HUY, HUY, HUY!


ÉCLATANT

Paul Seixas a remporté hier la Flèche Wallonne, à 19 ans, assumant sa pancarte de favori et domptant le mur de Huy avec une totale maîtrise. Phénoménal.

«Je pensais que ce n’était pas un effort qu’il appréciait vraiment mais, 
en réalité, c’est comme Pogacar, il arrive à briller sur tous les terrains»
   - BENOÎT COSNEFROY, 4e HIER

«Je me concentre sur ce que j’ai à faire, 
je suis leader de l’équipe et peu importe mon âge. 
Si j’arrive sur une course, c’est pour essayer de la gagner»
   - PAUL SEIXAS

«Son début de saison est phénoménal, extraordinaire, 
on ne trouve même pas les bons mots» 
   - JULIEN JURDIE, DIRECTEUR SPORTIF DE DECATHLON-CMA CGM

23 Apr 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

HUY (BEL) – Les kangourous qui se dormaient tranquillement dessus dans leur enclos au sommet du mur de Huy se sont soudain mis à faire des bonds pour apercevoir un animal qui en réalise d’autres, encore plus hauts que les leurs. C’est un animal français, une race à part, qui escalade les murs et détruit ses adversaires à coups de pédale.

Le murmure s’est transformé en mur mûr, la clameur a remplacé les souffles courts et l’extase a prolongé l’enthousiasme qui grandissait. Paul Seixas découvrait la Flèche Wallonne hier, son mur de Huy, et il a cueilli sa première course World Tour d’un jour comme on se baisse pour ramasser une fleur du printemps. La manière dont il s’est imposé, entre maîtrise, aisance et facilité, a autant surpris qu’impressionné ceux qui ont eu le courage de se frotter à lui. « Paul a montré aujourd’hui qu’il était le plus fort. Chapeau à lui, souffle Benoît Cosnef ro y ( UAE Emirates -X RG) , courageux quatrième. Je pensais que ce n’était pas un effort qu’il appréciait vraiment mais, en réalité, c’est comme Tadej ( Pogacar), il arrive à briller sur tous les terrains. »

Toujours sur son vélo, à quelques mètres de Seixas, son compère de sorties sur la Côte d’Azur, Kévin Vauquelin (Ineos Grenadiers, 13e) ajoute: « Je ne suis pas surpris, je l’ai déjà dit après le Tour du Pays basque, c’est un champion, c’est Paul. Les champions ne s’arrêtent pas à seulement gagner une course. Pourquoi on devrait le freiner ? Qu’il continue, qu’il profite à 100 %. Je suis content que Paul gagne, c’est un bon mec. »

Le plus fort, dans tout ça? Cette capacité à assumer un statut que tout le monde lui avait foutu sur le paletot, à 19 ans, sans aucune expérience dans le mur de Huy hormis une reconnaissance en douceur au milieu des badauds et des camions, mardi midi, avec ses coéquipiers. L’inexpérience et la découverte n’empêchent visiblement pas l’ambition. « Les attentes sont légitimes… On sait très bien que, maintenant, si Paul arrive sur

une course qui lui permet de s’exprimer, il fait partie des favoris, expliquait l’un de ses directeurs sportifs, Julien Jurdie, mardi en fin de journée. Le plan est de gagner demain ( mercredi) et, si on ne gagne pas, il y aura une certaine frustration. Donc on va assumer ce rôle sur la Flèche Wallonne, c’est excitant. » Après sa victoire, Paul Seixas avait dans la voix cette même assurance couplée à l’insouciance de sa jeunesse. « Je me concentre sur ce que j’ai à faire, je suis leader de l’équipe et peu importe mon âge. Si j’arrive sur une course, c’est pour essayer de la gagner. Aujourd’hui, j’avais les capacités de le faire et je l’ai fait. L’équipe a vraiment tout mis en place pour que je gagne. » Decathlon CMA-CGM s’est en effet beaucoup porté à l’avant, assumant le poids de la course par moments, essayant de respecter un plan pas toujours facile à mettre en place, mais qui a placé Seixas sur orbite.

« On avait mis directement Noa (Isidore) et Stan ( Dewulf) pour contrôler un peu les échappés, avec aussi Antoine (L’Hote), décrypte l’intéressé, comme s’il était devant un tableau noir, une craie à la main. Ensuite, il fallait qu’ils roulent devant le peloton. Ils ont fait un beau travail. C’était hyper dur mentalement et physiquement. On avait un plan pour aller jusqu’au dernier kilomètre avec Léo (Bisiaux), avec Jordan (Labrosse) sur les 200300 premiers mètres du mur et Paul ( Lapeira) pour aller jusqu’aux 400 mètres. Tout n’a pas pu se faire, car le placement était difficile. Mais j’ai réussi à me faufiler et Jordan a fait son travail à merveille. Ils ont donné 200 % de ce qu’ils avaient pour faire au mieux. »

Lui s’est chargé du reste, c’està-dire de presque tout, une accélération triplée à des moments bien précis de la pente, et le reste de la meute n’a pu que baisser les armes face à ce phénomène qui filait vers la ligne. À 800 m de l’arrivée, il était déjà en tête du peloton. À 680 m, il tournait la tête vers la gauche pour jauger l’état de ses adversaires et du nombre de coureurs encore présents, avant d’imprimer un gros tempo d’essorage. À 500 m, il s’est mis une première fois en danseuse, moins de six secondes, pour indiquer aux autres que les choses sérieuses commençaient, avant d’en remettre une couche plus franchement, toujours pendant six secondes environ.

