Un grand oui pour El-Aynaoui
Neil el-Aynaoui lors de la demi-finale
Maroc-Nigeria (0-0, 4-2 aux t.a.b.), mercredi.
Le milieu de terrain de l’AS Rome est peut-être le Marocain le plus influent dans le jeu. S’il ne regrette pas d’avoir opté pour les Lions de l’Atlas, il a mis longtemps avant de faire son choix.
“À un moment donné, avec mon ego,
j’étais à deux doigts de dire, c’est terminé"
- WALID REGRAGUI, LE SÉLECTIONNEUR DU MAROC,
FACE AUX HÉSITATIONS DE NEIL EL-AYNAOUI
16 Jan 2026 - L'Équipe
HERVÉ PENOT
Il a mis du temps à se pointer en équipe nationale, deux années quasiment avant d’accepter d’enfiler la tunique des Lions de l’Atlas. Fils d’une des grandes stars du sport marocain, Younes, célèbre tennisman très aimé au pays, Neil el-Aynaoui a longtemps hésité, privilégiant sa carrière en club et une progression régulière avant de tenter sa chance à l’international.
Depuis ses débuts en septembre dernier contre le Niger, il n’a plus jamais été sorti du onze, n’a même jamais été remplacé quand tout le monde tournait autour de lui. Essayer El-Aynaoui, 24 ans, c’était en fait l’adopter tant Walid Regragui porte en haute estime l’unique rescapé de son trio de base au milieu avec Sofyan Amrabat et Azzedine Ounahi.
Ounahi s’est blessé, Amrabat, d’abord diminué puis rétabli, a perdu sa place aux dépens justement d’El-Aynaoui, le relayeur redescendu devant la défense. Le sélectionneur adore son intelligence de déplacement, son sens des compensations. Si le Maroc ne concède quasiment aucune occasion, il le doit notamment au joueur de l’AS Rome formé à Nancy puis passé par Lens. Mais on a bien failli assister à un mariage jamais consommé avec Regragui…
À force de tenter de le convaincre, le sélectionneur avait perdu patience. « Mon histoire avec Neil, c’est qu’il devait venir, pas venir… À un moment donné, avec mon ego, j’étais à deux doigts de dire, c’est terminé, admettait l’entraîneur après la demi-finale contre le Nigeria, mercredi (0-0, 4-2 aux t.a.b.). Heureusement, je remercie Dieu de m’avoir calmé un petit peu car avec mon caractère de… (je ne vais pas dire un gros mot..), je le remercie de ne pas avoir fermé la porte, de m’avoir aidé à prendre du recul. Et j’ai encore discuté avec lui pour le convaincre de venir car c’est une pièce très importante aujourd’hui pour nous. Il est un peu tombé du ciel et il a huit ou dix ans devant lui en équipe nationale. Quand je vois le match qu’il a fait contre le Nigeria, sa débauche d’énergie… »
Regragui n’a pas oublié ces moments où El-Aynaoui le laissait poireauter. Il devait même intégrer son effectif lors de la dernière CAN en Côte d’Ivoire avant qu’il fasse faux bond. Le sélectionneur disait même en mars dernier: « Pour ce rassemblement, il a encore voulu du temps, mais à un moment donné, comme je l’ai dit, pour tous les joueurs, il va falloir se décider. Aujourd’hui, le p r o b l è m e n e vient pas de nous, il vient du joueur. Si vous avez des questions à poser, il faut les lui poser, à lui. C’est un joueur qui, bien sûr, nous intéresse, on a envie qu’il nous rejoigne. À un moment donné, il faudra prendre des décisions. S’il ne la prend pas, je la prendrai à sa place. Il faudra qu’il vienne ou qu’il ne vienne pas, mais on ne va pas attendre longtemps. » Nous étions alors à la limite de la rupture.
À Lens, son ancien club, on n’est guère surpris par sa réussite. Jean-Louis Leca, le directeur sportif, est des plus élog i e u x . « Dès le premier entraînement, on a vu que c’était un mec très fort et c’est, en plus, quelqu’un qui a la tête sur les épaules, il est intelligent mais attention, il a une grosse force de caractère, une âme de leader sur un terrain. C’est le garçon gentil mais qui va entraîner les autres. » Un garçon qui a, au passage, ramené près de 23 M€ dans les caisses du RCL après deux saisons. Et pourrait rapporter bien plus gros aux Lions de l’Atlas. Il aura face à lui Idrissa Gueye (36 ans), le symbole du Sénégal, dans un duel générationnel attendu.
