AMÉRIQUE, LES VOILÀ
Ni Camavinga, ni Chevalier, ni Kolo Muani, mais Lacroix, Risser et Mateta : les surprises de la dernière liste des vingt-six de Didier Deschamps sont assez marginales, et sanctionnent les saisons bancales.
15 May 2026 - L'Équipe
VINCENT DULUC
En quête d’un troisième titre mondial pour les Bleus, Didier Deschamps a dévoilé une liste de 26 joueurs sans grande surprise, qui s’appuie sur un potentiel offensif hors norme symbolisé par ses trois superstars, Kylian Mbappé, Michael Olise et Ousmane Dembélé. Est-ce parce qu’il s’en va que naît une indulgence et que se dessinent moins de combats ? Est-ce parce qu’il n’y a pas dans le décor des Bleus, en ce moment, de grand talent oublié ou incompris? La dernière liste de sélectionneur de Didier Deschamps ne va pas ouvrir des débats pour tout l’été, ni pour tout le printemps, et peutêtre même pas jusqu’à la fin de la semaine en cours: la plupart des choix révélés hier soir, pendant le journal de 20 Heures de TF1, étaient annoncés sur sa liste du mois de mars et par les récentes informations qui avaient filtré ces derniers jours.Kylian Mbappé, Michael Olise et Ousmane Dembélé.
Cette fois, aucun nom totalement inattendu n’est sorti du chapeau, comme Karim Benzema avant l’Euro 2021 ou N’Golo Kanté avant l’Euro 2024. Didier Deschamps partira avec vingt-six joueurs aux États-Unis, son plus haut contingent jamais emmené en Coupe du monde, et le seul élu qui n’ait jamais été appelé auparavant, le gardien lensois Robin Risser (21 ans), était apparu dans les conversations dès le mois de février, avant de disparaître, puis de réapparaître.
Il y a des cruautés, c’est la loi du genre, mais assez peu d’injustices, et ce n’est pas si souvent. Les grands battus de cette liste, défaits par des arbitrages inégalement serrés, ont vécu une saison très compliquée en club, comme Eduardo Camavinga, qui avait déjà été le joueur de champ le moins utilisé en mars malgré l’absence de Manu Koné, ou comme Lucas Chevalier et Randal Kolo Muani.
Les trois hommes peuvent ressentir un niveau de déception similaire, considérant leurs antécédents, mais Deschamps n’a pas eu trop de mal à trouver des arguments pour justifier la mise à l’écart de Camavinga ( «Sa saison, et la concurrence très forte, mais il a le droit de m’en vouloir » ), alors que, étrangement, la question de l’absence de Kolo Muani, qui n’a pas été sauvé de sa saison médiocre avec Tottenham par un bilan de buteur en bleu sans équivalent hors Kylian Mbappé ( voir page 4), n’est jamais venue sur la table, pendant la conférence de presse.
Pour Chevalier, le sélectionneur a résumé: «S’il n’avait pas été blessé, il aurait joué en club, c’est ce que j’espérais pour lui» , sous-entendant qu'à cette condition, le verdict aurait pu être différent. Mais la dernière apparition du gardien parisien remonte au 23 janvier à Auxerre (1-0), il est toujours blessé et, même si le rôle de troisième gardien est particulier, on ne peut guère reprocher au sélectionneur de respecter la compétition et d’avoir choisi Risser, d’autant qu’Alphone Areola a lui aussi perdu sa place à West Ham.
Cinq milieux pour un double pivot dans l’entrejeu
Les surprises de cette liste sont pareillement marginales. Elles touchent le nom du troisième gardien, donc, mais aussi la structure d’une défense élargie à neuf éléments pour accueillir Maxence Lacroix, convaincant en mars, et l’appel à Jean-Philippe Mateta, au nom de son efficacité, mais aussi d’un profil différent, un avant-centre qui peut peser dos au but et être une solution pour des dernières minutes qui nécessiteraient de jouer un peu plus long ou un peu plus haut.
