que je pense. Quand je vois quelque chose qui ne me semble pas correct, je le dis. Ma première revendication remonte à l’époque de l’Ajax. J’étais en équipe de jeunes et le coach m’avait fait monter en équipe première. Le problème, c’est qu’il voulait continuer à me payer exactement la même chose. Ce n’était pas équitable. Je leur ai dit: “Pourquoi je dois travailler pour que les autres reçoivent plus que ce que vous me donnez?” À l’origine de toute entreprise, il doit y avoir une philosophie. Après, à partir du moment où on place l’argent au premier plan, ce n’est pas bon. Ça vaut pour tout: le football et la vie en général. La Fifa, c’est l’exemple de ce qui arrive quand on place l’argent au top de ses priorités. Le plus important chez l’être humain, ce n’est pas l’argent qu’il a, mais l’estime de soi. Ceux qui ont la malchance de ne pas pouvoir travailler, d’être au chômage, c’est difficile. Je comprends que ces gens-là se sentent mal. Il y a aussi des gens qui ont d’autres problèmes, qui ont des difficultés à se déplacer et qui ne peuvent pas emmener leurs enfants à l’école. Dans ces cas-là, ça coûte quoi de se proposer de les accompagner à leur place? Bah rien! Et en plus, ça les aide. Quand les parents te remercient pour le coup de main que tu leur as filé, tu te sens bien. Il faut sentir les choses. Le problème de nos jours, c’est qu’on regarde le monde avec des œillères. On fait attention aux choses qui ne sont pas vraiment importantes.
Malgré votre goût pour la transmission, vous avez arrêté d’entraîner à l’âge de 50 ans. C’est tôt.
À l’Ajax et au Barça, il y avait un type de jeu déterminé, une philosophie particulière qui me correspondait. Quand j’ai laissé le banc de touche du Barça, je me suis posé la question: “Et maintenant, où je vais?” Il n’y avait nulle part d’autre où aller. Mes amis me demandaient: “Qu’est-ce que tu veux faire? Tu veux encore coacher? En dehors du football, ça va être difficile, tu sais: tu n’as pas fait d’études.”
Ils avaient raison?
Sur le fait que je n’avais pas de diplôme? Oui. Le seul diplôme dont je dispose, c’est un brevet de natation que j’ai décroché à 8 ans. Un jour un type m’a dit: “Ok, tu n’as de diplôme, mais t’as vu la vie. C’est déjà beaucoup!” Je lui ai répondu: “Ok, mais qu’est-ce que je fais avec mon diplôme de l’école de la vie?” Aujourd’hui, tout le monde veut étudier, avoir des diplômes. C’est important, c’est vrai. L’éducation, c’est un vrai problème chez les footballeurs. Il y a des gamins de 12 ans qui rejoignent des centres de formation et qui ne suivent pas de cursus académique. Bah à 20 ans, entre 80 et 90 % de ces joueurs-là doivent dire “adios” à leurs rêves, parce qu’ils n’ont pas le talent pour devenir pros. Bien qu’il n’ait pas eu d’éducation, ce sont des gens bien qu’il faut aider. Pourquoi? Parce qu’ils ont du caractère. Avec du caractère et un petit coup de pouce, on peut s’en sortir dans la vraie vie.
Le football, ce n’est pas la vraie vie?
Non, les gens qui sont dans ce milieu vivent une autre réalité, mais ils ne vivent pas la vraie vie. Quand tu es footballeur, le bus est toujours devant ta porte, les repas sont toujours faits, les vêtements pliés. Tu n’as pas besoin de penser. En plus, tu as un très bon salaire. Il y a toujours quelqu’un à coté de toi, aux petits soins… Quand tu vis pendant dix ans dans une telle bulle et que tu dois raccrocher les crampons, il y a une
sensation de vide. Aucun footballeur n’est éduqué à se confronter à la vraie vie. À 36 ans, quand tu es jeune retraité et que tu ouvres le journal le lundi matin, tu es perdu. Tu ne vois ni ta photo, ni ton nom. Ça peut faire bizarre.
Vous avez déprimé après avoir raccroché?
J’avais passé une année à ne rien faire du tout. Je ne jouais plus, je n’entraînais pas encore. Évidemment, j’ai fait d’énormes erreurs.
Par exemple?
J’ai fait de mauvais investissements.
J’ai investi de l’argent dans de l’élevage de porcs. Qui peut imaginer que Johan Cruyff se soit lancé dans l’élevage de porcs? Personne. Moi-même, j’ai encore du mal à le croire aujourd’hui. Je devais être perdu, à l’époque. Où avais-je la tête? C’est un échec qui m’a servi à sortir de ma bulle. La réalité, c’est difficile, j’en ai pris conscience à ce moment-là. Au bout d’un moment, j’ai fini par me dire “laisse tomber les porcs, ton truc c’est le football”. C’était complètement absurde comme projet, ça m’a fait perdre énormément d’argent.
“Notre génération voulait changer les choses.
Ça se matérialisait dans la société,
dans la musique,
comme les Beatles, dans le football,
avec George Best,
et même dans nos coupes de cheveux,
on voulait les avoir longs…”
C’est à ce moment-là que vous décidez d’embrasser la carrière d’entraîneur?
C’est ça. On m’avait toujours dit que je pouvais être un bon coach, que je sentais bien le football.
Sans l’échec de l’élevage de porcs, vous ne seriez donc pas devenu coach?
Quand j’ai arrêté de jouer, je ne voulais pas devenir entraîneur. J’ai juste été rattrapé par la réalité. Il fallait que je réagisse. On me disait qu’il fallait que je suive une formation spéciale et moi, je ne voulais pas. Je suis Johan Cruyff, je connais un peu le foot, hein. Je n’avais pas besoin de cours pour comprendre ce qu’il fallait faire avec un ballon. Je n’allais pas écouter pendant quatre ans des gens qui savaient moins de choses que moi sur le football. Ce n’était pas normal qu’on me demande d’avoir un diplôme de coach après la carrière de joueur que j’avais eue. L’aspect technique, la tactique, la vista, ce sont des choses que je dominais. Tout ce que je ne maîtrisais pas, c’était l’aspect physique et médical. Du coup, j’ai voulu suivre une formation d’un an pour compléter cette partie. On m’a répondu: “Non, non, non, il faut que tu suives la formation complète.” Alors j’ai feinté tout le monde, et je suis devenu directeur technique, ce qui me permettait de m’asseoir sur un banc de touche sans qu’on vienne me déranger. Ça n’a pas plu à tout le monde. Quand tu es très bon, tu te fais pas mal d’ennemis. Quand on a remporté la coupe des coupes avec l’Ajax, c’est un peu comme si j’avais validé mon diplôme.