Dans la zone mixte, de sa voix posée, il avouait son bonheur de lionceau après la demie. « C’est incroyable ce match, le scénario était dingue. On savait que ce serait compliqué mais on a su faire le match qu’il fallait, en costauds. Ils n’ont pas eu beaucoup d’occasions. Et cette ferveur folle du public… C’était un truc de fou, je suis tout nouveau, j’avais l’impression qu’on était un, deux, trois de plus. Le Sénégal, ce sera une grosse nation du foot et on s’attend à un gros match. Mais on s’était donné rendez-vous le 18, on a fait une bonne partie du chemin. Il reste la plus importante… » Avec lui au coeur du projet.
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La folie des places
Le marché noir donne le vertige avant la finale : tout le monde veut voir ce match tant attendu au pays.
16 Jan 2026 - L'Équipe
H. P.
RABAT – Le soleil tape sur Rabat en ce début d’après-midi. Oussama et Yannick, deux Franco-Marocains, le premier résidant à Paris, le deuxième à Rabat, se mettent en quête de billets pour le choc entre le Maroc et le Sénégal. Les compères tentent tout, ils cherchent à tout-va. Le Maroc en finale, cela va donner encore plus de hauteur à des prix déjà délirants. La demie face au Nigeria, mercredi, leur a coûté un bras mais aurait pu leur en coûter deux.La finale de la CAN suscite énormément d’engouement chez les supporters marocains.
Oussama montre son billet : «C’est un billet à 300 dirhams ( en viron 30 euros) et le gars me le faisait à 4000 (400 euros), mais je l’ai acheté à 2 000 dirhams (200 euros). » Malin, il a attendu les premières minutes avant la rencontre. «Et c’est encore plus cher pour la finale. On nous en propose déjà à 5000 (500 euros) au lieu de 30 euros », ajoute Yannick. Comment réussir donc à gratter une place sans tomber dans la démesure? Cet ancien élève d’un bon lycée de Rabat, proche de certaines familles aisées, livre ses pistes : «Ici, j’ai des contacts très haut placés, mais plus on va haut, moins c’est possible d’avoir des places. Il faut voir le chauffeur de taxi, le coiffeur… Ils se débrouillent, ils ont toujours un plan. Et je vous jure que c’est vrai.» On le croit.
Des associations de supporters pour aider à l’obtention des billets
D’autres ont été plus prévoyants. Depuis la Coupe du monde au Qatar, l’idée a germé chez des Marocains de créer un groupe pour soutenir les Lions de l’Atlas. Le 5 juin 2023 naissait donc les Rossoverde, environ 300 aficionados, chiffre doublé en tribune durant la compétition. Leur premier match? À Lens pour Maroc-Burkina Faso (1-0, le 12 septembre 2023). Sans lien direct avec la Fédération, ils ont récupéré leur bloc grâce à la Confédération africaine (CAF) juste derrière la cage où le Maroc s’est qualifié aux tirs au but contre le Nigeria. Avec des sifflets, distribués avant la rencontre, des animations et leurs chants, difficile de ne pas les entendre. Mouhssine, leur porteparole et trésorier, nous explique: « Ça s’est créé avec les Marocains du monde qui se sont trouvés en galère face à la problématique des billets. Et avec la volonté d’être tous ensemble. Rossoverde est venu pour un peu répondre à tous ces enjeux-là, deux autres groupes nous sont suivis depuis.»
Mais les dirigeants ont eu une mauvaise surprise. Moulay, un membre venu de Sydney, raconte: «Deux jours avant le début de la CAN, la CAF nous a envoyé un message: on vous donne 600 billets par match, mais vous devez avancer les frais du début jusqu’à la finale.» Et peu importe que le Maroc passe ou pas. L’association s’est alors fixée pour but de trouver cet argent. «Ce sont nos fonds personnels et on est une asso jeune, poursuit-il. On devait rassembler 840 000 dirhams en deux jours (84 000 euros environ). Et dans les caisses, il y avait à peu près 200 000 dirhams (20 000 euros).
C’est là qu’on voit la ferveur, la passion. On a réussi à avoir même plus.» Les joueurs les reconnaissent, Bilal el-Khannouss est venu les saluer avec son fils après la victoire contre le Nigeria, d’autres prennent leurs écharpes. Au moins, les Rossoverde auront moins de soucis dimanche pour entrer dans le stade…
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