ÉCHAPPÉE BELLE


Van der Poel, vainqueur à bout

Admirable de ténacité mais pas impérial, Mathieu van der Poel s’est dépouillé pour remporter le Grand Prix E3 une troisième fois, au bout d’un long raid en solitaire face au vent. 
Pas de quoi se rassurer à l’approche du Tour des Flandres.

“Avec ces coureurs derrière moi sur de larges routes 
et après tous les efforts que j’avais déjà fournis, 
je savais que ça allait être serré»
   - MATHIEU VAN DER POEL

28 Mar 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX

HARELBEKE (BEL) – Dans les labourés ou les pavés, les longs raids en solitaire de Mathieu an der Poel ont toujours donné à admirer son allure sublime sur un vélo, cet alignement parfait avec la machine malgré l’irrégularité du terrain et même un air princier depuis qu’il laisse pousser un mulet blond. Seul pendant 42 km à partir du Paterberg, hier, le Néerlandais s’est encore donné en spectacle mais la férocité des mâchoires, la tête bringuebalée puis les rugissements de son staff à l’arrivée l’ont révélé sous un autre jour, désarticulé, harassé, puis délivré. « J’étais à la limite » , a-t-il concédé après la ligne, vainqueur pour la troisième fois d’affilée de l’E3 Saxo Bank Classic mais proche d’un revers majeur. « Je suis vraiment content de cette victoire, savourait-il avec un visage déjà moins creusé après le podium. Ça aurait vraiment été la merde d’être repris à un kilomètre de l’arrivée après avoir fourni autant d’efforts à l’avant. »

Le principal est sauf, le goût retrouvé de la victoire six jours après sa défaite à San Remo (8e) et une marge évidente sur les monts pavés de bon augure pour les retrouvailles avec Tadej Pogacar sur le Vieux Quaremont (gravi deux fois hier) lors du Tour des Flandres, le 5 avril prochain. Mais l’improvisation tactique douteuse qu’il a failli payer à trois secondes près à la flamme rouge (lire par ailleurs), les efforts consentis et la force des équipiers de ses futurs rivaux ne lui permettent pas de ressortir de ce test pleinement rassuré.

Comment souventsur l’épreuve flamande, une partie de la course a basculé dans le Taaienberg. En suivant une attaque de Tim Van Dijke (RedBull-BoraHansgrohe) dans le mont à 70 km de l’arrivée, Van der Poel est revenu au contact d’un groupe où il pouvait compter sur Edward Planckaert, équipier satellite propulsé à l’avant un peu plus tôt.

Une situation confortable ? « On a vite vu que personne n’allait vouloir travailler avec nous » , contestait le Néerlandais, qui allait donc précipiter les choses dès le Boigneberg, à 63 km de la ligne. « J’ai attaqué pour avoir seulement un ou deux coureurs avec moi, Van Dijke par exemple. Mais je me suis retrouvé tout seul au sommet de la montée et il n’y avait plus de retour en arrière possible. » Déjà un effort d’une quinzaine de bornes en solitaire et le Néerlandais reprenait l’échappée matinale, qu’il ne jugea pas d’une grande utilité non plus, s’en débarrassant trois kilomètres plus loin dans le Paterberg. Parti dans la même ascension à 47 km de la ligne lors de son succès en 2024, en tête pendant 39 km après le Vieux Quaremont en 2025, Van der Poel semblait lancé pour une envolée routinière. Même le peloton, bien maîtrisé par Tibor Del Grosso, a semblé résigné. « Je ne crois pas que c’était le plan de Mathieu de partir en solitaire si tôt mais on s’est adapté pour le protéger des attaques de derrière, expliquait

le jeune lieutenant. Ce que j’ai plutôt bien réussi, mais au bout d’un moment, j’étais mort et je n’étais pas en bonne position pour m’immiscer dans le groupe de contre. » Un quatuor surmotivé composé notamment de Florian Vermeersch (UAE-XRG) et Per Strand Hagenes (Visma-Lease a bike) qui ont mené une poursuite d’enfer, deux excellentes nouvelles pour Pogacar et Wout Van Aert dans l’optique des Monuments flandriens.