Tandis que le sélectionneur s’est donc résolu à emmener vingt-six joueurs aux États-Unis, malgré la difficulté d’organiser l’entraînement et de gérer un plus grand nombre de frustrations ( «Il y a un match de plus, et puis la chaleur… » ), le grand enseignement de sa liste, au fond, tient à la présence de cinq milieux de terrain seulement, ce qui confirme sa volonté de s’arrimer à un milieu à deux, en double pivot, dans le 4-23-1 qu’il organise depuis quinze mois autour de Michael Olise et des grands talents offensifs des Bleus.
Personne ne peut savoir combien de temps cela va durer, ni les circonstances qui pousseraient le sélectionneur vers un éventuel plan B, parce que Didier Deschamps s’est souvent adapté au fil de la compétition et des blessures. Mais à un peu plus d’un mois de l’entrée en scène des Bleus contre le Sénégal à New York, le 16juin, il n’est pas désagréable de le voir s’en tenir à cette promesse.
Tandis qu’il a eu un mot pour deux champions du monde 2018, Florent Thauvin et Corentin Tolisso ( « Il a fait une très bonne saison, mais je n’ai pris que cinq milieux, pour moi, indiscutables» ), il a bâti une liste qui concrétise le rajeunissement et la transformation du groupe dans les dernières saisons de son ère.
Trois ans et demi après la Coupe du monde 2022, où les Bleus s’étaient déjà montrés très rajeunis, en partie sous l’effet des nombreux forfaits, il ne reste que treize vice-champions du monde, alors que douze joueurs connaîtront leur premier rendez-vous mondial, et que Lucas Digne sera le seul, avec une partie du staff, à pouvoir raconter des histoires du Brésil en 2014.
Depuis l’Euro 2021, le sélectionneur n’établit plus de liste de réservistes, mais il rappelle: « On peut remplacer un joueur de champ jusqu’à vingt-quatre heures du premier match, donc ceux qui ne sont pas sélectionnés doivent se tenir prêts.» Pas sûr qu’ils auront très envie, là, tout de suite, de se priver de barbecue dès la fin de leur saison en club, mais on pourra toujours leur rappeler qu'il est arrivé, en 2014, 2016 et 2022, notamment, que quelques malheureux d’un jour ont eu l’occasion de sécher leurs larmes.
Kylian Mbappé, Michael Olise et Ousmane Dembélé.
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Deschamps sur son avenir : « Je ne m’interdis rien »
15 May 2026 - L'Équipe
V. D.
Quand la question de son avenir après la Coupe du monde est sortie de la bouche d’un confrère transalpin durant la conférence de presse d’hier soir, Didier Deschamps a souri : « Je me remets à l'italien, on ne sait jamais... » Justement, a relancé notre camarade, est-ce qu’il pourrait entraîner la Nazionale, ou une autre sélection ? Sur le sujet, le patron des Bleus s’en tient systématiquement au même élément de langage : « Je ne m'interdis rien. » Et c'est exactement ce qu’il a répété, en développant un peu, quand même :
« Je ne m'interdis rien, mais je suis disponible et tout le monde le sait. Après la Coupe du monde, je ne partirai pas à la retraite. » À un moment donné, il avait estimé qu’il lui serait difficile de diriger une autre sélection que l'équipe de France. Ce n’est plus le cas, désormais.
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TOUTE DERNIÈRE FOIS
15 May 2026 - L'Équipe
Vincent Duluc
À moins qu’il ne revienne dans cinq ou six ans, quand il aura fait le tour d’autre chose, et son successeur aussi, Didier Deschamps a annoncé hier soir la dernière liste de sa vie de sélectionneur des Bleus.
