PHÉNOMÉNAL
Tadej Pogacar a encore livré un fantastique récital hier, s’extirpant à 80 bornes de l’arrivée, pour remporter les Strade Bianche pour la 4e fois, un record. De son côté, Paul Seixas n’a rien pu faire face à l’attaque du Slovène, mais il n’a jamais plié.
POGACAR INTOUCHABLE, SEIXAS REMARQUABLE
Tadej Pogacar a remporté les Strade Bianche au bout d’un nouveau raid de légende, 80 kilomètres seul au monde, mais derrière lui, Paul Seixas, deuxième, s’est posé en héritier.
8 Mar 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
SIENNE (ITA) – La clameur et le silence. Le présent et le futur proche, très proche. Deux mondes sont entrés en collision hier aprèsmidi sous le ciel chargé de Sienne, sur cette piazza del Campo pleine de monde, théâtre de la plus belle arrivée de l’année, dans cette arène de bâtiments ocres à la beauté éternelle, au pied de ces balconnets fragiles sur lesquels les familles s’étaient serrées, devant les gueules ouvertes des gargouilles du Palazzo Pubblico dont on ne savait plus si elles étaient terrifiantes ou juste ébahies.
Et puis le maillot arc-en-ciel qui apparut comme on revient d’une odyssée, dévala la petite descente qui menait à son port d’arrivée, cahotant sur les dalles de pierre mal scellées et levant les bras au ciel, de la même joie simple qui accompagnait, gamin, ses premiers tours de roue. Un bourdonnement chaleureux grossissait pour l’escorter et la chair de poule gagnait.
Une minute plus tard, Paul Seixas avait lui aussi droit à son acclamation. Alors que Pogacar avait été aspiré dans les espaces protocolaires, le Français se retrouvait au milieu de la fourmilière des suiveurs. Près de cinq heures de tumulte pour finir avec tout le monde sur le paletot. « C’était horrible », furent ses premiers mots.
Toujours acteur, Seixas n’a jamais plié
Il était désormais dans une bulle de calme, ses fins mollets recouverts d’un voile blanc, au bord de ses lèvres la poussière avait formé des croûtes. Il se moucha, apaisa son visage d’une serviette humide. On le nettoyait comme un boxeur dans son coin, le combat avait été intense mais pour sa première participation aux Strade Bianche, à 19 ans, Paul Seixas venait de prendre la deuxième place. Plus que ce classement, sa constance, sa solidité au fil de la course ont épaté. Toujours acteur, il n’a jamais plié et c’est bluffant car son corps n’est pas encore tanné, habitué à ces déluges de violence. Le seul à tenter d’accrocher Tadej Pogacar dans le Monte Sante Marie. Celui qui relance la poursuite derrière le champion du monde, dans les deux passages de cet infernal colle Pinzuto, pour s’isoler la deuxième fois, à 18 km du terme, avec Isaac Del Toro à qui il allait en plus faire la peau dans les rues de Sienne, alors que le Mexicain s’était moins employé et lui avait sucé la roue pendant plus de deux heures, allégeance à son leader oblige. Il n’y eut donc que Pogacar pour lui brûler les ailes et Seixas releva que le Slovène était tout de même « un des plus grands coureurs de tous les temps » , une manière de lui rendre hommage mais aussi d’adoucir sa défaite.
Pogacar avait ainsi démarré à son endroit de prédilection, dans le Monte Sante Marie, à 80 km de l’arrivée, et Seixas avait alors dû se dépatouiller du marquage de Del Toro pour tenter de recoller. Il revenait, mètre après mètre, le portebagage du champion du monde était là, juste là, sous son nez, mais à ce moment précis, Pogacar, qui était en gestion, le crucifia.
Pogacar aime toujours autant son petit monde de solitude
Un coup tactique fin, qu’on ne peut réaliser que quand on a une telle marge et une telle réserve, mais aussi l’orgueil du champion. On ne peut pas croire que Tadej Pogacar n’a pas eu les oreilles qui chauffaient d’entendre sans cesse le nom de Seixas ces derniers jours, tout ça parce qu’il avait gagné l’Ardèche Classic, devait-il se dire, et l’air de rien, la démonstration d’hier avait des allures de leçon. Mais une fois descendu du ring, il ne fut pas avare en compliments pour autant. « Oui, je suis impressionné, a reconnu le double champion du monde. Il a fait une super course, montré qu’il pouvait courir sous pression, produire un résultat. Il a des jambes incroyables. »
De cette bataille, on retiendra que Tadej Pogacar aime toujours autant son petit monde de solitude, parce que c’est son mode opératoire, amener ses rivaux à ébullition rapide, en quelques kilomètres, pour les faire craquer, s’isoler et ensuite gérer son avance. Mais aussi parce que c’est comme cela qu’il veut qu’on se souvienne de lui pour toujours, seul, au-dessus de tout le monde.