« Avec ces coureurs derrière moi sur de larges routes et après tous les efforts que j’avais déjà fournis, je savais que ça allait être serré » , a reconnu van der Poel. Dans « ce final horrible pour un homme seul » (Del Grosso) face au vent, l’écart de van der Poel a commencé à fondre, les véhicules intercalés l’ont dépassé, et les chasseurs l’ont eu en ligne de mire. Jusqu’à ce moment crucial, à la flamme rouge, un coup d'oeil derrière lui en guise de dernier coup de bluff ? « En fait j’ai commencé à me résigner parce qu’ils étaient très proches puis je me suis dit que s’ils revenaient, je n’avais aucune chance au sprint car j’étais vraiment à la limite. Ils ont dû croire que j’avais abandonné et j’ai lancé un dernier effort jusqu’à la ligne, ils ont commencé à douter et ça l’a fait. »

La démonstration de sa résistance efface-t-elle finalement tout le reste ? Même Del Grosso faisait la moue : « Je ne vois pas vraiment l’avantage de partir si tôt dans la course mais c’est comme ça que la situation a évolué et il n’y a que Mathieu qui est capable de partir tout seul aussi longtemps. J’espère qu’il va récupérer de ses gros efforts. »

Les circonstances tactiques et la folie du scénario en feraient presque oublier l’enjeu principal du jour : l’état de sa main gauche, meurtrie lors de sa chute sur Milan-San Remo. Pilotant avec des bandages à l’auriculaire et au majeur, le triple vainqueur du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix a livré un diagnostic à peine rassurant : « Comme je l’ai dit avant la course, c’est vraiment gênant mais ça fait déjà beaucoup moins mal, je peux courir. » Prévu au départ de Gand-Wevelgem, demain, Van der Poel va encore pouvoir éprouver cette gêne à une semaine du Ronde, et tenter de retrouver un véritable sentiment de domination.

***

Poker perdant

28 Mar 2026 L'Équipe
L. He. à Harelbeke.

Pas d’aigreur, pas de médisance ou de dénonciation. Passés si proches de l’exploit du retour sur Mathieu van der Poel après trente kilomètres de chasse hier, les quatre coureurs à la poursuite l’ont bêtement laissé filer quand le plus dur était fait, à la flamme rouge, avec trois petites secondes de retard, l’équivalent d’une dizaine de mètres. « On travaillait bien ensemble, mais à la fin on commençait à fatiguer et on voulait garder des forces pour le sprint… C’était juste une partie de poker, ça fait partie du jeu » , a relativisé Jonas Abrahamsen (Uno-X-Mobility), 5e à l’arrivée. Comme le Norvégien, les trois autres grands perdants ont décidé de porter la faute collectivement, du moins ils l’ont rejeté sur une force extérieure, des dés qui ne seraient pas retombés du bon côté.

« Mes compagnons ont décidé de parier et je ne voulais pas être le seul à faire le dernier effort pour boucher le trou, a expliqué Florian Vermeersch (UAE Emirates-XRG), qui a jeté l’éponge en tête du groupe au moment fatidique. Je suis évidemment déçu mais je comprends les raisons tactiques. »

Leader de l’équipe n° 1 mondiale et cité parmi les principaux adversaires de Van der Poel avant la course, le Belge aurait peut-être pu prendre ses responsabilités car en face, Stan Dewulf (Decathlon-CMA CGM) se satisfaisait de sa performance ( « après deux saisons sans disputer les classiques, je suis content de cette 4e place » ), comme Per Strand Hagenes (Visma-Lease a bike).

« Je ne suis pas un top coureur et ce n’est pas tous les jours qu’on tente ce genre de choses, il faut un peu de chance, de bonnes jambes… relativisait le 2e du jour. On peut se dire qu’il est impressionnant qu’on ait presque réussi à le rattraper parce qu’il est super fort. Je crois que je peux être fier de la façon dont j’ai couru. »

Vu sa pointe de vitesse et l’éreintement de Van der Poel, le Norvégien voyait vraiment le verre à moitié plein.

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