BOURG MAÎTRE
BOURGENLIESSE
À la dernière seconde, la « Jeu » de Frédéric Fauthoux a crucifié Besiktas dans une ambiance volcanique pour cueillir l’Eurocoupe, son premier sacre européen. À sa manière, en outsider.
«On est allés se chercher le trophée avec le coeur,
la fierté, le talent et le travail»
- FRÉDÉRIC FAUTHOUX, LE COACH DE BOURG
29 Apr 2026 - L'Équipe
SAMI SADIK
BOURG-EN-BRESSE (AIN) – En attendant l’incontournable We are the champions, la musique de Pirates des Caraïbes enflamme Ekinox alors que la liesse a commencé sur le parquet. À leur manière, ces Bressans sont des pirates, des corsaires affamés, qui ont détroussé un à un les cales turques d’Ankara en demi-finales puis de Besiktas en finales (72-60 à l’aller, 73-71 hier), deux galères, bien plus riches et pourtant si loin, si loin de la flamme et de la force collective dans l’équipage de Frédéric Fauthoux. Mais les 3400 furieux installés dans les travées – en enlevant la centaine de fans turcs – ont été secoués une dernière fois.
Représenté en artisan du BTP, gilet fluo sur les épaules, par le kop bressan, moqueur après les briques envoyées à l’aller, Jonah Mathews (18 points) a troqué les parpaings pour les poignards avec un coup sec pour égaliser avec 15 secondes à jouer (71-71, 39e). Mais l’histoire n’était pas finie, et Adam Mokoka a asséné un point final homérique à la soirée (voir ci-contre). « C’est éternel. Pour un club comme nous, marquer son nom au palmarès de l’Eurocoupe. On joue Istanbul, Londres… des grandes villes européennes et on fait notre trou. J’espère que c’est inspirant pour le sport français, pour se dire que l’argent ne fait pas tout. On n’a pas la même tirelire que Besiktas » , soufflait le président, Julien Desbottes, ému par ce premier titre après plus de dix ans à construire.
En 2024 aussi, le trophée avait été remis à Ekinox mais, en salle de presse, c’était au tour des Parisiens, vainqueurs, d’arroser copieusement leur MVP et leur coach. Hier soir, presque polis, en écoutant Mokoka et Fauthoux, Tajuan Agee et Kévin Kokila ont demandé le feu vert des officiels de l’Euroligue pour les asperger d’eau. Le dernier cité, seul rescapé de 2024, a mimé un instant de déception en regardant sa médaille. « Elle est encore en argent, je pensais qu’elle serait en or. Mais bon, cette fois, il y a écrit champion derrière » , sourit le capitaine. Doyen de l’effectif du haut de ses 24 ans, l’international angolais, passé directement de la Nationale 1 (D3) à l’élite avec Bourg en 2022, aurait aussi fait un beau MVP après son chantier du soir (18 points, 6 rebonds, 7 fautes provoquées).
Plombé par les fautes avant la pause, il a dressé les barbelés au retour des vestiaires sur le remuant Ante Zizic (14 points, 8 rebonds). Et la « Jeu », en grand danger (38-46, 22e), s’est remise à flot jusqu’à passer devant sur un improbable panier à trois points d’Agee (55-52, 30e). Derrière, c’était « la guerre », dixit Mokoka, et les tranchées. Avec, au bout, ce trophée argenté. « C’est la récompense de tous. On est champions d’Europe, mais il faut se souvenir d’Amédée-Mercier (l’ancienne salle, surnommée le Hangar). J’y ai joué, on y passait la serpillière avant les matches. Depuis, le club a tout fait pour arriver à ce moment, je suis fier des joueurs, du staff » , confiait Fauthoux, qui décroche son premier titre en club comme entraîneur principal après les deux finales perdues de 2023 (Leaders Cup) et 2024 (Eurocoupe).
« Le supplément d’âme, c’est qu’avec l’Asvel (champion de France en 2021 et 2022 comme coach associé), on était toujours favoris (en Championnat et en Coupe), là on était des outsiders. On est allés se chercher le trophée avec le coeur, la fierté, le talent et le travail » , poursuit le Landais. Quatre ingrédients pour une belle recette. Digne des grands restaurants ?