Il a donc encore gagné au prix d’un raid fabuleux, qu’on trouverait presque banal à force mais qui n’en est pas moins un nouveau morceau de légende, deux heures et demie pour l’histoire à se concentrer sur des choses ordinaires, à écouter son oreillette qui lui crache l’écart, à regarder son capteur, à discuter avec lui-même, tester son amour du sport et de son métier, se demander si la saison allait être longue et si ces cheveux peroxydés qui lui donnent un air d’Eminem de mauvais télécrochet étaient une si bonne idée.
Grégoire, superbe 4e, lui non plus ne s’est jamais désuni
Le Slovène est dans tous les cas prêt pour la saison 2026, pour San Remo dans deux semaines et pour tout ce qui suivra, et ce n’est sans doute pas encore cette année qu’on le verra vaciller. Il a toujours l’air aussi maître de son destin.
Hier, il a laissé Paul Seixas dans son ombre, mais le Français est tout de même parvenu à lui prendre un peu de lumière, un petit exploit en soi, et on en projettera aussi un rayon sur Romain Grégoire, superbe quatrième à Sienne, qui lui non plus ne s’est jamais désuni. Seixas a concrétisé hier l’intuition qu’il pouvait être l’héritier, un trône qu’il se disputera avec Del Toro notamment. Car on peut oublier les discours de jeunesse, la nécessité de l’apprentissage, tous ces schémas éculés, Seixas est déjà là, il a éclos et évolue en ce début de saison dans le top 5 mondial.
Jamais un coureur de 19 ans n’avait couru àce niveau, pas Pogacar, pas même Remco Evenepoel. Il est un candidat au podium du prochain Tour de France et si cela n’arrive pas cette saison, ce sera dans les trois prochaines années. La bascule mentale enclenchée cet hiver impressionne autant que sa maturation physique, il est entré dans une nouvelle dimension, car après avoir gentiment regardé l’an passé, couru sur la défensive, il se comporte et manoeuvre désormais comme s’il pouvait gagner chaque course sur laquelle il s’aligne. Comme un cador. Le prochain Tour du Pays basque, face à Jonas Vingegaard et Primoz Roglic, figurera une nouvelle étape. Puis il aura une nouvelle occasion de tenter d’accrocher Pogacar, dans la côte de la Redoute, sur Liège-Bastogne-Liège. D’ici là, le champion du monde doit s’occuper de Mathieu van der Poel.
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Tadej Pogacar ha offerto ancora una volta una prestazione fantastica ieri, staccandosi dal gruppo a 80 km dall'arrivo e vincendo la Strade Bianche per la quarta volta, un record. Da parte sua, Paul Seixas nulla ha potuto contro l'attacco dello sloveno, ma non ha mai mollato.
FENOMENALE
POGACAR INARRICCHIEVABILE, SEIXAS NOTEVOLE
Tadej Pogacar ha vinto la Strade Bianche dopo una nuova leggendaria fuga, 80 chilometri da solo al mondo, ma dietro di lui Paul Seixas, secondo, si è affermato come erede.
8 marzo 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
SIENA (ITA) – Il clamore e il silenzio. Il presente e il futuro prossimo, molto prossimo. Due mondi si sono scontrati ieri pomeriggio sotto il cielo carico di Siena, in questa piazza del Campo affollata, teatro dell'arrivo più bello dell'anno, in questa arena di edifici ocra dalla bellezza eterna, ai piedi di quei fragili balconi su cui le famiglie si erano strette, davanti alle bocche aperte dei doccioni del Palazzo Pubblico, di cui non si capiva se fossero terrificanti o semplicemente stupiti.
E poi la maglia arcobaleno è apparsa come se tornasse da un'odissea, ha sfrecciato lungo la discesina che portava al suo porto di arrivo, sobbalzando sulle lastre di pietra mal sigillate e alzando le braccia al cielo, con la stessa semplice gioia che accompagnava, da bambino, i suoi primi giri di ruota. Un caloroso brusio cresceva per accompagnarlo e la pelle d'oca si diffondeva.
Un minuto dopo, anche Paul Seixas ha ricevuto la sua ovazione. Mentre Pogacar era stato risucchiato negli spazi protocollari, il francese si è ritrovato in mezzo al brulicare dei seguaci. Quasi cinque ore di tumulto per finire con tutti uno dietro l'altro. «È stato orribile», sono state le sue prime parole.