Comment expliquez-vous qu’on ne vous a pas fait de cadeaux malgré votre statut de légende?
C’est beau les légendes, mais tout le monde essaie de se les payer. Ça fait partie du jeu.
En parlant de légendes, on vous classe souvent dans les trois meilleurs joueurs de l’Histoire, avec Pelé et Maradona. Un joueur comme Lionel Messi peut-il bousculer la hiérarchie?
C’est une absurdité de la presse… Comment peut-on comparer Pelé, Beckenbauer, l’Argentin (Maradona, ndlr) et Messi? Tous ont marqué le football à des époques différentes. Entre Pelé et Messi, il y a cinquante ans de différence. Comment on les compare, avec quels outils? Messi a 28 ans. Il a déjà fait la moitié de sa carrière. Pelé et les autres ont joué jusqu’à 38. On verra comment Messi jouera à 38 ans. La seule certitude, c’est qu’en ce moment, c’est le meilleur joueur du monde mais il ne faut pas sous-estimer le travail et la qualité de ses coéquipiers. S’il est celui qu’il est aujourd’hui, c’est grâce à ceux qui jouent à ses côtés. Il a des qualités pour finaliser les actions, mais tout seul, ce serait difficile.
Vous avez été le porte-drapeau du football total de l’Ajax et de la sélection néerlandaise. Le football total a fait Cruyff ou l’inverse?
C’est un mélange de tout, même si le football total est une invention de Rinus Michels. Ce style de jeu m’a sublimé. J’avais de la liberté et j’avais de très bons joueurs à côté de moi. Sans eux, je n’aurais rien pu faire et il n’y aurait pas eu de football total. C’était basé sur la notion de collectif, pas seulement sur Cruyff. On était insouciant, inconscient et on avait envie de changer les choses, de proposer un truc nouveau. Le football total est la conjoncture de son époque. On n’avait pas conscience de révolutionner le football, c’était en nous. On jouait de manière très naturelle, en s’amusant. Rinus Michels a encadré le talent qui était le nôtre et l’a professionnalisé. Avant lui, le professionnalisme n’existait quasiment pas. Tous les joueurs avaient un second travail à coté. Par exemple, j’ai été le deuxième joueur à me voir proposer un contrat professionnel.
Et sur le terrain?
Rinus a apporté cette discipline et posé les bases d’une idée du football. C’est ce qui a permis l’avènement du football total. Quand on jouait, on essayait des choses. On n’avait pas peur du changement, d’essayer, et même de se tromper. “Et si on changeait ça? Et si on changeait ci?” On n’arrêtait pas de penser au jeu. On voulait faire du football un spectacle, c’est la raison pour laquelle on était si offensifs. Or, pour pratiquer un football d’attaque, il faut être techniquement très bon. Ensuite, il faut une synergie entre les joueurs. Il faut qu’ils puissent intervertir naturellement leurs positions. Les latéraux doivent prendre leur couloir mais aussi avoir le réflexe de déborder comme des ailiers. Pour l’ailier, idem: si le latéral déborde et qu’il y a une perte du ballon, il faut qu’il compense en défendant. Mais il ne faut pas qu’il le fasse avec des réflexes d’ailiers, mais avec ceux d’un latéral.
Rinus insistait beaucoup sur ces compensations?
En réalité, c’était un principe de base qui était naturellement ancré en nous. Et puis, nos latéraux étaient d’anciens ailiers, donc ça a facilité les choses.
Vous êtes un grand fan des Beatles. Est-ce qu’ils ont inspiré votre manière de jouer à l’Ajax?
Ce n’était pas seulement la musique des Beatles mais tout le contexte d’après-guerre de l’époque qui nous inspirait. Les gens avaient besoin de respirer, de partager ensemble des choses nouvelles. Les Beatles, quelque part, étaient dans cette mouvance. Leur musique était différente, révolutionnaire. On avait l’impression qu’ils allaient changer le monde. Avec l’Ajax, on voulait aussi expérimenter des choses nouvelles, donc oui, les Beatles étaient une grande source d’inspiration pour nous. George Best était aussi une source d’inspiration. Il y avait un vent de liberté qu’on retrouvait partout. Notre génération voulait changer les choses, et on avait tout en notre faveur. Ça se matérialisait dans la société, dans la musique, dans le football et même dans nos coupes de cheveux (Rires)! On avait connu que les cheveux courts et là,
on voulait les avoir longs…
Pourquoi personne n’avait pensé aux principes qui régissaient votre football total avant vous?
C’est la mentalité hollandaise qui veut ça. On est un tout petit pays mais ça ne nous a pas empêchés de dominer le monde. On a bâti la Nouvelle-Amsterdam (New York, ndlr), on est allé en Indonésie, en Afrique du Sud… On est des explorateurs, des conquérants. On n’a pas peur de l’inconnu, de créer ou d’inventer. Si on se fracasse, on se fracasse, pas de problème, mais au moins on aura essayé.
C’est cette mentalité qui vous a poussé à abandonner l’Ajax pour rejoindre la Catalogne?
Quand je suis arrivé au Barça, le pays était encore sous le joug de Franco. C’était un peu paradoxal pour moi, de débarquer dans une dictature comme ça, mais à l’époque la Catalogne, tout comme le Pays basque, étaient déjà deux régions contestataires au pouvoir central. Il n’y avait pas beaucoup de liberté en Catalogne, mais le Barça avait deux avantages sur tout le reste. Rinus était le coach du Barça. Et Vic Buckingham, un de mes amis, avait été l’un de ses prédécesseurs. Et Armand Caraben, l’homme qui m’a fait venir, était marié avec une Hollandaise. Je n’atterrissais pas n’importe où.
Vous n’avez pas eu la sensation de trahir vos idéaux libertaires en signant au Barça?
