Godon, l’âge de grâce


Dorian Godon a signé sa quatrième victoire de la saison hier, 
en remportant le prologue du Tour de Romandie.

À bientôt 30 ans, Dorian Godon plane, vainqueur hier du prologue du Tour de Romandie comme sur toutes les courses où il s’aligne, épanoui chez Ineos et devenu, sur le tard après ses études de kiné, l’un des meilleurs puncheurs du peloton.

“J’avais l’objectif de gagner sur toutes les courses 
par étapes auxquelles je participais. 
Là, on verra au Dauphiné, au Tour… 
   - DORIAN GODON

29 Apr 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT (avec L. He.)

VILLARS-SUR-GLÂNE (SUI) – Un sac à dos en guise de récompense sur le podium? Pas le plus courant ni le plus simple, mais pas de problèmes. Dorian Godon l’enfile, dos au public pour bien exposer l’objet, montre les biceps façon Popeye et jette le bouquet dans la foule. Rien ne peut perturber le Lyonnais, qui vit sa meilleure vie cette saison et a triomphé sur le prologue du Tour de Romandie en mettant plus de six secondes à la concurrence, dont Tadej Pogacar.

Sa quatrième victoire de la saison après une étape de Paris-Nice et deux au Tour de Catalogne. Que du World Tour. Que des succès de champion. « Et on vient de regarder son nombre de places d’honneur, il pourrait même avoir huit ou neuf victoires, insistait Daryl Impey, l’un de ses directeurs sportifs chez Ineos. C’est vraiment une super saison, on est très fiers de lui. »

À l’heure du jeunisme dans le peloton, à une époque où la France rêve en grand dans la roue de Paul Seixas et ses 19 ans, le moustachu arrive d’un autre chemin, d’un autre monde, qui lui permet de sortir des propos d’une autre époque. « J’arrive sur mes 30 ans, mes plus belles années je pense », glissait-il par exemple hier. Parce que celui qui a commencé à Vaulx-en-Velin, dans le Rhône, a longtemps privilégié ses études. Pas à distance, pas dans des écoles qui proposent des parcours adaptés aux sportifs de haut niveau. En allant s’asseoir sur les bancs de la fac pour sa première année de médecine.

À l’âge où certains remportent la Flèche Wallonne, lui avait un quotidien un poil différent. « C’était horrible, je ne roulais presque pas, racontait-il en 2024. Je rentrais entre midi et deux, le home-trainer était déjà prêt dans le salon, mon père l’avait préparé. Je mangeais un peu puis je retournais à la bibliothèque bosser. On habitait à 1,5 km de la fac, j’y allais à vélo, donc des fois je faisais des gros sprints pour me défouler. Mes parents m’ont bien aidé, j’étais assisté, je n’avais rien à faire à part être le plus performant pour mes études. Le vélo, c’était plus un exutoire. Je courais surtout de mai à septembre mais je roulais très peu. Même pour les courses, dans la voiture pour y aller, j’étais toujours avec un livre… C’était une période très dure. À côté, c’est facile le vélo. »

Ça l’est beaucoup plus depuis la fin de ses études de kiné, en 2024, à Gérone (Espagne). Fini les stages à l’hôpital entre les courses dont il sortait rincé, au lit à 20 heures. Et la première saison du Godon totalement pro fut éclatante: six victoires dont le titre de champion de France. Une bascule. Après sept ans chez AG2R La Mondiale, il a senti que le moment était venu de sortir de sa routine. Et a rejoint les Anglais d’Ineos, où l’intégration fut parfaite, avec tous ses équipiers et le staff. « Je suis quelqu’un de plutôt simple dans la vie, pas chiant, donc ça s’est fait vraiment naturellement », appréciait-il.

Trilingue (anglais et espagnol), très blagueur (petit best-of du jour : « La moustache, ça fait des watts en plus »; « C’est une course à fromages et j’adore le fromage »; « J’ai dans la tête le chrono par équipes du Tour à Barcelone, une ville que j’apprécie même si on n’aura pas le temps de visiter la Sagrada Familia » ), l’homme aux 20 victoires est surtout un ambitieux désormais affirmé, qui ne se contente plus des places d’honneur.

« J’ai toujours eu un caractère de gagnant et ça m’aurait fait chier de faire 2e, clamait-il mardi. J’avais l’objectif de gagner sur toutes les courses par étapes auxquelles je participais. Là, on verra au Dauphiné (en juin), au Tour (en juillet) voire plus tard dans la saison à Québec (en septembre). Je cours beaucoup plus tranquille avec ce maillot bleu, blanc, rouge, même si je ne l’ai pas beaucoup parce que j’ai toujours un maillot distinctif, je me sens bien dans ma nouvelle équipe, l’avenir s’annonce radieux avec le nouveau sponsor Netcompany (à partir du Giro, en mai) annoncé aujourd’hui (mardi). C’est top. Le vélo est un peu cyclique, il y a des moments où tout va mal et il faut penser aux bons moments, parfois le plus dur est de gagner une fois. » Lui en visera une cinquième, dès demain.

***


Pogacar sans stress

Sixième mardi sur l’exercice particulier du prologue, le Slovène a pris du temps à ses adversaires avant la première journée montagneuse, ce mercredi.

29 Apr 2026 - L'Équipe
P. Me.

C’est la crise dans le clan Pogacar. Quatre fois vainqueur et une fois 2e en cinq jours de course en 2026, le Slovène est sur la pente descendante : il n’a pris que la 6e place du prologue hier. « Il gagne déjà beaucoup de courses, ça va comme ça » , se marrait Fabrizio Guidi, l’un des directeurs sportifs d’UAE Emirates-XRG.

Pas de panique, bien sûr. Sans prendre de risques sur un parcours avec un virage dangereux, abordé à près de 80 km/h, qu’il avait reconnu plusieurs fois, parfois sérieux, parfois à taper dans les mains des gamins sur le bord de la route, le champion du monde a réussi un solide prologue, exactement dans le temps du Français Axel Zingle (Visma-Lease a bike, 5e), à 7 secondes de Dorian Godon. Et a grappillé un peu de temps à tous ses adversaires, même si les écarts sont maigres puisque parmi les candidats au podium, seul Oscar Onley (79e à 35’’ du vainqueur) a perdu plus de 13 secondes sur le favori du Tour de Romandie.

Le dernier partant, pour le suspense et le spectacle

Le gap devrait augmenter aujourd’hui, avec l’ascension vers la station d’Ovronnaz (8,9 km à 9,8 %), dont le sommet est situé à 34 kilomètres de l’arrivée et va faire un premier ménage, en plus d’ôter le maillot jaune de leader à Godon. « On va faire la sélection et on va voir si Tadej passe comme il passe toujours ou si quelqu’un part avec lui », jugeait Guidi, pendant que Pogacar effectuait sa récupération sur les rouleaux, tout sourire puis le téléphone en main. La journée de mardi lui a permis un petit déblocage, deux jours après sa victoire à Liège. Preuve qu’il ne visait pas la victoire à tout prix, UAE l’avait aligné en dernier partant, pour le suspense et le spectacle, tandis que tous les autres gros bras avaient pris le départ dans la première vague face au risque de pluie en fin d’après-midi. Finalement, pas de pluie, pas de soucis. Son Romandie peut commencer aujourd’hui.

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