Le PDG de l’Euroligue Chus Bueno – de retour d’une réunion à Genève avec la NBA et la FIBA – et son second Dejan Bodiroga n’ont rien manqué de la furia à Ekinox. Avant le podium, Fauthoux a glissé quelques mots à l’oreille de Bodiroga, légende du jeu : « Je ne l’avais jamais battu comme joueur, donc j’étais content qu’il me remette ma médaille. » La « Jeu », elle, aura vite un autre sujet de discussion : le ticket pour l’Euroligue 2026-2027, glané hier soir en même temps que le trophée. « Cela donne le vertige. C’est un sujet pour après » , glissait Desbottes. Mais au milieu de ses géants, la compétition reine a bien besoin d’histoires comme celle qui s’est tissée hier au milieu des confettis.
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Adam Mokoka inscrit le panier décisif face à Anthony Brown.
Foudroyant Mokoka
Sacré MVP, l’arrière a délivré Bourg à une seconde du buzzer. L’apothéose d’un retour réussi en Europe et d’une complicité avec Frédéric Fauthoux.
29 Apr 2026 - L'Équipe
S. Sa.
La dernière possession, Adam Mokoka l’a vécue « comme dans un rêve » . Un rêve de gamin, seul dans le jardin, avec le dernier ballon et une horloge imaginaire. Cette fois, le terrain s’appelait Ekinox, avec une salle sous tension, mais l’arrière international (8 sélections) ne s’est pas dégonflé. Il a engagé l’épaule face à Anthony Brown pour arracher, au cercle, le lay-up de la gagne (73-71). « J’avais l’impression d’être au ralenti, sourit le natif de Paris (1,96 m, 27 ans). Merci à Fred (Fauthoux), je suis reconnaissant qu’il m’ait fait confiance pour ce dernier ballon, comme mes coéquipiers. »
Copieusement arrosé comme son coach par le reste de l’effectif, Mokoka (17 points, 10 rebonds – 14 points et 9 rebonds à l’aller) pouvait serrer contre lui le trophée de MVP de la finale, apogée de sa deuxième vie. Comme d’autres avant lui, il a franchi les portes de la NBA un court instant (25 matches entre 2019 et 2021 avec Chicago), le temps d’établir en février 2020 un record qui tient toujours : 15 points en seulement 5 minutes de jeu.
Une deuxième vie réussie après la NBA
Mais derrière, il a fallu retraverser l’Atlantique direction Nanterre puis Cluj, avant l’appel de Fauthoux l’été dernier. « J’étais convaincu qu’il pouvait franchir un palier, qu’il avait les qualités pour être un leader, embrasser ce rôle où il faut faire plus attention à soi et aux autres. Ce dernier ballon, j’étais 100 % convaincu qu’il allait le mettre. Il était habité par autre chose que son talent » , racontait son entraîneur, avec qui l’histoire remonte à 2014 et un titre de champion d’Europe U1 6 glané ensemble à Riga.
L’espoir s’est bien étoffé avec un corps de bison pour jouer 69 des 80 minutes de la finale contre Besiktas, pas ralenti par une débauche d’énergie dingue en défense. « Il a été snobé dans les cinq majeurs de l’Eurocoupe (le premier comme le second). Il a montré aujourd’hui que c’est un putain de grand joueur, qu’il mérite de jouer en Euroligue. Ce trophée aussi, il le mérite. Je l’ai vu bosser depuis le mois de septembre, il n’y a rien d’autre à dire » , salue le capitaine Kévin Kokila. « C’est l’un des meilleurs joueurs d’Europe » , ajoutait carrément l’ailier Both Gach. International régulier des fenêtres depuis le début de l’ère Fauthoux en bleu (novembre 2024), l’ancien joueur de Chicago ne cesse de progresser et devrait s’ouvrir sans peine les portes de l’Euroligue la saison prochaine.
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7 - Bourg-en-Bresse est devenu le septième club du Championnat de France à remporter une Coupe d’Europe. Limoges reste le seul club à avoir remporté la Coupe des champions (C1) et avait été aussi le premier à gagner la Coupe Korac (C3).
Limoges : C1 (1993) ; C2 (1988) ; C3 (1982, 1983 et 2000).
Pau-Orthez : C3 (1984)
Nancy : C3 (2002).
Nanterre : C3 (2015) ; C4 (2017).
Monaco : C2 (2021).
Paris : C2 (2024).
Bourg-en-Bresse : C2 (2026).
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