Mythes et légendes du Blockhaus, le « Ventoux de l’Italie »


Majestueux avec ses pentes enneigées, le Blockhaus, que le peloton va gravir aujourd’hui pour 
la huitième fois sur le Giro, est considéré comme un col mythique par de nombreux coureurs.

L’énigmatique montée des Abruzzes, « brutale » et « unique » en son genre, sera aujourd’hui le théâtre de la première grande bataille entre Jonas Vingegaard, Giulio Pellizzari et les autres candidats à la victoire finale du Giro.

"Une montée brutale, très raide, très irrégulière"
   - TOM DUMOULIN, VAINQUEUR DU GIRO EN 2017

15 May 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS

NAPLES (ITA) – C’est un nom qui sonne étrangement, à l’aura nimbée de mystères, menaçante, et qui trompe à coup sûr sur sa localisation. « Blockhaus, tu te dis que c’est à la frontière autrichienne, s’attendait Guillaume Martin avant le départ du Giro 2022. Et puis, j’ai réalisé que c’était au sud de l’Italie ! » Le Monte Blockhaus, hissé à 2 143 m, se situe en plein centre de la Botte, dans les Abruzzes, au coeur du parc national de la Majella.

Au sommet de cette « colline perdue », comme la visualise Rémy Rochas, « qui se démarque des montagnes l’entourant », d’après Geraint Thomas, la vue est imprenable, stratégique. Un fortin y fut donc construit, au XIXe siècle, pour débusquer brigands et contrebandiers sévissant aux prémices de l’Italie unifiée de Garibaldi. Son instigateur était un commandant autrichien. D’où ce nom germanique, Blockhaus, la « maison de pierre », dont il ne reste désormais que des ruines. Mais le nom, lui, est resté accolé à cette montagne que le Giro, aujourd’hui, visitera pour la huitième fois. « Comme ça ne sonne pas italien, tout le monde connaît cette ascension, constate l’ancien vainqueur du Tour de France Geraint Thomas, directeur sportif de Netcompany INEOS. Elle est loin des Alpes, des Dolomites, seule dans son coin. Ça la rend unique. À mes yeux, c’est le Ventoux de l’Italie. » Guillaume Martin comprend la comparaison. Sans y souscrire totalement. « Je n’ai pas souvenir que ce soit dur comme le Ventoux. Mais sur le fait qu’il y ait une approche en faux plat, puis une rupture de pente, un passage assez raide au milieu, ça peut y ressembler. Et c’est vrai, c’est un peu dégagé au sommet. » « Le décor est vraiment différent de ce qu’on voit habituellement sur les grandes arrivées au sommet, poursuit Rochas. Donc oui, sans la végétation, ça peut faire penser au Ventoux. Mais c’est quand même plus vert. » Et « c’est moins long », ajoute Martin.

Dans ses mensurations, le Blockhaus ressemble davantage à l’Alpe d’Huez avec ses 13,6 km de pente à 8,4 % de moyenne – le géant de Provence s’étire sur 21 km. Un sacré morceau quand même, une « montée brutale, très raide, très irrégulière (passage à 14 %) », juge Tom Dumoulin, présent en Italie pour les besoins d’un livre en préparation sur son Giro 2017 victorieux. « La montée est très ouverte, très venteuse, raconte Jai Hindley, dernier vainqueur ici, en 2022, et qui en avait fait son terrain d’entraînement lorsqu’il courait dans un club italien et vivait près de Pescara, en 2015. S’il fait beau (ce qui devrait être le cas), il peut faire très chaud. »

Juliette Berthet, 6e lors de l’étape reine du Giro féminin 2024, se souvient que « pas mal de filles s’étaient arrêtées à cause d’un coup de chaud. Il y a des grandes lignes droites qui donnent l’impression de ne pas être très loin les uns des autres, alors qu’il peut y avoir pas mal d’écart. Et c’est une belle route, un beau revêtement. Ça rend bien. »

Il existe trois moyens différents d’aborder la montée avant d’atteindre le sommet, au niveau de l’hôtel Mamma Rosa, à 1665 mètres, en contrebas des vestiges du fortin. Comme en 2017 et 2022, les coureurs l’aborderont par Roccamorice, au sortir duquel « des spectateurs servent des brochettes de mouton », les fameux arrosticini, spécialité locale, se souvient Rémy Rochas. Sur la scène du Tour d’Italie, le Blockhaus est né le 31 mai 1967, baptisé par le plus grand, Eddy Merckx, qui y remporta la première de ses 64 victoires d’étapes en Grand Tour. « La montée est exactement comme on me l’avait décrite », rapportait alors Jacques Anquetil, 4e à 23’’ du Belge. « C’est-à-dire ? », lui demanda le journaliste de la Gazzetta dello Sport. « Dure ! » Merckx n’avait pas assorti sa victoire au Blockhaus d’un triomphe au classement final du Giro cette année-là.

En 2022, Hindley brise la malédiction 
du Blockhaus : il remportera le Giro

Ses cinq premiers successeurs au sommet du géant des Apennins n’y sont pas parvenus non plus: Franco Bodrero (1968), José Fuente Manuel (1972), Moreno Argentin (1984), Franco Pellizotti (2009) et Nairo Quintana (2017). Cela n’empêche pas les coureurs de lui prêter une dimension « décisive » , à l’image de Rochas, qui parle d’une « étape mythique » .

La malédiction fut toutefois brisée par Jai Hindley, en 2022, qui finira en rose deux semaines après sa victoire au Blockhaus. « Pourtant, je souffrais comme un chien au pied ce jour-là, se marre l’Australien. J’ai été lâché. Puis j’ai fini par rentrer avant de gagner au sprint. » Il s’était imposé devant Romain Bardet, le plus fort ce jour-là, qui laissa passer sans doute sa plus belle opportunité de remporter une étape sur le Giro.

Avant l’Auvergnat, bien d’autres ont vu leurs illusions se briser sur cette montagne. Laurent Fignon, victime d’une hypoglycémie, y lâcha contre toute attente son maillot rose à Francesco Moser, sans doute la bascule d’un Giro 1984 mémorable. En 2017, Geraint Thomas y avait perdu le classement général, percuté par une moto juste avant la montée.

« Il ne me rappelle pas mes meilleurs souvenirs, sourit le Gallois. Mais à coup sûr, ce sera un gros test demain (aujourd’hui). » Le premier de ce 109e Tour d’Italie.

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