Godon, c’est tout bon
Dorian Godon, hier, lors de la présentation des
équipes avant la 2e étape du Tour de Catalogne.
Quatrième hier mais toujours leader du Tour de Catalogne, le champion de France a réussi son intégration chez Ineos-Grenadiers, où sa bonhomie autant que ses qualités en font déjà un homme fort.
«Paris-Nice a été pour lui le déclic»
- IMANOL ERVITI, DIRECTEUR SPORTIF
D’INEOS-GRENADIERS
25 Mar 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT
BANYOLES (ESP) – On savait que la coupe mulet n’était jamais passée de mode en Espagne, mais voilà qu’un nouveau phénomène se répand en Catalogne : la moustache. Lundi, on avait vu celle de Dorian Godon, vainqueur à Sant Feliu de Guixols. Hier, c’est le toujours frétillant Magnus Cort Nielsen (33 ans, Uno-X) et son poil blond façon Astérix qui a levé les bras à Banyoles, résistant d’une demiroue au jeune Français Noa Isidore (21 ans, Decathlon-CMA CGM) pendant que Godon, « un peu enfermé à deux kilomètres et obligé de faire un effort seul avant le dernier virage » , aux 500 mètres, prenait la 4e place.
Le champion de France se consolait volontiers. « Je n’avais pas les jambes pour gagner, je n’ai pas de regrets, je conserve quand même le maillot (dans le même temps que Cort Nielsen mais devant à l’addition des places). On croit que c’est facile de gagner tous les jours, mais non. »
C’est qu’avec lui, tout semble simple depuis plusieurs semaines. Après deux premiers mois frustrants, où certaines occasions se sont envolées (6e de la Drôme Classic quand même), le Lyonnais a connu un vrai tournant à Paris-Nice. « J’avais vraiment envie de bien y performer, notamment sur le contre-la-montre par équipe », rembobinait-il lundi. Un exercice où Ineos s’est imposé. Une petite libération collective et individuelle.
Trois jours plus tard, à Apt, sa 2e place derrière Harold Tejada, que le peloton avait laissé filer dans la descente finale, aurait pu n’être que frustration. Au contraire : l’ancien de Decathlon-AG2R La Mondiale a montré ce jour-là qu’il avait la gagne dans les jambes. Et tout s’est aligné le lendemain, vainqueur à Isola de l’étape étêtée (47 km sans arrivée au sommet).
« Paris-Nice a été pour lui le déclic, assure son directeur sportif Imanol Erviti, présent sur la Course au Soleil et en Catalogne. Pour la confiance, pour se sentir tranquille dans le groupe et libre de demander clairement ce dont il a besoin les jours-clés, et ça, c’est un point important chez les grands coureurs. »
Ses équipiers hésitent d’autant moins à se mettre à son service que Godon (29 ans), dont c’est la première expérience dans une équipe étrangère mais il est trilingue (anglais et espagnol), s’est parfaitement intégré, et Carlos Rodriguez, l’un des leaders du collectif, ne s’était pas forcé pour glisser à la mère de Godon combien il était « fier » de courir avec Dorian, à l’arrivée du Tour de la Provence.
« C’est quelqu’un de très ouvert, bon esprit, donc ça se passe super bien avec tout le monde », insiste Victor Langellotti, son colocataire lors des stages de décembre et janvier. « Un type très tranquille, très simple, une grande personne », abonde Erviti.
Ses qualités de puncheur sprinteur, aussi, ont fait du bien à une équipe « qui manquait parfois de pointe de vitesse, un homme rapide, sait Langellotti. Avec lui, on l’a, d’autant qu’il passe très bien les bosses. » « Ce n’est pas comme les jeunes qui arrivent très haut tout de suite, lui grandit tranquillement, reprend Erviti. Et c’est beau de voir ça, il y a de l’espace pour tout le monde, d’autres chemins, à condition d’y croire. Ce n’est pas toujours aussi facile que pour des Pogacar, des Seixas et tant d’autres. On doit beaucoup travailler, faire les choses bien pendant de nombreuses années pour arriver au meilleur niveau. Jusqu’où peut-il aller ? Je ne vais pas m’avancer, c’est quelque chose qui reste à explorer et nous allons le soutenir. Mais c’est déjà un énorme atout pour notre équipe. »
Il le sera ce mercredi encore, à Vila-seca, où un sprint est possible si des échappés ne filent pas dans la première partie de course. « J’espère relever les bras » aujourd’hui, disait-il hier. Pour perpétuer la mode des moustaches.
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