Le foot argentin en grève
Au centre, Claudio Tapia, le président de la Fédération argentine,
soulève la Coupe du monde remportée en 2022 par l’Albiceleste
face à la France (3-3, 4-2 aux t.a.b.).
Les dirigeants des clubs du pays ont voté la suspension de la neuvième journée de Championnat. Leur but : protester contre la mise en examen du président et du trésorier de la Fédération pour fraude fiscale, sur fond de conflit avec le gouvernement de Javier Milei.
"Il faut enquêter jusqu’au bout sur cette mafia"
- PATRICIA BULLRICH, EX-MINISTRE
DE LA SÉCURITÉ
5 Mar 2026 - L'Équipe
ANAÏS DUBOIS
BUENOS AIRES – Cette semaine, on n’entendra pas s’élever le chant des fans depuis les tribunes des stades argentins. Le football sera en grève d’aujourd’hui à dimanche, toutes catégories confondues. La décision ne vient pas du syndicat des joueurs mais de la plus haute instance du football local, le comité exécutif de l’Association du Football Argentin (AFA).
Le 23 février, lors d’une réunion des dirigeants de clubs, ces derniers ont voté la suspension de la neuvième journée de compétition. Un football à l’arrêt en soutien à ses dirigeants: le président de l’AFA, Claudio « Chiqui » Tapia et le trésorier de l’Association, Pablo Toviggino, ainsi que deux autres cadres du football local, tous mis en examen et cités à comparaître devant la justice entre ce jour et lundi.
L’association est en effet visée depuis plusieurs mois par une série d’enquêtes judiciaires portant sur des fraudes fiscales, blanchiment et détournements de fonds. Ces enquêtes s’inscrivent dans un contexte tendu entre la Fédération argentine et le gouvernement ultralibéral de Javier Milei, qui souhaite ouvrir la porte pour que les clubs argentins, détenus par leurs adhérents, puissent être convertis en sociétés anonymes et donc ouvertes aux capitaux étrangers. Le président de l’AFA, «Chiqui» Tapia, ancien dirigeant syndical, ainsi qu’une majorité de clubs s’y opposent fermement.
Le 12 décembre, l’ARCA, équivalent du Trésor public en Argentine, a attaqué l’AFA en justice, l’accusant de rétention abusive de cotisations sociales et de taxes pour un montant de plus de 19 milliards de pesos (environ 11,5 millions d’euros). La Fédération, qui a finalement réglé sa dette, s’en défend en invoquant une disposition autorisant le paiement différé des dettes des associations en difficultés financières. Mais, d’après le procureur chargé de l’enquête, Claudio Roberto Navas Rial, l’AFA aurait commis un délit puisque ses dépôts, au vu de ses seuls comptes en Argentine, permettaient très largement d’honorer les paiements. Dans le cadre d’une autre affaire, la justice argentine s’intéresse également aux activités de l’entreprise TourProdEnter LLC, basée en Floride.
Créée en 2021, la firme administre les contrats de la Fédération à l’étranger, notamment les juteux revenus liés à la sélection nationale. D’après le quotidien argentin La Nación , l’entreprise aurait géré des contrats à hauteur de 260 millions de dollars (222 millions d’€) en représentation de l’AFA, dont une partie aurait été virée à des sociétés écrans aux États-Unis.
Depuis décembre, le bras de fer entre l’AFA et l’exécutif argentin cumule les chapitres. « Il faut enquêter jusqu’au bout sur cette mafia » , avait alors publié sur X Patricia Bullrich, ex-ministre de la Sécurité du gouvernement de Milei et désormais sénatrice, qui a dénoncé les dirigeants devant le comité d’éthique de la Confédération sud-américaine de football (Conmebol). De son côté, l’AFA dénonce une « campagne de diffamation à l’encontre de l’institution, son président Claudio Tapia et son trésorier, Pablo Toviggino » .
« Une guerre est déclarée contre le football. Ils (les membres du gouvernement) veulent imposer les sociétés anonymes sportives et les clubs se sont déjà prononcés. Ils n’en veulent pas » , a pointé Fabian Berlanga, président du club Vélez Sarsfield (Première Division argentine), en sortant de la réunion où la grève a été décidée.
La FIFA interdit l’ingérence politique dans les fédérations
Après avoir été virulent, le gouvernement fait profil bas ces derniers jours. Alors que l’article 19 du règlement de la FIFA interdit l’ingérence politique dans les fédérations, l’équipe de Javier Milei semble avoir pris conscience du préjudice qu’elle pourrait porter à l’Albiceleste à quelques mois du coup d’envoi de la Coupe du monde. L’AFA et son président, Tapia, de leur côté, n’ont pas hésité à s’immiscer dans les affaires de l’État et à le faire savoir. Dimanche, la Fédération argentine annonçait, quelques minutes avant le chef de la diplomatie argentine, la libération de Nahuel Gallo, un gendarme argentin détenu au Venezuela depuis 448 jours.
D’après le communiqué publié par la Fédération, ce serait grâce à ses relations avec son homologue vénézuélienne que cette mise en liberté aurait abouti. Ce que le gouvernement, dont les relations diplomatiques avec Caracas sont rompues depuis août 2024, n’avait pas réussi à obtenir.
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