Juste après, encore en danseuse, il se permettait un regard vers l’arrière pour contempler les dégâts et voir ce qu’il fallait faire pour assommer définitivement le sort de la Flèche face à des coureurs déjà asphyxiés. À 180 m de l’arrivée, un dernier coup de reins et de pédales suffisait à enterrer Ben Tulett (Visma-Lease a bike), le dernier résistant à cet instant-là de la course. « Quand j’ai vu qu’ils lâchaient un peu, je me suis dit qu’il fallait y aller à fond jusqu’au bout » , explique tout bonnement le Lyonnais, auteur d’une dernière double accélération, dressé sur les pédales, de dix puis sept secondes. Les bras le long du corps d’abord, puis ce poing gauche qui tournicote, un cri de rage, quand même, pour mesurer la portée de ce succès, et Seixas entrait dans une autre dimension.

En 2026, le Français est désormais vainqueur d’une étape au Tour de l'Algarve en février, puis de la Faun Ardèche Classic, du général accompagné de trois étapes au Tour du Pays basque et donc de la Flèche Wallonne, une vraie grande classique, certes typée à l’extrême, mais qui fait l’histoire du cyclisme. « Son début de saison est phénoménal, extraordinaire, on ne trouve même pas les bons mots » , lâche Julien Jurdie.

« Bien sûr que je me suis quand même surpris dans le mur, sourit Seixas. Je ne savais pas trop comment seraient les sensations sur ce type d’effort, qui est quand même différent de ce que je fais d’habitude. C’est une très belle surprise, je suis aussi capable de faire de belles choses sur des efforts courts. »

Dans l’aire d’arrivée, Cosnefroy, qui courait encore chez Decathlon l’année dernière, venait lui donner une longue accolade. Symbole d’un respect profond, d’une admiration des aînés pour le plus jeune, le prodige, dont on n’a pas fini de prononcer le nom. « J’avais envie de faire cette course un jour, car elle est mythique » , glissait Seixas mardi en fin de journée, à son hôtel. Hier, il lui a rendu hommage en s’imposant à son sommet, au mur de Huy. La course fait les coureurs ? Les coureurs font la course ? Paul Seixas fait surtout ce qu’il veut, quand il veut.

CLASSEMENT

1. Seixas (Decathlon CMA CGM), les 200 km en 4h35'29'' (moy. : 43,56 km/h) ; 
2. Schmid (SUI, Jayco AlUla) à 3'' ; 
3. Tulett (GBR, Visma-Lease a bike) ; 
4. Cosnefroy (UAE EmiratesXRG) t.m.t. ; 
5. Skjelmose (DAN, Lidl-Trek) à 8'' ; 
6. Baudin (EF Education-Easy Post) m.t. ; 
7. I. Izagirre (ESP, Cofidis) à 10'' ; 
8. L. Martinez (Bahrain Victorious) ; 
9. Grégoire (Groupama-FDJ United) ; 
10. Kron (DAN, Uno-X Mobility) ; 
11. Scaroni (ITA, XDS Astana) t.m.t. ; ... 13. Vauquelin (Ineos Grenadiers) à 19'' ; 14. Aranburu (ESP, Cofidis) à 21'' ; 15. Bisiaux (DCT) ; 16. Champoussin (XDS Astana) ; 17. Maire (Unibet Rose Rockets) t.m.t. ; 18. Bilbao (ESP, TBV) à 24''. 

131 classés. 
1 non partant : Lutsenko (KAZ, NSN). 
43 abandons dont Wellens (BEL, UAD) ; Hirschi (SUI, Tudor) ; Alaphilippe (Tudor).

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PAUL SEIXAS a dompté le mur de Huy dès sa première participation. 
À 19 ans, plus jeune vainqueur de l’épreuve, il n’en finit plus d’impressionner.

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8 - Paul Seixas est le huitième Français à remporter la Flèche Wallonne.

Avant lui, Raymond Poulidor (1963), Michel Laurent (1978), Bernard Hinault (1979, 1983), Laurent Fignon (1986), Jean-Claude Leclercq (1987), Laurent Jalabert (1995, 1997), Julian Alaphilippe (2018, 2019, 2021) s’y sont imposés. Il est aussi, à 19 ans, le plus jeune coureur à remporter l’épreuve wallonne.

