Wembanyama en campagne
Victor Wembanyama interrogé par une journaliste
bostonienne après une victoire des Spurs face au Celtic.
À dix matches de la fin de la saison régulière, le Français multiplie les prises de parole pour défendre sa candidature au titre de MVP. L’intérieur des Spurs a des arguments et il entend bien s’en servir.
25 Mar 2026 - L'Équipe
MAXIME AUBIN
SAN ANTONIO (USA) – On doute qu’il se soit inspiré des élections municipales françaises de ces derniers jours, trop occupé à faire gagner ses Spurs en NBA. Mais Victor Wembanyama a un vrai talent de politicien.
Lundi soir, après une nouvelle sortie impressionnante lors de la victoire à Miami (26 points, 15 rebonds, 5 contres en seulement 26 minutes, score final 136-111), l'intérieur français a déroulé ses arguments les uns après les autres en conférence de presse, prenant comme à chaque fois le temps de la réflexion pour trouver les bons mots. « C’est assez compréhensible qu’il y ait encore un débat aujourd’hui (pour le titre de MVP), a d’abord concédé “Wemby”. Même si je pense que je devrais être devant, mon but est de tout faire pour qu’il n’y ait plus de débat possible à la fin de la saison. »
Imposer le sujet de la défense dans le débat
Ces dernières semaines, le géant tricolore (22 ans, 2,24 m) s’est lancé dans une véritable campagne pour le titre de MVP, le trophée récompensant le meilleur joueur de la saison régulière de NBA. Le numéro 1 des Spurs le dit à qui veut l’entendre, il est plus méritant que ses concurrents : le meneur du Thunder Shai Gilgeous-Alexander, MVP en titre, celui des Lakers Luka Doncic, et l’intérieur serbe des Nuggets Nikola Jokic, triple lauréat en 2021, 2022 et 2024.
Mais pourquoi ressent-il le besoin de plaider son cas de cette manière? « La défense représente 50 % du jeu, c’est assez sous-estimé dans la course au MVP et je pense être le joueur avec le plus d’impact en défense », a-t-il d’abord développé. Il a raison d’insister là-dessus puisqu’il est effectivement le joueur le plus dominant de la Ligue de ce côté du terrain, autant par ses contres (3 par match, meilleur total en NBA) que par sa présence dissuasive dans la raquette, qui oblige les équipes adverses à complètement repenser leurs schémas de jeu au moment de l’affronter.
Si le Francilien insiste sur cet argument, c’est parce que le titre de MVP couronne avant tout les artisans de la domination offensive, dans un Championnat qui a progressivement tourné le dos à la défense, façonnant ses règles au service du spectacle et de l’attaque.
Favori à une vingtaine de jours de la fin de la saison régulière, selon le site officiel de la NBA, Gilgeous-Alexander cumule 31,5 points en moyenne par soir, juste derrière Doncic (33,4), actuel meilleur marqueur de la Ligue, qui vient de rafler la deuxième place à Wembanyama, l e q u e l n ’ a f f i c h e « q u e » 24,3 points, soit le 14e meilleur total. Deux génies de l’attaque, certes, mais bien loin de l’empreinte laissée par le Français à l’autre bout du terrain.
Le natif du Chesnay (Yvelines) en est convaincu: la défense doit un jour peser autant que les points dans la course au MVP. « Ça va arriver avec le temps » , lâchet-il, lui qui file tout droit vers le titre de DPOY (Defensive Player of the Year) s’il atteint le minimum requis de 65 matches (*) en fin de saison (il en est à 58 à 10 rencontres de la clôture).
Élargir la discussion au-delà des seuls points marqués
« Offensivement, l’impact d’un joueur ne se résume pas qu’à marquer des points », poursuit Wembanyama. L’intérieur met notamment en avant sa capacité unique à aspirer les défenses lorsqu’il coupe vers le cercle, qu’il finisse par marquer ou faire une passe à un coéquipier libre. « Il affirme avoir consulté des données qui le placent au coude-à-coude avec Jokic sur ce critère, tout en réclamant des analyses plus poussées pour creuser la question » , raconte Jared Weiss, journaliste pour le site The Atlhetic, qui a échangé avec le joueur dans le vestiaire à Miami.
S’il avait tendance à vouloir tout porter lors de ses deux premières saisons, Wembanyama a largement épuré son jeu offensif cette année. Mieux entouré, il s’appuie davantage sur ses coéquipiers, distribue plus, force moins, et son efficacité s’en ressent. « Il influence le jeu dans tous les sens du terme, des deux côtés du terrain, avec et sans le ballon, apprécie son entraîneur Mitch Johnson. Selon mon opinion très subjective, il a plus d’impact que n’importe quel joueur que j’ai pu voir. »
Au-delà de son coach, c’est tout le vestiaire des Spurs qui s’est mis en ordre de marche derrière son leader, martelant en conférence de presse ou face aux caméras de la Ligue que leur coéquipier mérite son premier titre de MVP. Suffisant pour emporter le verdict des 100 journalistes en charge du vote (dont L’Équipe fait partie) à la mi-avril ? Wemby a encore 10 matches pour convaincre.
(*) L'association des joueurs NBA a demandé hier l'abolition de ce quota pour être éligible aux principaux trophées individuels.
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