La liberté, c’est un principe qui est en chacun de nous. C’est la manière dont tu te comportes qui fait que tu es libre ou non. À l’époque, par exemple, mon fils venait de voir le jour en Hollande. J’ai décidé de lui donner un prénom catalan, Jordi. On avait fait le nécessaire avec l’administration hollandaise mais au moment de déclarer mon fils en Catalogne, le fonctionnaire a commencé à poser des problèmes: “Non, Jordi, ça ne va pas être possible. Il va falloir qu’il s’appelle Jorge (l’équivalent espagnol de Jordi).” Je lui ai dit que je voulais l’appeler Jordi, pas Jorge. “Mais on ne peut pas le faire”, m’a-t-il répondu. Je suis resté sur mes positions: “Bah ne le faites pas! Votre problème n’est pas mon problème. Sur le livret de famille hollandais, il est écrit Jordi, et non Jorge. C’est à vous de voir si vous voulez copier ce qu’il se trouve sur le document ou si vous voulez écrire n’importe quoi, mais si vous me demandez de signer quelque chose, vous me l’écrivez comme moi je veux, sinon je ne signe pas.” Il a fini par céder. Mon fils Jordi est le premier à avoir été enregistré en tant que tel en Catalogne. On m’a toujours associé aux concepts de liberté et de rébellion mais je n’ai jamais cherché ni l’un ni l’autre. Je suis comme je suis et j’ai toujours voulu qu’on me respecte comme je suis. Mon fils, j’ai voulu l’appeler Jordi. Et toi, tu n’es personne pour me dire comment je dois l’appeler. Et puis, si ça avait été un nom absurde, ils n’auraient pas accepté de l’enregistrer en Hollande.
“La Hollande est un tout petit pays
mais ça ne nous a pas empêchés de dominer le monde.
On a bâti la Nouvelle-Amsterdam,
on est allé en Indonésie,
en Afrique du Sud…
On n’a pas peur de l’inconnu”
Il y a eu un avant et un après Cruyff au Barça. Lorsque vous revenez en tant qu’entraîneur, vous aviez en tête de refondre complètement la philosophie du club?
Oui. Mon expérience de joueur m’a beaucoup aidé à comprendre comment fonctionnait le club. … Les coaches qui n’ont pas joué au football l’abordent différemment. Il leur manque un petit quelque chose, selon moi. En tant que joueur du Barça, j’ai tout gagné dès ma première année. Ça n’avait pas été facile de le faire au vu de toutes les circonstances de l’époque. Mais gagner avec le Barça en tant que joueur m’a permis de comprendre la mentalité du club. Sa singularité aussi. Capter la mentalité, l’essence d’un sportif ou d’une institution c’est très important. Quand j’ai pris les rênes de l’équipe, la première chose que j’ai faite, c’est d’acheter quatre Basques (Ernesto Valverde, Txiki Begiristain, José Maria Bakero et Luis Maria Lopez Rekarte). Parce qu’ils sont vaillants. Ils n’ont pas peur. J’avais besoin de joueurs qui puissent répondre “la peur, je ne connais pas”, lorsqu’on leur promettrait l’enfer. En mélangeant les Basques avec les joueurs catalans, j’ai pu créer une mentalité, une alchimie complètement différente.
Comment saviez-vous que le Basque avait une mentalité différente de celle du Catalan, en tant que Hollandais?
J’avais joué contre eux et avec eux. J’avais discuté avec eux, analysé leurs discours, leur mentalité. Quelque part, c’est de la psychologie mêlée avec de l’anthropologie, mais ça fait partie du travail d’entraîneur. Il faut trouver la meilleure synergie possible. Par exemple, lorsque je signais un joueur, je m’assurais qu’il ne soit pas juste bon. Moi, je signais des joueurs qui pouvaient répondre à certaines nécessités de l’équipe. Il y a plein de bons footballeurs. Mais tous ne me servent pas.
Pourquoi signer Michael Laudrup qui n’était pas basque, en 1989?
Parce qu’il était bon et danois. Les Danois ont des facilités déconcertantes pour apprendre une langue en trois mois. Ils ont une faculté de s’adapter très vite à l’étranger. Stoitchkov, je suis allé le chercher en Bulgarie alors que personne ne le connaissait. Romario, ça faisait cinq ans qu’il était au PSV, Guardiola était à deux doigts de quitter le Barça parce que personne ne croyait en lui. Sergi et Ferrer, les gens ne voyaient que leur taille, pas leur talent. Ils mesuraient 1,50 mètre, mais ils ne se résumaient pas à ça…
Comment avez-vous imposé l’idée que le talent était plus important que tout le reste?
C’est la qualité footballistique, la technique qui fait la différence, pas le physique. Avant de tout gagner, on disait de la sélection espagnole qu’elle était composée essentiellement de joueurs de petite taille. À partir du moment où on constate quelque chose, c’est le début de la stratégie. Si tu as beaucoup de joueurs de petites tailles, il ne faut pas jouer derrière parce que tu as de grandes chances de perdre: il faut jouer devant, loin de tes cages. Alors oui, si le bloc est haut, tu t’exposes. Mais ces petits-là sont véloces, vifs… On savait comment gérer, gagner, combler et occuper les espaces. Dans mes équipes, même le gardien devait savoir jouer au football. Aujourd’hui, c’est la norme, mais avant ça ne l’était pas. Quand tu t’adaptes aux qualités des joueurs dont tu disposes, il n’y a besoin de convaincre personne. Parfois on me disait: “Johan, nos petits joueurs vont souffrir face aux plus grands sur les corners et les phases arrêtées.” Moi je répondais: “C’est vrai, c’est pour ça qu’il ne faut pas en concéder.” Et c’est pour éviter ça qu’on jouait aussi haut sur le terrain. Avec la balle dans les pieds, pas dans les airs.
Si un extraterrestre débarque et qu’il faut lui expliquer vos principes du football, vous lui dites quoi?
Le football a traversé beaucoup d’époques différentes, et s’est joué de multiples manières mais il y a une seule certitude: le football se joue avec les pieds, mais c’est la tête qui commande. Tout part du cerveau, tout doit provenir de l’intellect.
Vous croyez en Dieu?
J’ai perdu mon père quand j’avais 12 ans. Malgré les années qui passent, j’entretiens toujours une forte relation avec lui. Parfois, je lui parle même, mais ça ne fait pas de moi quelqu’un de très religieux, même si j’ai fréquenté une école chrétienne. Si je parle encore à mon père, si je pense encore à lui, c’est parce que ça m’aide. Il n’a pas disparu, il est toujours là. Selon moi, la chance c’est quelque chose qui se provoque. Si tu n’essaies pas, tu n’as rien. Si tu ne te mets pas en danger, tu n’auras jamais de chance. Il faut tester, goûter les choses pour savoir si elles sont bonnes ou pas. Il ne faut pas avoir peur de l’échec, ça fait partie de l’expérimentation, de la vie. L’échec, ce n’est pas la fin du monde, mais le début d’un nouveau chemin. Souvent, l’échec est une chance. Il fait réfléchir et ouvre de nouvelles perspectives.