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UNE RÉVOLUTION

23 Apr 2026 L'Équipe
Alexandre Roos

Il en faut de la maîtrise pour dominer de la sorte sa première montée finale du mur de Huy, lessiver tout le monde de cette manière, sans ciller, une nouvelle étape franchie, vite la suivante, même pas le temps de s’émouvoir. À 19 ans. Depuis le début de la saison, Paul Seixas fait trembloter le monde autour de lui, alors que lui reste inébranlable, sans que l’on sache s’il s’agit d’une camisole mentale ou de l’insouciance de la jeunesse qu’on peut lire dans ce teint immaculé.

Il est l’étendard d’une révolution française, mais c’est une manière bien obtuse d’appréhender le phénomène, car il est en réalité bien plus que cela. La France frémit certes de ce nouveau talent, se demande s’il va réveiller des fantasmes enfouis si profondément, depuis si longtemps, mais le séisme est beaucoup plus global. Paul Seixas est le dernier bouleversement du cyclisme, son modèle le plus avancé, une version plus aboutie que celle de Tadej Pogacar qui, à cet âge, n’était même pas professionnel et mangeait encore de la pizza.

Sera-t-elle meilleure, plus performante? Nous n’en savons rien, mais peu importe. Seixas tend un miroir à deux faces à l’univers qui l’entoure. D’un côté, il en projette la modernité, une façon débridée de courir, décomplexée, qui est devenue la norme. De l’autre, il ringardise le cyclisme, met en lumière ses archaïsmes, ses schémas de pensée éculés. On lui parle de Hinault, de Fignon, alors qu’il s’en fiche comme de l’oncle qui vient déjeuner une fois l’an et qui déballe ses vieilles histoires. On lui conseille d’aller s’aguerrir sur la Vuelta avant d’aller sur le Tour, mais pourquoi, au nom de quoi, sinon se réconforter avec ces repères de vieux schnocks qui croient tout savoir?

Seixas avait 13 ans quand Pogacar remportait son premier Tour de France. C’est avec cela qu’il a grandi, cette façon de démanteler les courses, ce vent de liberté qui fait sauter toutes les chaînes. Il est le seul à sentir les choses au fond de luimême, le seul capitaine de son âme, alors arrêtons de lui parler de vieilleries. Embrassons le présent fou qui s’ouvre à nous. Tadej Pogacar a désormais un rival, sans retenue ni pudeur, qui croisera le fer contre lui dimanche dans la côte de la Redoute à Liège-Bastogne-Liège. Et devrait mener la résistance en juillet lors de son premier Tour de France. Paul Seixas n’a rien à voir avec le passé. Il est le présent.

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UNA RIVOLUZIONE

23 aprile 2026 L'Équipe
Alexandre Roos

Ci vuole una grande padronanza per dominare in quel modo la sua prima ascesa finale del Muro di Huy, per sbaragliare tutti in quel modo, senza battere ciglio: un nuovo traguardo raggiunto, subito il prossimo, senza nemmeno il tempo di commuoversi. A 19 anni. Dall’inizio della stagione, Paul Seixas fa tremare il mondo che lo circonda, mentre lui rimane imperturbabile, senza che si capisca se si tratti di una camicia di forza mentale o della spensieratezza della gioventù che si legge su quel viso immacolato.

È il portabandiera di una rivoluzione francese, ma è un modo ben ottuso di cogliere il fenomeno, perché in realtà è molto più di questo. La Francia freme per questo nuovo talento, si chiede se risveglierà fantasie sepolte così in profondità, da così tanto tempo, ma il terremoto è molto più globale. Paul Seixas è l’ultimo sconvolgimento del ciclismo, il suo modello più avanzato, una versione più matura di quella di Tadej Pogačar che, a quell’età, nemmeno era professionista e mangiava ancora la pizza.

Sarà migliore, più performante? Non lo sappiamo, ma non importa. Seixas tende uno specchio a due facce all’universo che lo circonda. Da un lato, ne mette in luce la modernità, un modo sfrenato di correre, senza complessi, che è diventato la norma. Dall’altro, fa sembrare il ciclismo antiquato, mettendone in evidenza gli arcaismi, gli schemi di pensiero superati. Gli si parla di Hinault, di Fignon, mentre a lui non importa niente, come dello zio che viene a pranzo una volta l'anno e tira fuori le sue vecchie storie. Gli si consiglia di andare a farsi le ossa alla Vuelta prima di partecipare al Tour, ma perché, in nome di cosa, se non per confortarsi con questi punti di riferimento di vecchi bacucchi che credono di sapere tutto?

Seixas aveva 13 anni quando Pogačar vinse il suo primo Tour de France. È con questo che è cresciuto, questo modo di smantellare le gare, questa ventata di libertà che fa saltare ogni catena. È l'unico a sentire le cose nel profondo di sé stesso, l'unico capitano della propria anima, quindi smettiamo di parlargli di cose del passato. Abbracciamo il presente folle che si apre davanti a noi. Tadej Pogačar ha ora un rivale, senza freni né pudore, che incrocerà le armi contro di lui domenica (26 aprile 2026, ndr) sulla salita della Redoute alla Liegi-Bastogne-Liegi. E dovrebbe guidare la resistenza a luglio durante il suo primo Tour de France. Paul Seixas nulla ha a che vedere con il passato. Lui è il presente.

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