OLISE ESTHÉTE CONFIDENTIEL
L’attaquant de l’équipe de France, à la parole si rare, évoque son amour du beau jeu et explique comment sa créativité a façonné son football.
OLISE « J’AIME QUE LE FOOTBALL SOIT BEAU »
«Je me considère juste comme quelqu’un de créatif.
Je ne me vois pas comme un artiste»
«Je crois que j’aime simplement prendre le ballon
et le sentir avant qu’on ne commence vraiment à jouer.
Oui, j’aime avoir le ballon en main ou au pied,
c’est important pour moi»
«Je crois que je suis plus à l’aise en 10»
«Quand on est jeune, on joue au foot.
On prend du plaisir, on ne pense à rien.
On joue à toute heure de la journée.
C’est génial»
«Si je continue à travailler dur et à garder les pieds sur terre,
alors j’espère bien devenir un joueur d’avenir»
21 Jun 2026 - L'Équipe
DAMIEN DEGORRE
Michael Olise est insaisissable. Ce ne sont pas les défenseurs qu’il a croisés cette saison qui diront le contraire, ni les médias qui tentent, très souvent vainement, de lui arracher un entretien. À 24 ans, l’attaquant du Bayern Munich et de l’équipe de France traverse sans doute la plus belle saison de sa jeune carrière.
Vingt-deux buts et vingt-neuf passes décisives avec son club, toutes compétitions confondues, une influence qui ne cesse de grandir sur le jeu de ses équipes, équipe de France incluse, il signe chacune de ses apparitions de son empreinte comme en témoigne son triplé face à l’Irlande du Nord (3-1), deux jours avant de décoller pour Boston à la conquête de son grand rêve américain, ou bien sa passe décisive et délicieuse pour Kylian Mbappé face au Sénégal (3-1).
Olise s’éclate, il épate, rayonne, impressionne, règne sur le terrain sans rien revendiquer, pourtant. Lui veut jouer, s’amuser, gagner. Et parler le moins possible en dehors.
Pour L’Équipe, le vice-champion olympique 2024 a consenti une exception, à Clairefontaine, juste avant le grand départ, quand bien même préfère-t-il mille fois s’arracher aux crampons des défenseurs les plus rugueux que de se livrer à l’exercice médiatique. « Disons que je préfère parler avec mes pieds » , sourit le joueur du Bayern, presque gêné.
Mais Olise prend une telle dimension internationale, désormais, qu’il mesure petit à petit, centimètre par centimètre, que son statut a changé.
Les deux quarts de finale de Ligue des champions face au Real Madrid (2-1, le 7 avril; 4-3, le 15 avril) puis la demi-finale aller contre le PSG (4-5, le 28 avril) au Parc des Princes ont braqué un peu plus les projecteurs sur ce joueur hors norme qui allie l’esthétisme à l’efficacité, la joie à la foudre. Et ce n’est pas son début de tournoi aux États-Unis qui risque d’inverser la tendance.
Avec lui, tout paraît fluide, subtil, délicat, aérien. Beau. Comme si le football était de l’art. « Oui, je pense que cela peut être de l’art. Mais pour ma part, je me considère juste comme quelqu’un de créatif. Je ne me vois pas comme un artiste. Après, oui, j’aime que le football soit beau. Pour le public, pour ceux qui regardent à la télé et ont envie de passer un bon moment. Je trouve que le foot est un sport magnifique, et donc il devrait l’être aussi visuellement. »
Lui a l’habitude de régaler par ses gestes offensifs, ses prises de balle, ses frappes enveloppées, mais il ne limite pas sa culture du beau à l’attaque. « Un tacle peut également être un geste incroyable, fluide, fait-il remarquer. Si c’est fluide, qui sommes-nous pour dire que ce n’est pas beau ? Je pense simplement que les attaquants maîtrisent l’attaque et les défenseurs la défense. Observer une belle défense, cela peut être magnifique aussi. » Aime-t-il, lui, l’attaquant, tacler? « Pour moi, tacler n’est pas un geste naturel, même si je peux le faire. Je pense d’ailleurs avoir progressé sur cet aspect depuis que je joue à un niveau plus élevé. Cela fait partie du jeu, donc je pense m’être amélioré sur ce point. »
Olise n’est pas d’accord lorsqu’on lui dit qu’il s’est amélioré, aussi, dans sa manière de lever encore plus la tête qu’à son époque Crystal Palace (2021-2024). « C’est votre point de vue, je le respecte, mais ce n’est pas le mien, rétorque-t-il sans aucune once d’agacement. Je pense que j’ai toujours joué la tête levée. C’est naturel pour moi et je ne pense pas que ça ait changé. J’ai donné de nombreuses passes décisives avec Palace. »
Son rapport étroit au jeu a toujours été le même, son sens de la passe aussi, sa relation avec le ballon a toujours été presque fusionnelle. Il suffit de le voir s’échauffer parfois, avant un match ou une séance d’entraînement, prendre un ballon et s’isoler à quelques mètres. « Je crois que j’aime simplement prendre le ballon et le sentir avant qu’on ne commence vraiment à jouer. Oui, j’aime avoir le ballon en main ou au pied, c’est important pour moi. D’habitude, je fais quelques jongles pour voir comment je me sens par rapport au terrain, quelques passes contre un panneau publicitaire, ce genre de choses. » Son football, Olise l’a faconné à Londres où il est né, au pied de chez lui, avec son frère Richard, de trois ans son cadet, aujourd’hui à Chelsea, et quelques amis. L’évocation de ces souvenirs semble le libérer, et l’entretien, réalisé en anglais, s’anime alors. « Je dirais que ça vient du football de rue. On joue dans les cages quand on est jeune, dehors avec mon frère, à taper dans le ballon contre le mur, à faire des un-contre-un, tout ça. Je dirais que ça vient de là, oui. C’est un type de football différent, mais c’est assurément une façon d’apprendre. Le football, dans ces conditions, c’est juste de la liberté. Ce n’était pas un apprentissage au sens strict non plus. Je prenais simplement du plaisir à jouer au football. J’aimais ça, tout simplement. Enfin, je crois qu’on aime tous ça quand on est jeune. »
- Êtes-vous nostalgique de ces années?