Mourinho a plus de mal à vivre un échec…
Chacun a sa vision des choses. Moi, quand j’étais sur le banc ou sur le terrain, je voulais prendre du plaisir et gagner. Mais parfois, je perdais. Et alors? Ce n’était pas catastrophique. Un jeu où l’on gagne toujours, c’est ennuyeux. La défaite fait partie du jeu. Il faut l’accepter. Les Pays-Bas ont disputé trois finales de coupe du monde. À chaque fois, on a perdu, mais bordel, combien de pays peuvent se targuer d’avoir joué trois finales comme ça? Trois fois en 40 ans, ce n’est pas rien. Ça aurait pu être mieux, évidemment, mais c’est déjà très bien. Regardez les enfants de la fondation: ils ne veulent pas gagner, ils veulent jouer. À quoi ça sert d’être premiers s’il n’y a pas de plaisir? Si tu n’aimes pas ce que tu fais, ça ne sert à rien. Et ça ne vaut pas seulement pour le football. Ça vaut pour tout. Personnellement, je préfère perdre sans trahir mes idées que gagner sans m’amuser.
Donc vous n’avez pas de regrets d’avoir perdu la finale du mondial 74, alors que vous étiez bien meilleurs que l’Allemagne de Beckenbauer?
Non. On n’a pas remporté le titre, c’est vrai, mais dans la tête des gens nous sommes les vainqueurs moraux. C’est le plus bel éloge qu’il puisse y avoir. •
PROPOS RECUEILLIS PAR JPS ET CG
“Le football se joue avec les pieds,
mais c’est la tête qui commande.
Tout part du cerveau,
tout doit provenir de l’intellect”
“J’ai perdu mon père quand j’avais 12 ans.
Malgré les années qui passent,
j’entretiens toujours une forte relation avec lui.
Parfois, je lui parle même”
“Les Pays-Bas ont disputé trois finales de coupe du monde.
À chaque fois, on a perdu, mais bordel,
combien de pays peuvent se targuer d’avoir joué trois finales comme ça?”
***
La fiche
Hendrik Johannes CRUYFF
né le 25 avril 1947 à Amsterdam (pays-Bas)
1,80 m, 71 kg
attaquant puis entraîneur
Clubs (joueur): Ajax Amsterdam (1964-1973), Fc Barcelone (1973-1978), Los Angeles Aztecs (1979-1980), Washington Diplomats (1980-1981), Levante (1981), Ajax Amsterdam (1981-1983) et Feyenoord (1983-1984)
Palmarès (joueur): championnat des pays-Bas (1966, 1967, 1968, 1970, 1972, 1973, 1982, 1983, 1984), coupe des pays-Bas (1967, 1970, 1971, 1972, 1983, 1984), coupe des clubs champions (1971, 1972, 1973), coupe intercontinentale (1972), Supercoupe d’Europe (1973), championnat d’Espagne (1974), coupe d’Espagne (1978)
Ballons d’or: 1971, 1973, 1974
Clubs (entraîneur): Ajax Amsterdam (1985-1988), Fc Barcelone (1988-1996)
Sélection (entraîneur): Catalogne (2009-2013)
Palmarès (entraîneur): coupe des clubs champions (1992), coupe des coupes (1987, 1989), Supercoupe d’Europe (1992), championnat des Pays-Bas (1985), coupe des pays-Bas (1986, 1987), championnat d’Espagne (1991, 1992, 1993, 1994), coupe d’Espagne (1990), Supercoupe d’Espagne (1991, 1992, 1994)
International néerlandais 48 sélections, 33 buts
International catalan 1 sélection
***
«Sono Johan Cruyff, di calcio qualcosa ne so»
Incontrare Johan Cruijff significa conversare con il più grande calciatore europeo di tutti i tempi. Nientemeno. Una leggenda che abbraccia cinque decenni di calcio totale lungo l’asse Amsterdam-Barcellona, dal campo alla panchina, dall’Ajax del 1971-73 al Dream Team del 1992, passando per l’Olanda del 1974. Un concentrato di miti e leggende in un ometto scalpitante di 68 anni, il cui sguardo blu intenso racconta molto, il cui nome evoca tanto la grazia quanto lo stile e il cui cognome si scrive anche F.O.O.T.B.A.L.L.
Intervista raccolta da Chérif Ghemmour e Javier Prieto-Santos, a Barcellona
foto: Ron Kroon, Bert Verhoeff, Eric Koch (Nationaal Archief), IconSport, ActionImages, Presse Sport e DR
So Foot - 128/2015
«Ho fatto dei cattivi investimenti.
Ho investito dei soldi nell’allevamento di maiali.
Chi può immaginare che Johan Cruyff si sia lanciato nell’allevamento di maiali?
Nessuno. Io stesso faccio ancora fatica a crederci oggi»
Pur con due ore di ritardo rispetto all’orario previsto, supera tutti in velocità non appena arriva a La Mar Bella, uno stadiolo sul lungomare di Barcellona… L’uomo non ha perso il suo famoso e leggendario doppio passo e conta di sfruttarlo per l’Open Day della Fondazione Johan Cruyff. In polo, pantaloni da jogging e scarpe da tennis, tutti con il logo del suo omonimo marchio, l’atleta, ancora snello, offre un po’ d’ombra sotto il sole cocente animando, per quattro ore, ogni laboratorio sportivo che vede protagonisti centinaia di bambini con disabilità motorie o mentali.
El Flaco si dedica a selfie, autografi, parole di incoraggiamento e strette di mano. Il mentore di Guardiola non esita nemmeno a sedersi su una carrozzina per scambiare qualche palleggio con i bambini di cui si occupa da quando ha definitivamente abbandonato le panchine. Senza rimpianti, a sentirlo. “Le parole non rendono ciò che si vede con gli occhi. A volte ci sono ragazzini che mi dicono: ‘Voglio fare come Messi o Neymar!’ Non sono stupidi, eh, anche se hanno delle difficoltà, sono come tutti gli altri: vogliono assomigliare ai loro idoli, ai migliori”, spiega con un sorriso sulle labbra. Il calcio è sempre presente. Anche Danny, sua moglie. Anche suo figlio Jordi e suo nipote sono venuti ad assistere a questa grande festa annuale scandita dal ritmo del reggaeton, dai “Jo-han! Jo-han!” e dalle prodezze dei bambini della Fondazione. Abbronzato, con rughe di saggezza, sorridente, disponibile, soddisfatto e sempre vivace, Johan Cruijff non elude niente: l’Ajax, il Barça, i Beatles, suo padre, Rinus Michels, i suoi errori e le sue sconfitte… Il suo carisma magnetico farebbe quasi dimenticare il suo spagnolo, caratterizzato da un forte accento neerlandese. Insomma, Johan Cruijff al meglio di sé, proprio come quando un tempo galvanizzava il suo Dream Team. E che, ovviamente, ha una risposta per tutto.