On a cherché, un peu, à démêler les émotions à la surface des rides qui plissent son front, ou dans le coin des yeux, mais l’un des trois hommes de l’histoire du football à avoir remporté la Coupe du monde comme joueur et comme entraîneur, avec Mario Zagallo et Franz Beckenbauer, semble s’être débarrassé de l’émotion pour un temps, comme si l’imminence de la phase finale le renvoyait au goût de la compétition, à l’odeur du combat et à l’adrénaline des jours sans retour. Il y a bientôt quatorze ans que Didier Deschamps est le sélectionneur de l’équipe de France, dont il avait été joueur pendant treize saisons, et sa trace à la fois collective et individuelle est celle du plus beau quart de siècle de l’histoire du football français, présent dans quatre des sept dernières finales de Coupe du monde, incroyable basculement de l’histoire quand on a grandi comme des Italiens d’aujourd’hui, avec la douleur de deux parenthèses de douze ans sans Coupe du monde, à l’enfance, entre 1966 et 1978, puis à l’âge adulte, entre 1986 et 1998. Au lendemain de l’annonce de sa liste pour la grande aventure américaine, il est difficile de ne pas personnaliser ce rêve d’une troisième étoile et de ne pas considérer la valeur sentimentale et historique de cette dernière danse. L’été bleu rendra plus difficile ou plus confortable la vie de son successeur, qui pourrait communiquer sur l’idée de faire autrement plutôt que de faire mieux, peut-être. Mais la personnalisation de ce dernier galop mondial trouve sa limite, aussi, dans l’élan qui accompagne les attaquants de l’équipe de France: ils sèment une excitation qui ramène à la surface des Bleus les amoureux du foot, bien mieux que les débats sociétaux et politiques qui les divisent irrémédiablement. Il se trouve que l’équipe de France n’a réussi, dans l’histoire, que lorsqu’elle était l’équipe de France de tout le monde, qu’elle soit traversée par l’illusion d’une force black-blanc-beur, en 1998, ou par son slogan «Vive la République» à chaque apparition publique, en Russie, en 2018. Chaque fois qu’elle a épousé les divisions dont la société française lui tend le miroir, elle n’a été l’équipe que d’une partie du pays, orpheline de la partie manquante de cet élan populaire. Franchement, être le sélectionneur de l’équipe de France de tout le monde est un beau programme quand on s’apprête à partir à l’aventure, ou seulement à partir.
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DES 26 BLEUS
3 gardiens
Mike MAIGNAN (AC Milan, ITA, 30 ans/ 38 sélections/29 buts encaissés)
Robin RISSER (Lens, 21/0/0)
Brice SAMBA (Rennes, 32/4/5)
9 défenseurs
Lucas DIGNE (Aston Villa, ANG, 32 ans/ 56 sélections/0 but)
Malo GUSTO (Chelsea, ANG, 22/9/0)
Lucas HERNANDEZ (Paris-SG, 30/41/0)
Theo HERNANDEZ (Al-Hilal, ARS, 28/42/2)
Ibrahima KONATÉ (Liverpool, ANG, 26/27/0)
Jules KOUNDÉ (FC Barcelone, ESP, 27/46/0)
Maxence LACROIX (Crystal Palace, ANG, 26/2/0)
William SALIBA (Arsenal, ANG, 25/31/0)
Dayot UPAMECANO (Bayern Munich, ALL, 27/36/2)
5 milieux
N’Golo KANTÉ (Fenerbahçe, TUR, 35/67/2)
Manu KONÉ (AS Rome, ITA, 24/12/0)
Adrien RABIOT (AC Milan, ITA, 31/57/7)
Aurélien TCHOUAMÉNI (Real Madrid, ESP, 26/44/3)
Warren ZAÏRE-EMERY (Paris-SG, 20/10/1)
9 attaquants
Maghnes AKLIOUCHE (Monaco, 24/7/1)
Bradley BARCOLA (Paris-SG, 23/18/3)
Rayan CHERKI (Manchester City, ANG, 22/5/1)
Ousmane DEMBÉLÉ (Paris-SG, 29/58/7)
Désiré DOUÉ (Paris-SG, 20/6/2)
Jean-Philippe MATETA (Crystal Palace, ANG, 28/3/2)
Kylian MBAPPÉ (Real Madrid, ESP, 27/96/56)
Michael OLISE (Bayern Munich, ALL, 24/15/4)
Marcus THURAM (Inter Milan, ITA, 28/33/3)


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