SEIXAS DÉMONSTRATION D’UN CRACK


SEIXAS PLEINE BALLE

Le Lyonnais a remporté sa première victoire en World Tour hier, sur le chrono inaugural du Tour du Pays basque, mais il a surtout écrasé la concurrence. À 19 ans, rien ne semble lui résister.

«Je dois porter ce maillot de leader, 
donc oui, je vais être un favori»
   - PAUL SEIXAS

7 Apr 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT

BILBAO (ESP) – L’espace d’un instant, Paul Seixas a fait son âge. Écouteurs aux oreilles, les pieds posés sur le fauteuil face à lui et les yeux sur le téléphone, il ressemblait alors à l’ado qu’il est encore, à 19 ans. En comprenant que la caméra le filmait, le Lyonnais a souri puis s’est rassis plus sobrement pour regarder d’un oeil la suite du contre-la-montre inaugural du Tour du Pays basque. Car Seixas n’était pas juste en train de buller. Il attendait sagement sur le canapé réservé au leader provisoire du chrono, et chaque minute le rapprochait d’un premier succès en World Tour. Lui vivait ça de manière « très, très calme », se marrait son père Emmanuel, venu le voir dans le camion à l’arrière du podium.

« C’était un peu long, je suis resté longtemps sur le “hot seat” mais c’était bien, j’ai pu me reposer tranquillement, faire mon petit décrassage après le chrono puis me reposer, mettre les jambes en l’air, revivait-il quelques heures plus tard. Bon, il y a toujours une pointe de stress quand même, de voir les autres passer et de se dire que les favoris restent à la fin. Mais c’est comme ça, j’ai pu bien récupérer. »

Apprentissage accéléré en 2025, phénoménal en 2026

C’est comme ça que Paul Seixas a encore mis une énorme claque dans la planète cyclisme ce lundi, à Bilbao. Au bout d’un tracé vallonné de 13,9 kilomètres, le leader de Decathlon-CMA CGM a donc glané sa première victoire au plus haut niveau, premier Français vainqueur sur un chrono du World Tour depuis cinq ans et Rémi Cavagna.

Plus jeune coureur à gagner une étape sur le Tour du Pays basque, une épreuve qui a pourtant vu passer quelques talents précoces, comme Tadej Pogacar, Remco Evenepoel, Juan Ayuso ou Isaac Del Toro.

Les deux derniers étaient d’ailleurs là hier, partis parmi les derniers et principaux dangers en vue de la victoire. Résultat: 1’16’’ lâchée par l’Espagnol (38e), pas encore au top niveau après sa chute sur Paris-Nice, et 51’’ pour le Mexicain (13e), qui n’a pas pris la peine de livrer son ressenti. Deux gouffres. « On savait que l’un des trois pouvait surprendre et Seixas ne s’est pas loupé, jugeait en vieux routier le Basque Mikel Landa (36 ans, 19e hier). Il ne m’a pas surpris, il a beaucoup montré cette année et même l’an passé. »

La France en a connu, des talents, et l’ancien du VC Villefranche Beaujolais arrivait avec des états de service impressionnants chez les jeunes, au point de signer directement professionnel depuis les juniors. Un apprentissage accéléré en 2025, le temps de laisser la victoire d’étape à Nicolas Prodhomme au Tour des Alpes quand les deux équipiers arrivaient à deux, à l’encontre des consignes d’équipe, ce qui dit beaucoup du bonhomme.

Puis de briller au Dauphiné (8e), de cocher le Tour de l’Avenir, où il était arrivé loin de sa forme optimale, avant de carrément exploser à l’automne (13e des Mondiaux, 3e des Championnats d’Europe, 7e en Lombardie). Mais ce qu’il réussit en 2026 est phénoménal.

Une victoire d’étape en Algarve (et 2e du général), un raid à la Pogacar pour gagner l’Ardèche classic, 2e des Strade Bianche derrière le Slovène et donc un autre triomphe hier, un jour où tous les battus étaient pourtant contents de leurs performances, preuve que le Lyonnais était vraiment, vraiment au-dessus. « C’est un truc de fou. Après, c’est Paul, on le connaît depuis tout petit », s’excusait son père. « C’est Paul. » L’assertion est dans la bouche de tous ceux qui le connaissent, à l’image de Kévin Vauquelin, son premier poursuivant au général ce matin. Un Paul « chez qui je retiens une fois encore la sérénité, décrit Sébastien Joly, directeur de la compétition chez Decathlon. On sent qu’il maîtrise parfaitement son affaire. »

Seixas avait étudié le parcours sur le bout des doigts, d’abord grâce à une reconnaissance en vidéo effectuée par un assistant la semaine dernière, puis dimanche et encore hier matin. Son horaire de départ (15 h 29), en début de liste, ne devait rien au hasard non plus: le vent pouvait l’avantager à cette heure-ci (ce qui joua peu, finalement), avait notéle staff, et luimême souhaitait moins ressasser dans le bus avant le départ et effectuer sa récupération plus tôt. « Il avait son plan en tête et c’était important de l’accompagner », résume Joly.