- Come giocatore, poi come allenatore e oggi nella sua Fondazione, ha sempre avuto a cuore il ruolo di educatore. Da dove le viene questo desiderio di trasmettere?
Quando giocavo per i Washington Diplomats, ho conosciuto Eunice Shriver, la sorella del presidente Kennedy. Presiedeva la Special Olympics, un’associazione che si occupa di atleti disabili. Io ne ero una sorta di ambasciatore. Ero motivato all’idea di insegnare il calcio, ma sul posto mi hanno detto: “No, bisogna insegnare loro a essere felici. Non sono dei professionisti, bisogna guardare il pallone attraverso una lente diversa». Io vedevo il football come un professionista, e loro mi hanno insegnato a vederlo come qualcosa di umano. È bello che un bambino di 7 anni in carrozzina pratichi sport. È benefico per il loro sviluppo, soprattutto mentale. Quando sei su una carrozzina e con le braccia ne spingi le ruote, il battito cardiaco accelera. Inevitabilmente, la quantità di ossigeno (che ti serve) è maggiore. Fa bene alla testa, al cervello. Risultato: i bambini sono più equilibrati, più realizzati.
- Ha provato a giocare a calcio in carrozzina?
Sì, e all’inizio mi sembrava impossibile! Il problema è che avevo in mente l’idea del calciatore e dell’allenatore professionisti. Stando a contatto con loro, ho riconsiderato le mie convinzioni, ma non solo per quanto riguarda il calcio. Ad esempio, facciamo parecchia vela con i bambini. Sulla terraferma, vedono il mondo dalle loro carrozzine. Tutto sembra loro complicato. Il mare offre loro un’altra visione del loro rapporto con lo spazio. Il mare è profondo, l’orizzonte è infinito: è un mondo senza confini. Cerco di mettermi nei loro panni. L’ultima volta sono andato a sciare con loro. Eravamo in cima alla montagna e lì ne ho sentito uno dire: “Ufff, quanto è grande il mondo!” Da una carrozzina, tutto è più grande nella vita. In montagna, il mondo non era grande perché complicato, ma per la sua bellezza. A volte mi dico che li aiuto, ma in realtà è il contrario…
- Cioè?
Ho visto dei bambini in carrozzina scalare la montagna e mi sono detto: “Che cosa li aspetta, poverini…” Poi li ho visti scendere a una velocità pazzesca. Mi sono reso conto che il poveretto ero io. Anche mio nipote è disabile, e in montagna gli ho detto: «Stai attento, forse rischi troppo, no?» Mi ha risposto: «È un rischio per la metà del mio corpo che è ancora sana.» È una mentalità diversa. Quelli che mi hanno colpito di più sono stati i non vedenti: scendevano lungo la pista a una velocità pazzesca. Non vedono, ma a loro non importa. Al loro posto, avrei una paura folle. Cazzo, ma chi tra loro e me è il peggiore? Ho dovuto arrendermi all’evidenza: ero io. Tutto questo per dire che io li aiuto molto, ma in realtà sono loro che mi insegnano di più.
È difficile essere un pedagogo nel calcio. Maradona, per esempio, non è mai stato un grande allenatore. Lei invece è stato riconosciuto sia come grande giocatore sia come grande allenatore. Come se lo spiega?
Il trasmettere dipende molto dall’epoca in cui vivi e da dove vieni. Le fondazioni gestite da calciatori come Eusebio o Sneijder, ad esempio, lavorano in modo diverso perché la loro filosofia di vita è diversa. Io ho cercato di dare qualche consiglio ai bambini che giocano a basket. Ma che cosa ne so io di basket? Niente. Ecco perché servono persone specializzate, che conoscano il proprio sport, come io conosco il calcio. Nel calcio, a volte, ci sono giocatori a cui si affibbiano delle etichette: «Quello è un chiacchierone, quello è arrogante, quello è chissà cosa…». Al di là dell’immagine che possono trasmettere, credo che non si possa essere un calciatore professionista, o un campione in generale, se non si è una brava persona. È impossibile.
- Oltre a quella di campione, le è sempre stata affibbiata l’etichetta di ribelle. Qual è la sua concezione di libertà?
Dire quello che penso. Quando vedo qualcosa che non mi sembra corretto, lo dico. La mia prima rivendicazione risale all’epoca dell’Ajax. Ero nella squadra giovanile e l’allenatore mi aveva aggregato alla prima squadra. Il problema è che (il club) voleva continuare a pagarmi la stessa cifra. Non era giusto. Ho detto loro: “Perché devo lavorare affinché gli altri ricevano più di quanto mi date?” All’origine di ogni impresa deve esserci una filosofia. Poi, dal momento in cui si mette il denaro al primo posto, non va bene. Questo vale per tutto: il calcio e la vita in generale. La FIFA è l’esempio di ciò che accade quando si mette il denaro al primo posto tra le priorità. La cosa più importante per un essere umano non è il denaro che possiede, ma l’autostima. Per chi ha la sfortuna di non poter lavorare, di essere disoccupato, è difficile. Capisco che quelle persone si sentano a disagio. Ci sono anche persone che hanno altri problemi, che hanno difficoltà a spostarsi e non possono accompagnare i propri figli a scuola. In questi casi, cosa costa offrirsi di accompagnarli al posto loro? Beh, niente! E poi, li aiuta. Quando i genitori ti ringraziano per la mano che gli hai dato, ti senti bene. Bisogna sentire le cose. Il problema al giorno d’oggi è che guardiamo il mondo con i paraocchi. Prestiamo attenzione a cose che non sono davvero importanti.
- Nonostante la sua passione da trasmettere, ha smesso di allenare all’età di 50 anni. È presto.