Oui, un peu. Quand on est jeune, on joue au foot. On prend du plaisir, on ne pense à rien. Donc oui, forcément, un peu. On joue à toute heure de la journée. C’est génial.
– Vous aimiez cette liberté qui vous était offerte alors?
Oui! Mais j’ai aussi beaucoup appris dans les prestigieuses académies où je suis passé, à Chelsea et à Manchester City notamment.
– Mais aujourd’hui, cette liberté s’efface un peu derrière la tactique. Avezvous besoin de liberté sur le terrain pour vous exprimer?
Oui, dans une certaine mesure. Cela dépend aussi de certaines choses, de la façon dont la rencontre est maîtrisée par exemple. Je pense que le foot est aussi une question de maîtrise. Je veux dire, chaque entraîneur a sa propre philosophie. Ensuite, on essaie d’imposer son style au sein de la rencontre pour que tout s’articule bien. Quand on joue dans une structure où l’on sait où l’on va, ça me facilite un peu la tâche aussi.
– Et dans quelle position vous sentez-vous le plus à l’aise?
Je crois que c’est en numéro 10. C’est un rôle un peu plus libre. J’ai grandi en jouant au poste de numéro 10. Donc pour moi, c’est un peu plus naturel. Bon, peut-être pas en ce moment, car je joue sur l’aile aujourd’hui, mais je pense que c’est ce qui me semble le plus naturel. » En sélection, Michael Olise recueille l’unanimité. Tous louent son talent et adorent évoluer avec lui. Dans un récent entretien accordé à L’Équipe, dans lequel il présente notamment les 25 Bleus mondialistes, Kylian Mbappé ne tarit pas d’éloges sur son coéquipier et le présente à la fois comme « le joueur du présent et celui de demain » . « Ah, c’est un énorme compliment » , répond, surpris, l’intéressé. « – Vous êtes d’accord avec ça? – Non, dit-il en esquissant un sourire.
– Non?
Je veux dire que c’est agréable d’entendre cela, surtout de la part de Kylian. Quand il s’agit de quelqu’un avec qui tu joues, que tu respectes et qui a déjà tant accompli dans le football, je pense que c’est toujours agréable d’entendre ce genre de choses. Pour l’instant, je dirais que oui, je suis un joueur du présent. Si je continue à travailler dur et à garder les pieds sur terre, alors j’espère bien devenir un joueur d’avenir. » On dirait bien qu’il lui appartient.
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Le Real dément tout contact avec lui
Le Real Madrid a publié un communiqué hier pour démentir des rumeurs apparues ces derniers jours évoquant un intérêt des Merengues pour Michael Olise. La Maison Blanche a assuré n'avoir « eu aucun contact, direct ou indirect, avec ledit joueur, ses représentants ou toute personne de son entourage » . Les rumeurs évoquaient une potentielle concurrence du PSG sur le dossier, et une offre à plus de 200 millions d'euros préparée par le Real Madrid. Le club présidé par Florentino Pérez a tenu à « souligner l'excellente relation institutionnelle qu'il entretient avec le Bayern Munich » et a regretté « la propagation de spéculations qui ne correspondent pas à la réalité » . Pour rappel, comme indiqué dans nos colonnes il y a dix jours, Olise va poursuivre son aventure en Bavière. Conscients de la dimension prise par leur attaquant, les dirigeants bavarois ne comptent pas subir la situation trop longtemps. Ils souhaitent prolonger son contrat de deux saisons (jusqu'en 2031) dès cet automne et lui doubler son salaire.
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