Vieira: « C’est un futur Ballon d’Or »
Patrick Vieira a été l’entraîneur de Michael Olise
à Crystal Palace entre 2021 et 2023.
Jeu, personnalité, habitudes, potentiel, hobbies : le technicien français, qui a dirigé Michael Olise à Crystal Palace, nous fait mieux découvrir des facettes inconnues du milieu offensif des Bleus.
21 Jun 2026 - L'Équipe
HUGO DELOM
BOSTON (USA) – Patrick Vieira promène sa longue silhouette dans les rues de New York. L’ex-milieu, consultant pour la chaîne anglaise ITV durant la Coupe du monde, a croisé certains de ses ex-coéquipiers en bleu, dont Zinédine Zidane. Et n’a pas raté une miette du récital de Michael Olise contre le Sénégal, mardi en seconde période (3-1). Vieira, qui fêtera ses 50 ans mardi, a lancé le milieu offensif à Crystal Palace en 2021. Il fait partie de ceux qui connaissent le mieux le meneur de jeu des Bleus et nous fait découvrir des facettes méconnues de l’artiste français.
Son évolution
« Comment être surpris ? Tout ça, il l’avait »
« Il s’est mis au niveau qui lui a été demandé, celui de la Ligue des champions. Mais ces qualités-là, il les avait quand il est arrivé de Reading. Dès le départ, j’ai été surpris par sa facilité dans tous les domaines: sa qualité intellectuelle d’abord. Michael, c’est quelqu’un qui réfléchit le foot. Et qui, neuf fois et demie sur dix, prend la bonne décision. Il sent le jeu. À Palace ( il l’a dirigé de 2021 à mars2023), il avait déjà une intelligence de jeu au-dessus de la moyenne. Ensuite, ce qui m’avait marqué, c’est l’aisance technique. Celle des très, très grands joueurs. Quand vous débarquez dans un club de la dimension du Bayern Munich – avec des joueurs de cette envergure –, ça va plus vite, les ballons arrivent au bon moment et il arrive donc encore plus à exprimer ce talent-là. Quand je vois ce qu’il fait depuis des mois, je ne suis pas surpris. Tout ça, il l’avait.
Au début, à Palace, il a eu des pépins physiques qui l’ont empêché d’enchaîner mais, tout de suite, on a pu voir une très grande ambition. Et lui se donnait les moyens de réussir. Il avait 19 ans et restait faire les soins, n’hésitait jamais à poser des questions, à accumuler des séances spécifiques après les entraînements. »
Sa créativité et son positionnement
« Il n’a pas un jeu égoïste »
« Michael, quand il a le ballon dans les pieds, il se passe quelque chose. Ce n’est jamais, et je dis bien jamais, un joueur neutre. Il y a quelque chose de profondément altruiste dans son jeu. Cette créativité, il la met au service des autres. Une passe décisive lui donne autant de plaisir que le but. Il n’a pas un jeu égoïste. C’est un joueur d’instinct. Il va toujours faire ce que le jeu demande. C’est un artiste, son jeu n’est absolument pas robotique. Il est capable de jouer à l’intérieur, de coller à la ligne. Il a un jeu tellement varié. Moi je l’aime beaucoup dans le coeur du jeu parce que tu as envie qu’il touche le ballon, tu as envie de sa créativité. »
Le niveau qu’il peut atteindre
« Un potentiel à la Zidane »
« C’est le futur qui dira si c’est un Zidane, si c’est un Platini, si c’est un joueur de ce niveau-là. Mais il y a un élément dont je suis convaincu: le potentiel, il l’a. Il a un potentiel à la Zidane. Il a cette créativité, cette finesse, cette créativité, cette efficacité. C’est ça qui en fait un joueur différent : les grands joueurs ont ce pouvoir, quel que soit le contexte, d’être décisif dans les trente derniers mètres. Ce qu’il a fait avec le Bayern cette saison, déjà, c’est assez extraordinaire. C’est un joueur qui, avec l’expérience en club et en équipe de France, va prendre de la maturité. Et avec ça, c’est quelqu’un qui va exploser. C’est un futur Ballon d’Or, tout simplement. La Coupe du monde va lui donner la confiance en plus et après, il explosera totalement aux yeux du monde. »
Sa personnalité
« Sa seule question, c’était : “Comment je vais arriver chez les Bleus ?” »
« C’est quelqu’un d’introverti, tout le monde le sait, mais on ne peut pas le réduire à ça. Je me souviens de la toute première conversation qu’on a eue, quand il est arrivé de Reading, il était déjà dans la projection sur le niveau international. À l’époque, il m’avait dit : “Moi, je veux jouer en équipe de France.” Il n’était pas question d’Angleterre ou autre. C’était la France, point final. Il ne faut pas imaginer un homme timide en face à face. Michael, c’est un mec qui a les idées claires (rires). Et sa seule question, c’était: “Comment je vais arriver chez les Bleus ?” Et il savait qu’il allait y arriver. Il a confiance en lui et c’est ce qui lui permet de s’épanouir au Bayern ou en équipe de France. Mais cette confiance-là, elle se base sur son travail. »
Son quotidien dans un groupe
« Je l’ai vu jouer aux échecs pendant des heures »
« Dans un groupe, ce n’est pas quelqu’un qui va prendre la parole devant tout le monde. Mais je me dis que cette discrétion chez lui, c’est peut-être une façon de se protéger. Il n’a pas envie de se livrer à l’extérieur… Sur le terrain, ce ne sera jamais ce leader vocal à la Didier Deschamps, mais il peut être ce leader technique comme un Zidane ou un Griezmann.
Avec ses coéquipiers, c’est très fluide. À l’époque, il était très ami avec (Eberechi) Eze. Je les ai vus passer des heures à faire des parties d’échecs et à enchaîner sur des matches de ping-pong. C’était marrant de les voir tous les deux. Il y avait la séance, ils faisaient des soins, ils jouaient aux échecs, ils refaisaient des soins et enchaînaient sur le ping-pong. Tout le temps (rires). »
Sa gestion par son entraîneur
« Cela a été d’une simplicité incroyable »
« Il a du caractère, oui, comme les grands joueurs. Il aime être sur le terrain, le jeu, le ballon. Je me souviens au début, il avait ses ennuis physiques et on le faisait entrer en tant que joker pour le préserver. Ça ne lui plaisait pas, il voulait rejouer tout de suite.
En séance même chose, on quantifiait les charges de travail avec lui et on lui disait, pour le protéger: Michael, tu ne feras pas les cinq contre cinq aujourd’hui, tu rentres faire les soins.
Le mec, il te faisait un peu la gueule. Parce que lui, ce qu’il voulait, c’est jouer. Mais il n’est pas compliqué à gérer. On peut peut-être le percevoir avec son style, ses lunettes, sa capuche, comme quelqu’un de compliqué, mais pas du tout. Moi franchement, ç’a été d’une simplicité incroyable. J’ai eu zéro souci. C’est un personnage attachant. »
***
60 - Michael Olise est impliqué sur 60 buts toutes compétitions confondues cette saison (pour 67 matches joués). Avec le Bayern, il a disputé 57 rencontres, marqué 25 fois et délivré 28 offrandes. Avec les Bleus, il a joué 10 fois, pour 5 buts et 2 passes décisives.
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