All’Ajax e al Barça c’era un tipo di gioco ben definito, una filosofia particolare che mi corrispondeva. Quando ho lasciato la panchina del Barça, mi sono chiesto: “E adesso, dove vado?” Non c’era nessun altro posto dove andare. I miei amici mi chiedevano: “Che cosa vuoi fare? Vuoi ancora allenare? Al di fuori del calcio, sarà difficile, lo sai: non hai studiato.”
- Avevano ragione?
Sul fatto che non avessi un diploma? Sì. L’unico diploma che ho è un brevetto di nuoto che ho preso a 8 anni. Un giorno un tizio mi ha detto: “OK, non hai un diploma, ma hai visto la vita. È già tanto!” Gli ho risposto: “OK, ma che cosa ci faccio con il mio diploma di scuola della vita?” Oggi tutti vorrebbero studiare, ottenere un pezzo di carta. È importante, è vero. L’istruzione è un vero problema tra i calciatori. Ci sono ragazzini di 12 anni che entrano nei settori giovanili e non seguono un (adeguato) percorso scolastico. Beh, a 20 anni, tra l'80 e il 90% di questi giocatori deve dire “adios” ai propri sogni, perché non hanno il talento (necessario) per diventare professionisti. Anche se non hanno ricevuto un'istruzione, sono brave persone che vanno aiutate. Perché? Perché hanno carattere. Con il carattere e un piccolo aiuto, ce la si può fare nella vita reale.
- Il calcio non è la vita reale?
No, le persone che fanno parte di questo mondo vivono un'altra realtà, non vivono la vita reale. Quando sei calciatore, il pullman è sempre davanti alla tua porta, i pasti sono sempre pronti, i vestiti piegati. Non devi pensare a niente. Inoltre, hai uno stipendio molto alto. C'è sempre qualcuno al tuo fianco, pronto a prendersi cura di te… Quando vivi per dieci anni in una bolla del genere e poi devi appendere le scarpe al chiodo, c’è una sensazione di vuoto. Nessun calciatore è preparato ad affrontare la vita reale. A 36 anni, quando sei un baby-pensionato e apri il giornale il lunedì mattina, ti senti perso. Non vedi più né la tua foto, né il tuo nome. Può sembrare strano.
Si è sentito depresso dopo aver appeso le scarpe al chiodo?
Avevo passato un anno senza fare nulla. Non giocavo più, ancora non allenavo. Ovviamente, ho commesso errori enormi.
- Ad esempio?
Ho fatto investimenti sbagliati. Ho investito dei soldi in un allevamento di maiali. Chi poteva immaginare che Johan Cruijff si sarebbe lanciato nell'allevamento di maiali? Nessuno. Io stesso ancora oggi faccio fatica a crederci. Dovevo essere del tutto fuori, all'epoca. Dove avevo la testa? È stato un fallimento che mi ha aiutato a uscire dalla mia bolla. La realtà è dura, me ne resi conto in quel momento. Dopo un po’, ho finito per dirmi: “Lascia perdere i maiali, la tua passione è il calcio”. Era un progetto completamente assurdo, mi ha fatto perdere un sacco di soldi.
«La nostra generazione voleva cambiare le cose.
Questo si concretizzava nella società,
nella musica, come i Beatles, nel calcio,
con George Best, e persino nei nostri tagli di capelli,
volevamo averli lunghi…»
- È stato allora che ha deciso di intraprendere la carriera di allenatore?
Esatto. Mi avevano sempre detto che avrei potuto essere un buon allenatore, che avevo un buon fiuto per il calcio.
- Senza il fallimento dell’allevamento di maiali, quindi, non sarebbe diventato allenatore?
Quando ho smesso di giocare, non volevo diventare allenatore. Sono stato semplicemente travolto dalla realtà. Dovevo reagire. Mi dicevano che dovevo seguire una speciale formazione e io non volevo. Sono Johan Cruijff, di calcio qualcosa ne so, eh. Non avevo bisogno di seguire dei corsi per capire cosa si deve fare con un pallone. Non avevo intenzione di passare quattro anni ad ascoltare persone che di calcio ne sapevano meno di me. Non era normale che mi chiedessero di avere un patentino da allenatore dopo la carriera da giocatore che avevo avuto. L'aspetto tecnico, la tattica, la visione di gioco, erano cose che padroneggiavo. L'unica cosa che non padroneggiavo erano gli aspetti fisico e medico. Così, ho voluto seguire un corso di un anno per completare quella parte. Mi hanno risposto: “No, no, no, devi seguire il corso completo.” Allora ho fregato tutti e sono diventato direttore tecnico, il che mi permetteva di sedermi in panchina senza che nessuno venisse a disturbarmi. Non è piaciuto a tutti. Quando sei molto bravo, ti fai un bel po’ di nemici. Quando abbiamo vinto la Coppa delle Coppe con l’Ajax, è stato un po’ come se avessi conseguito il mio patentino.
- Come spiega il fatto che non le abbiano fatto sconti nonostante il suo status di leggenda?
Le leggende sono belle, ma tutti cercano di approfittarsene. Fa parte del gioco.
- A proposito di leggende, la si classifica spesso tra i tre migliori giocatori della storia, insieme con Pelé e Maradona. Un giocatore come Lionel Messi può stravolgere la gerarchia?
È un'assurdità dei media… Come si possono paragonare Pelé, Beckenbauer, l'argentino (Maradona, ndr) e Messi? Tutti hanno lasciato il segno nel calcio in epoche diverse. Tra Pelé e Messi ci sono cinquant'anni di differenza. Come si fa a confrontarli, con quali criteri? Messi ha 28 anni. Ha già fatto metà della sua carriera. Pelé e gli altri hanno giocato fino a 38 anni. Vedremo come giocherà Messi a 38 anni. L’unica certezza è che in questo momento è il miglior giocatore al mondo, ma non bisogna sottovalutare il lavoro e la qualità dei suoi compagni di squadra. Se lui è quello che è oggi, è anche grazie a chi gli gioca al fianco. Ha le qualità per finalizzare le azioni, ma da solo per lui sarebbe difficile.
- Lei è stato il portabandiera del calcio totale dell’Ajax e della nazionale neerlandese. È stato il calcio totale a creare Cruijff o il contrario?