Dans sa tête, dans sa bulle, à tel point qu’Aurélien Paret-Peintre a dû attendre un peu avant de pouvoir débriefer son chrono à lui auprès de son leader, encore sur les rouleaux pour s’échauffer, regard fixé sur le capteur sans moufter.

« Méfie-toi, le vent a un peu durci je pense. Le long de la rivière, j’ai poussé un peu plus que mes zones » , décryptait le Haut-Savoyard. Seixas: « Et l’arrivée, c’est dur? » « C’est dur, c’est dur, faut tout mettre. »

Une minute de consignes, pas plus, avant de se diriger vers la rampe du départ, au pied de l’imposante basilique Notre-Damede-Begoña. Et de tout écraser. « Gagner, pétillait-il, c’est concrétiser quelque chose d’exceptionnel, ma première victoire en World Tour, avec comme cerise sur le gâteau les écarts. Cela me donne de la confiance pour la semaine. Maintenant, je dois porter ce maillot de leader, donc oui, je vais être un favori. » La dernière fois qu’il avait enfilé un maillot jaune en course, c’était au Tour de l’Avenir, l’été dernier. Il n’est plus l’avenir. Il est le présent.


***


Kévin Vauquelin lors de la première étape 
du Tour du Pays basque autour de Bilbao hier.

Vauquelin : « Jouer la gagne »

Deuxième hier à 23 secondes de son ami Paul Seixas, le coureur français d'Ineos Grenadiers est satisfait de ses jambes et espère remporter une étape cette semaine et « aller au maximum » de lui-même, en vue des ardennaises.

“On a une équipe autour de moi, j’ai envie de prouver (…) 
J’aimerais gagner une étape ici, ça c’est sûr"

7 Apr 2026 - L'Équipe
P. Me.

Comment vous êtes-vous senti sur ce chrono ? 

Franchement, ça allait bien, je suis parti vraiment fort… J’ai essayé sur ce chrono que j’ai apprécié. J’ai senti qu’à certains moments, je manquais un peu de jus, mais je pense que c’est pour tout le monde pareil. Ons’est fait piéger : il fallait partir vite mais il y avait quand mêmeles deux, trois derniers kilomètres qui étaient vraiment difficiles avec le vent de face, on pouvait perdre beaucoup de temps. Donc je suis content, deuxième, c’est bien.

Vous avez annoncé votre participation à cette course assez tard, était-elle prévue ?

Je l’ai annoncée un peu tard car j’étais focus sur moi, mais c’était prévu depuis un moment. La semaine après ParisNice ( terminé le 15 mars à la 4e place) a été compliquée, car le stress nous mange un peu sur cette course. Mais ensuite, je mesuis vraiment bien entraîné, des grosses semaines, avec monentraîneur à la maison à Nice, c’était vraiment bien, à l’image de ce qu’a fait Paul ( Seixas). J’arrive vraiment en bonne forme, avec l’ambition de voir où ça peut nous mener. Onne sait pas ce qui peut se passer, avec les premières chaleurs, peut-être que certains ont eu des sensations bizarres aujourd’hui (hier). J’espère bien terminer ma préparation pour les ardennaises.

Vous êtes ici seulement “en préparation” ?

Vous pensez vraiment qu’il y a des courses de préparation en 2026 ? (Sourire.) Je rigole. Préparer les Ardennaises, c’est aussi jouer la gagne sur les courses, se pousser dans ses retranchements, aller au maximumde soi pour espérer passer des caps. C’est ce que je fais depuis quelques années et j’ai envie de continuer sur cette lancée. Onaune équipe autour de moi ici, j’ai envie de prouver, ç’a été très bien sur le Tour de l'Algarve ( 5e du général) et ParisNice, maintenant j’ai envie de le montrer sur le Pays basque et les courses d’un jour. J’aimerais gagner une étape ici, ça c’est sûr.

Que pensez-vous de la performance de Paul Seixas, qui met tous les favoris à presque 30 secondes ?

Ah non, moi 23 secondes ! ( Sourire.) C’est juste exceptionnel, mais c’est Paul. Onest sur la lancée depuis le début, depuis l’année dernière, depuis les Championnats du monde (13e). Il n’y a pas de hasard, il est juste fort, s’entraîne fort. Je vais rouler avec lui, avec Jordan Jegat (TotalEnergies) et Louis Barré (Visma-Lease a bike), c’est un super gars, on s’entend tous bien. La course c’est la course, mais on s’amuse, c’est un jeu. »

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