Sempre protagonista, Seixas non si è mai arreso
Ora, era avvolto da un'aura di calma, i suoi polpacci sottili erano ricoperti da un velo bianco e sulle labbra si era formata una crosta di polvere. Si è soffiato il naso e si è rinfrescato il viso con un asciugamano umido. Lo pulivano come un pugile al suo angolo, il combattimento era stato intenso, ma alla sua prima partecipazione alla Strade Bianche, a 19 anni, Paul Seixas aveva appena conquistato il secondo posto. Più che la sua posizione in classifica, a stupire sono state la sua costanza e la sua solidità durante tutta la gara. Sempre protagonista, non ha mai ceduto ed è sorprendente perché il suo corpo non è ancora temprato, abituato a queste violenze. L'unico a cercare di stare al passo con Tadej Pogacar sul Monte Sante Marie. Colui che ha rilanciato l'inseguimento dietro il campione del mondo, nei due passaggi di questo infernale colle Pinzuto, per isolarsi la seconda volta, a -18 km dal traguardo, con Isaac del Toro, che avrebbe poi superato nelle strade di Siena, mentre il messicano si era impegnato meno e gli aveva succhiato la ruota per più di due ore, fedele al suo leader. C'era quindi solo Pogacar a bruciargli le ali e Seixas ha sottolineato che lo sloveno è comunque “uno dei più grandi corridori di tutti i tempi”, un modo per rendergli omaggio ma anche per addolcire la propria sconfitta.
Pogacar era partito dal suo punto preferito, sul Monte Sante Marie, a 80 km dall'arrivo, e Seixas aveva dovuto liberarsi dalla marcatura di del Toro per cercare di ricongiungersi. Ritornava, metro dopo metro, il mozzo del campione del mondo era lì, proprio lì, sotto il suo naso, ma in quel preciso momento Pogacar, che stava gestendo la gara, lo ha crocifisso.
Pogacar ama ancora il suo piccolo mondo di solitudine
Una mossa tattica raffinata, che si può realizzare solo quando si ha un margine e una riserva del genere, ma anche l'orgoglio del campione. Non si può credere che Tadej Pogacar non abbia sentito le orecchie bruciargli nel sentire continuamente il nome di Seixas negli ultimi giorni, solo perché (il francese) aveva vinto l'Ardèche Classic, doveva pensare, e con nonchalance, la dimostrazione di ieri sembrava una lezione. Ma una volta sceso dal ring, non è stato avaro di complimenti. «Sì, sono impressionato», ha ammesso il due volte campione del mondo. «Ha fatto una gara fantastica, dimostrando di saper correre sotto pressione e ottenere risultati. Ha delle gambe incredibili».
Di questa battaglia, ricorderemo che Tadej Pogacar ama ancora il suo piccolo mondo di solitudine, perché è il suo modus operandi: portare i suoi rivali al limite in pochi chilometri, per farli crollare, isolarsi e poi gestire il suo vantaggio. Ma anche perché è così che vuole essere ricordato per sempre, solo, al di sopra di tutti.
Ha quindi vinto ancora una volta con una fuga favolosa, che ormai potremmo quasi considerare banale, ma che non è meno che un nuovo pezzo di leggenda, due ore e mezza per la storia a concentrarsi su cose ordinarie, ad ascoltare l'auricolare che gli comunica il distacco, a guardare il suo computerino, a discutere con se stesso, a mettere alla prova il suo amore per lo sport e per il suo mestiere, a chiedersi se la stagione sarebbe stata lunga e se quei capelli ossigenati che gli danno l'aria di un Eminem da talent show di bassa lega fossero stata una buona idea.
Lo sloveno è in ogni caso pronto per la stagione 2026, per la Sanremo tra due settimane e per tutto ciò che seguirà, e non sarà quest'anno che lo vedremo vacillare. Sembra sempre padrone del proprio destino.
Grégoire, splendido quarto, anche lui non ha mai perso la concentrazione.
Ieri, ha lasciato Paul Seixas nella sua ombra, ma il francese è comunque riuscito a rubargli un po' di luce, un piccolo exploit in sé, e ne proietteremo un raggio anche su Romain Grégoire, superbo quarto a Siena, che non ha mai perso la concentrazione. Seixas ha concretizzato ieri l'intuizione che potesse essere l'erede, un trono che contenderà in particolare a del Toro. Perché possiamo dimenticare i discorsi sulla giovinezza, la necessità dell'apprendistato, tutti questi schemi triti e ritriti, Seixas è già lì, è sbocciato e sta evolvendo in questo inizio di stagione nella top 5 mondiale.
Mai un corridore di 19 anni aveva corso a questo livello, né Pogacar, né Remco Evenepoel. È un candidato al podio del prossimo Tour de France e se non ci riuscirà in questa stagione, ci riuscirà nei prossimi tre anni. Il cambiamento mentale avvenuto quest'inverno impressiona tanto quanto la sua maturazione fisica, è entrato in una nuova dimensione, perché dopo aver osservato con attenzione lo scorso anno, correndo sulla difensiva, ora si comporta e manovra come se potesse vincere ogni gara a cui partecipa. Come un campione. Il prossimo Giro dei Paesi Baschi, contro Jonas Vingegaard e Primoz Roglic, sarà una nuova tappa. Poi, avrà una nuova occasione per cercare di agganciare Pogacar, sulla salita della Redoute, alla Liegi-Bastogne-Liegi. Da qui ad allora, il campione del mondo dovrà occuparsi di Mathieu van der Poel.
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