È un mix di tutto, anche se il calcio totale è un'invenzione di Rinus Michels. Questo stile di gioco mi ha esaltato. Avevo libertà e avevo ottimi giocatori al mio fianco. Senza di loro, non avrei potuto fare niente e non ci sarebbe stato il calcio totale. Si basava sul concetto di collettività, non solo su Cruijff. Eravamo spensierati, incoscienti e avevamo voglia di cambiare le cose, di proporre qualcosa di nuovo. Il calcio totale è il prodotto del suo tempo. Non eravamo consapevoli di rivoluzionare il calcio, era dentro di noi. Giocavamo in modo molto naturale, divertendoci. Rinus Michels ha saputo valorizzare il talento che avevamo e lo ha trasformato in una professione. Prima di lui, (nei Paesi Bassi) il professionismo era praticamente inesistente. Tutti i giocatori avevano un secondo lavoro. Ad esempio, sono stato il secondo giocatore (dopo il suo compagno Piet Keizer, ndr) a cui è stato offerto un contratto da professionista.
- E in campo?
Rinus ha portato quel tipo di disciplina e ha gettato le basi di una nuova concezione del calcio. È questo che ha permesso l’avvento del calcio totale. Quando giocavamo, provavamo cose nuove. Non avevamo paura del cambiamento, di provare, e nemmeno di sbagliare. “E se cambiassimo questo? E se cambiassimo quello?” Non smettevamo mai di pensare al gioco. Volevamo rendere il calcio uno spettacolo, ed è per questo che eravamo così offensivi. Ma per praticare un calcio d’attacco bisogna essere tecnicamente molto bravi. Poi ci vuole una sinergia tra i giocatori. Devono poter scambiarsi le posizioni in modo naturale. I terzini devono coprire la loro fascia ma anche avere il riflesso di sovrapporsi come ali. Per l’ala, lo stesso: se il terzino si sovrappone e si perde palla, deve compensare difendendo. Ma non deve farlo con i riflessi di un’ala, bensì con quelli di un terzino.
- Rinus (Michels) insisteva molto su questi compensi?
In realtà, era un principio di base che era naturalmente radicato in noi. E poi, i nostri terzini erano ex ali, quindi questo ha facilitato le cose.
- Lei è un grande fan dei Beatles. Hanno influenzato il suo modo di giocare all’Ajax?
Non era solo la musica dei Beatles, ma tutto il contesto del dopoguerra di quell’epoca a ispirarci. La gente aveva bisogno di respirare, di condividere insieme cose nuove. I Beatles, in un certo senso, facevano parte di quel movimento. La loro musica era diversa, rivoluzionaria. Avevamo l’impressione che avrebbero cambiato il mondo. Anche con l’Ajax volevamo sperimentare cose nuove, quindi sì, i Beatles sono stati una grande fonte di ispirazione per noi. George Best è stato anche lui una fonte di ispirazione. C’era un vento di libertà che si respirava ovunque. La nostra generazione voleva cambiare le cose e avevamo tutto a nostro favore. Questo si concretizzava nella società, nella musica, nel calcio e persino nei nostri tagli di capelli (ride)! Fin lì avevamo conosciuto solo i capelli corti, e volevamo averli lunghi…
- Perché nessuno prima di voi aveva pensato ai princìpi che regolano il vostro calcio totale?
È la mentalità neerlandese che lo vuole. Siamo un Paese piccolissimo, ma questo non ci ha impedito di dominare il mondo. Abbiamo costruito la Nuova Amsterdam (New York, ndr), siamo andati in Indonesia, in Sudafrica… Siamo esploratori, conquistatori. Non abbiamo paura dell’ignoto, di creare o di inventare. Se ci schiantiamo, ci schiantiamo, nessun problema, ma almeno ci avremo provato.
- È stata questa mentalità a spingerti a lasciare l’Ajax per trasferirti in Catalogna?
Quando sono arrivato al Barça, il Paese era ancora sotto il giogo di Franco. Per me era un po’ paradossale ritrovarmi in una dittatura del genere, ma all’epoca la Catalogna, come i Paesi Baschi, era già una delle due regioni (spagnole) in opposizione al potere centrale. Non c'era molta libertà in Catalogna, ma il Barça aveva due vantaggi rispetto a tutto il resto. L'allenatore era Rinus (Michels). E Vic Buckingham, un mio amico, era stato uno dei suoi predecessori. Inoltre, Armand Caraben, l'uomo che mi ha fatto venire qui, era sposato con una neerlandese. Non stavo atterrando in un posto qualsiasi.
- Non ha avuto la sensazione di tradire i suoi ideali libertari firmando per il Barça?
La libertà è un principio che è in ognuno di noi. È il modo in cui ti comporti che determina se sei libero o no. All’epoca, per esempio, mio figlio era appena nato in Olanda. Ho deciso di dargli un nome catalano, Jordi. Avevamo fatto il necessario con l'anagrafe neerlandese, ma al momento di registrare mio figlio in Catalogna, il funzionario ha iniziato a creare problemi: “No, Jordi, non è possibile. Dovrà chiamarsi Jorge (l’equivalente castigliano di Jordi).” Gli ho detto che volevo chiamarlo Jordi, non Jorge. “Ma non si può fare”, mi ha risposto. Sono rimasto fermo sulle mie posizioni: «Beh, allora non fatelo! Problema vostro, non mio. Sul certificato di nascita neerlandese c’è scritto Jordi, non Jorge. Sta a voi decidere se volete copiare ciò che c’è sul documento o se volete scrivere qualsiasi altra cosa, ma se mi chiedete di firmare qualcosa, me lo scrivete come voglio io, altrimenti non firmo». Alla fine ha ceduto. Mio figlio Jordi è stato il primo ad essere registrato con quel nome in Catalogna. Mi hanno sempre associato ai concetti di libertà e ribellione, ma non ho mai cercato né l’uno né l’altro. Sono come sono e ho sempre voluto che mi rispettassero per quello che sono. Mio figlio, ho voluto chiamarlo Jordi. E tu non sei nessuno per dirmi come devo chiamarlo. E poi, se fosse stato un nome assurdo, non avrebbero accettato di registrarlo nei Paesi Bassi.
“I Paesi Bassi sono un Paese piccolissimo
ma questo non ci ha impedito di dominare il mondo.
Abbiamo costruito la Nuova Amsterdam (New York, ndr),
siamo andati in Indonesia, in Sudafrica…
Non abbiamo paura dell’ignoto”
- C’è stato un prima e un dopo Cruijff al Barça. Quando lei è tornato come allenatore, aveva in mente di rivoluzionare completamente la filosofia del club?
