Au Rayo Vallecano, une ferveur populaire et antifasciste intacte


Vallecas n’est pas à vendre, le stade ne se privatise pas », 
clamaient les supporters, le 19 mars, à Madrid.

Le club centenaire de Vallecas, quartier ouvrier de Madrid, accueille le tc Strasbourg en demi-finale aller de Ligue Conférence, jeudi. Ici, attachement au maillot et conscience politique vont de pair.

29 Apr 2026 - L'Humanité
NICOLAS GUILLERMIN

Le Racing Club de Strasbourg se déplace, jeudi 30 avril, à Madrid pour affronter en demi-finale de Ligue Conférence le Rayo Vallecano (Canal Plus, 21 heures). Dans l’ombre des géants madrilènes, le Rayo incarne un football indissociable d’une identité populaire, forgée dans un quartier ouvrier, où l’attachement au maillot se mêle à une forte conscience sociale. Là où le club alsacien se débat toujours face à la résurgence dans ses tribunes de hooligans des Offender, groupe d’extrême droite dissous par le gouvernement en septembre, les supporters du club de Vallecas revendiquent haut et fort leurs valeurs sociales, antifascistes et profondément ancrées à gauche.« 

Dans le bouillant Estadio de Vallecas, enceinte de 14 708 spectateurs plantée au coeur de ce quartier cosmopolite qui a connu plusieurs vagues d’immigration (sud-américaine, marocaine…), l’enjeu ne sera pas seulement une place en finale mais aussi l’affirmation de convictions et la défense d’une mémoire collective. « Ici, on supporte un quartier, pas une ville. L’histoire du club est intimement liée à celle de Vallecas, on ne peut pas comprendre l’un sans l’autre », explique Juan Antonio Simon Sanjurjo, professeur d’histoire à l’université polytechnique de Madrid.

CHAMPIONS DE L’ENTRAIDE

Fondé en 1924, le Rayo (l’éclair) – une bande rouge diagonale ou un éclair écarlate traverse le maillot, d’où le nom Franjirrojos (frange rouge) des supporters – dispute de 1931 à 1936 le championnat de la Fédération espagnole ouvrière jusqu’à la guerre civile. «Vallecas était un bastion socialiste sous la Seconde République, souligne Raphaël Benbouhou, assistant diplômé de l’institut des sciences du sport de l’université de Lausanne et auteur d’une thèse sur les relations franco-espagnoles à travers le football (1922-1968). La ville sera d’ailleurs durement bombardée dès le début de la guerre d’espagne avant que le maire, Amos Acero, ne soit fusillé en tant qu’opposant, en 1941, par les franquistes. »

Absorbé en 1950 par la municipalité de Madrid, Vallecas, dans le sud de la capitale, compose deux de ses 21 arrondissements et incarne encore plus un contraste alors que la ville a récemment basculé à droite à la faveur d’une alliance avec l’extrême droite. Dans ce quartier façonné par les luttes sociales et la solidarité ouvrière, l’entraide est cultivée notamment par les Bukaneros. Ce groupe de supporters ultras, qui se revendique de gauche, voire d’extrême gauche, antiracistes et antifascistes, mène régulièrement des actions sociales. Le club n’est pas en reste, comme en 2014, lorsque les joueurs et l’entraîneur Paco Jémez se sont mobilisés pour reloger une vieille dame expulsée par les autorités locales – une action qui a ému l’espagne –, ou l’année suivante avec les maillots pour les matchs à l’extérieur floqués d’une diagonale arc-en-ciel pour soutenir le mouvement LGBT+.

« Les supporters cultivent un lien très étroit avec les joueurs et discutent avec eux après les entraînements, précise l’historien espagnol. Il y a encore quelques années, ils rencontraient les nouveaux joueurs à chaque début de saison pour leur faire faire un tour dans le quartier afin qu’ils comprennent les valeurs de Vallecas et du Rayo.» En 2017, les Bukaneros montent au créneau et refusent même le transfert de l’ukrainien Roman Zozulya. Les Franjirrojos reprochent à l’attaquant en provenance du Betis Séville d’être un sympathisant néonazi et notamment une photo où il pose devant un portrait de Stepan Bandera, ex-dirigeant de l’armée insurrectionnelle ukrainienne et collaborateur du régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Sifflé et conspué durant son premier entraînement, le joueur est obligé de plier bagage.

LES BUKANEROS VOIENT ROUGE

Un épisode symptomatique de la cassure entre les Bukaneros et la direction du club, racheté par l’homme d’affaires Raul Martin Presa en 2011, qui n’a fait que s’aggraver depuis une décennie. « Il a délaissé l’équipe féminine, qui était une des meilleures d’espagne, déplore Juan Antonio Simon Sanjurjo. Et il n’investit pas un centime dans le stade car son rêve est d’en construire un nouveau ailleurs, bien plus grand, et de réaliser une juteuse opération immobilière. » Une ligne rouge pour les supporters, connus pour leur ferveur et leur attachement à ce lieu.

En 2015, Martin Presa, sentant le filon du développement du soccer outre-atlantique, ouvre même une franchise à Oklahoma City en 2e division nord-américaine mais, deux ans plus tard, la filiale met la clé sous la porte. « Pour les Bukaneros, qui sont anticapitalistes et luttent contre le football moderne, le conflit était inévitable, observe Yann Dey-helle, auteur de l’atlas du football populaire (Terres de Feu, 2024) et fondateur du site Dialectik Football. Aujourd’hui, ce sont eux les garants de l’institution, les garants de cette identité ouvrière et antifasciste, les garants de ce lien avec le quartier. »

Commenti

Post popolari in questo blog

I 100 cattivi del calcio

Echoes' Cycling Biography #4: Jean-Pierre Monseré

Chi sono Augusto e Giorgio Perfetti, i fratelli nella Top 10 dei più ricchi d’Italia?