Sì. La mia esperienza da giocatore mi ha aiutato molto a capire come funzionasse il club. … Gli allenatori che non hanno giocato a calcio hanno un approccio diverso. Secondo me, a loro manca quel qualcosa in più. Come giocatore del Barça, ho vinto già al mio primo anno. Non è stato facile, viste le circostanze dell'epoca. Ma vincere con il Barça come giocatore mi ha permesso di capire la mentalità del club. E anche la sua unicità. Cogliere la mentalità, l'essenza di un atleta o di un'istituzione è molto importante. Quando ho preso le redini della squadra, la prima cosa che ho fatto è stata acquistare quattro baschi (Ernesto Valverde, Txiki Begiristain, José Maria Bakero e Luis Maria Lopez Rekarte). Perché sono coraggiosi. Non hanno paura. Avevo bisogno di giocatori che potessero rispondere “la paura, non la conosco”, quando avremmo promesso loro l’inferno. Mescolando i giocatori baschi con i giocatori catalani, sono riuscito a creare una mentalità, un’alchimia completamente diversa.
- Come sapeva che i baschi avevano una mentalità diversa da quella dei catalani, essendo neerlandese?
Avevo giocato con loro e contro di loro. Avevo parlato con loro, analizzato i loro discorsi, la loro mentalità. In un certo senso, è psicologia mescolata ad antropologia, ma fa parte del lavoro di allenatore. Bisogna trovare la migliore sinergia possibile. Ad esempio, quando ingaggiavo un giocatore, mi assicuravo che non fosse semplicemente bravo. Io ingaggiavo giocatori in grado di soddisfare determinate esigenze della squadra. Ci sono tantissimi calciatori bravi. Ma non tutti mi servono.
- Perché ingaggiare Michael Laudrup, che basco non era, nel 1989?
Perché era bravo ed era danese. I danesi hanno una facilità sconcertante nell’imparare una lingua in tre mesi. Hanno la capacità di adattarsi molto rapidamente all’estero. Stoitchkov, sono andato a prenderlo in Bulgaria quando nessuno lo conosceva. Romario era al PSV da cinque anni, Guardiola era sul punto di lasciare il Barça perché nessuno credeva in lui. Sergi e Ferrer, la gente ne vedeva solo la (bassa) statura, non il talento. Erano alti 1,50, ma non si limitavano a questo...
- Come ha imposto l’idea che il talento fosse più importante di tutto il resto?
È la qualità calcistica, la tecnica che fa la differenza, non il fisico. Prima che vincesse tutto, si diceva che la nazionale spagnola fosse composta essenzialmente di giocatori di bassa statura. Nel momento in cui si constata qualcosa, è l’inizio della strategia. Se hai molti giocatori di bassa statura, non devi giocare in difesa perché hai grosse possibilità di perdere: devi giocare in avanti, lontano dalla tua porta. Quindi sì, se la linea difensiva è alta, ti esponi. Ma quei piccoletti sono veloci, agili… Sapevano come gestire il gioco, vincere, coprire e occupare gli spazi. Nelle mie squadre, anche il portiere doveva saper giocare a calcio. Oggi è la norma, ma prima non lo era. Quando ti adatti alle qualità dei giocatori che hai a disposizione, non c’è bisogno di convincere nessuno. A volte mi dicevano: “Johan, i nostri giocatori più piccoli faranno fatica contro quelli più alti sui calci d’angolo e sui calci da fermo”. Io rispondevo: “È vero, è per questo che non dobbiamo concederli”. Ed è proprio per evitare questo che giocavamo così alti. Con la palla tra i piedi, non in aria.
- Se arrivasse un extraterrestre e lei dovesse spiegargli i suoi principi del calcio, che cosa gli direbbe?
Il calcio ha attraversato varie epoche anche molto diverse ed è stato giocato in tanti modi, ma c’è un'unica certezza: il calcio si gioca con i piedi, ma è la testa che comanda. Tutto parte dal cervello, tutto deve provenire dall’intelletto.
- Crede in Dio?
Ho perso mio padre quando avevo 12 anni. Nonostante il passare degli anni, ho ancora un forte legame con lui. A volte gli parlo persino, ma questo non fa di me una persona molto religiosa, anche se ho frequentato una scuola cristiana. Se parlo ancora con mio padre, se penso ancora a lui, è perché mi aiuta. Non è scomparso, è sempre lì. Secondo me, la fortuna è qualcosa che si provoca. Se non ci provi, non ottieni nulla. Se non ti metti in gioco, non avrai mai alcuna possibilità. Bisogna provare, assaporare le cose per capire se sono buone o no. Non bisogna avere paura del fallimento, fa parte della sperimentazione, della vita. Il fallimento non è la fine del mondo, ma l’inizio di un nuovo percorso. Spesso il fallimento è un’opportunità. Fa riflettere e apre nuove prospettive.
- (José) Mourinho fa più fatica a convivere con il fallimento…
Ognuno ha la propria visione delle cose. Io, quando ero in panchina o in campo, volevo divertirmi e vincere. Ma a volte perdevo. E allora? Non era mica una catastrofe. Un gioco in cui si vince sempre è noioso. La sconfitta fa parte del gioco. Bisogna accettarla. L’Olanda ha disputato tre finali mondiali. Ogni volta abbiamo perso, ma cavolo, quanti Paesi possono vantarsi di aver giocato tre finali del genere? Tre volte in 40 anni, non è poco. Avrebbe potuto andare meglio, ovviamente, ma va già benissimo così. Guardate i bambini della Fondazione: non vogliono vincere, vogliono giocare. A che serve essere primi se non c’è divertimento? Se non ti piace quello che fai, non serve a niente. E questo non vale solo per il calcio. Vale per tutto. Personalmente, preferisco perdere senza tradire le mie idee piuttosto che vincere senza divertirmi.
- Quindi non ha rimpianti per aver perso la finale dei Mondiali del ’74, nonostante foste di gran lunga superiori alla Germania Ovest di Beckenbauer?
No. Non abbiamo vinto il titolo, è vero, ma nella mente della gente siamo i vincitori morali. È il più bel complimento che si possa ricevere. •
INTERVISTA A CURA DI JPS E CG
“Il calcio si gioca con i piedi,
ma è la testa che comanda.
Tutto parte dal cervello,
tutto deve provenire dall’intelletto”
“Ho perso mio padre quando avevo 12 anni.
Nonostante il passare degli anni,
ho ancora un forte legame con lui.
A volte gli parlo persino”
“I Paesi Bassi hanno disputato tre finali di Coppa del Mondo.
Ogni volta abbiamo perso, ma cavolo,
quanti paesi possono vantarsi di aver giocato tre finali del genere?”

Commenti
Posta un commento