AVEC LE SHERPA DE LA CIPRESSA


Tadej Pogacar a travaillé cette année avec Niccolò Bonifazio. L’ancien coureur ligurien connaît par coeur la bosse, nouveau centre névralgique de Milan-San Remo.

“Je l’ai interpellé, mais il ne m’a pas reconnu, 
il pensait que j’étais un cyclo. 
On a un peu parlé finalement et on est montés à la Cipressa''

21 Mar 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

CIPRESSA (ITA) – Jeudi matin, on l’a vu en tenue sombre dans la Cipressa derrière Tadej Pogačar et Florian Vermeersch, salué par les tifosi du coin – « Ciao, Nicco! » – alors que sur la terrasse au sommet, les conservateurs sirotaient leur cappuccino quand les plus téméraires attaquaient déjà un tiramisu. Niccolo Bonifazio a accompagné le double champion du monde dans sa dernière reconnaissance, après l’avoir aidé pendant l’hiver, alors que le Slovène est toujours à la recherche de gains marginaux dans sa quête de la Classicissima.

Mardi, autour d’un café au pied de la Cipressa, le Ligurien avait rigolé quand on lui avait demandé combien de fois il avait grimpé au village éponyme. « Quatre mille peut-être? J’habite à Imperia, il n’y a qu’une route pour s’entraîner, le long de la mer, et la première montée, c’est la Cipressa. Trois cents fois par an quand j’étais pro, onze saisons, plus toutes les fois depuis que j’ai 8 ans… » Pogacar ne pouvait pas tomber sur meilleur guide, même si la première rencontre fut fortuite. « J’ai arrêté ma carrière (fin 2024) et je n’ai pas utilisé mon vélo pendant sept ou huit mois, raconte Bonifazio. Un jour, je ressors finalement pour un petit tour, Cipressa, Poggio, la maison. Je passais ici en ville, tranquille, et lui passe à toute vitesse. Je l’ai interpellé, mais il ne m’a pas reconnu, il pensait que j’étais un cyclo. On a un peu parlé finalement et on est montés à la Cipressa. » D’autres sorties ensemble suivront, Pogacar a trouvé son sherpa.

Parfois, Bonifazio pilote un scooter dans la montée, lui qui connaît bien les routes, la circulation dangereuse. « On a fait des entraînements très calmes et d’autres à un tempo course, poursuit l’Italien. C’est-à-dire 9 minutes pour les 5,6 km de montée, à 37 km/h de moyenne. C’était le rythme du peloton l’an dernier, le nouveau standard. » 8’57’’ précisément pendant la course, que Pogacar a rabotés à 8’51’’ récemment à l’entraînement. Mais Bonifazio ne pense pas que cela puisse aller beaucoup plus vite aujourd’hui, car « ce sera dur d’avoir des conditions meilleures que l’an dernier » .

Devant une carte, il la montée qui est devenue le nouveau centre névralgique du final et la rampe de lancement de Pogacar. L’approche d’abord, le long de la mer. « Il faut prendre ta position dès la sortie d’Imperia (5 km plus tôt), plutôt à droite, car tu es protégé et personne ne peut te passer de ce côté-là, analyse-t-il. Surla gauche, c’est plus risqué. Tu dois être dans les vingt premiers parce qu’après, ça s’étire dans la pente. »

Car le pied est assez raide (jusqu’au km 1,5, voir infographie), et donc « si tu es mal placé, tu ne remontes plus » . Ce qui était arrivé à Pogacar l’an passé, enfermé au moment d’entrer dans le goulet, au-delà de la trentième place, alors que Tim Wellens roulait en tête et le cherchait. « Seul lui est remonté, mais parce que c’est Pogacar, poursuit Bonifazio. Les autres sont restés à la place où ils étaient entrés. Ensuite, il y a un replat ( km 1,5 à 2,5), il a pu récupérer de cet effort sur cette partie puis il part. »

Lancé par Jhonatan Narvaez, Pogacar avait essayé de partir à la sortie de l’épingle, près d’un container à verres, juste avant la partie la plus dure. « Je pense toujours que c’est le meilleur endroit pour attaquer, là tu élimines tous les sprinteurs » , juge Bonifazio, qui pointe ensuite la partie entre les km 4 et 4,5 avec ce virage à droite qui ouvre sur une partie roulante vers le petit village. « C’est quasi plat mais c’est une partie stratégique, annonce-t-il. Si tu entres ici à 35 ou 36 km/h et que le vent te pousse, tu montes à 60 et tu peux faire une grosse différence, éliminer des coureurs qui n’ont plus de jambes après la partie raide. »

Lors de leur première sortie ensemble, Pogačar avait demandé à Bonifazio s’il pouvait lui montrer la descente. En 2019, le local, alors sous le maillot Total DirectÉnergie, y avait mis le feu dans le final de San Remo. À la maison, il a les cassettes enregistrées par son grand-père de toutes les éditions depuis les années 1980, dont il a usé la bande pour analyser les trajectoires des coureurs.

« J’ai essayé de montrer à Tadej la ligne parfaite dans les virages, la chicane qui est très dangereuse, comment augmenter la vitesse un peu, énumère Bonifazio. Tadej est vraiment très intelligent, il a beaucoup travaillé sur son pilotage. Les coureurs aujourd’hui, c’est watts, watts, watts. Mais si tu as 200 virages et que dans chacun, tu économises un peu avec ton pilotage, ça fait une différence. Donc je lui ai donné des petits conseils, des détails. Mais c’est le seul coureur qui m’a appelé. » Un petit plus sur lequel le double champion du monde espérera pouvoir s’appuyer dans la Cipressa aujourd’hui pour s’ouvrir la voie vers la victoire via Roma.

***


À l’entraînement, Niccolo Bonifazio emmène 
Tadej Pogacar dans l’ascension de la Cipressa. 

A l’épreuve du vent

21 Mar 2026 - L'Équipe
Th. P., à San Remo

Les dernières prévisions et les cartes géographiques, indiquant aussi bien la force du vent que le sens des rafales, ne vont pas vraiment plaire à Tadej Pogacar. Alors qu'il avait bénéficié d’un vent dans le dos dans la Cipressa il y a un an, le Slovène devrait se retrouver avec un vent soufflant de trois quarts face, voire de face, sur les passages de l’ascension exposés au littoral méditerranéen de la Ligurie.

Forcément une épine dans son pied pour ses tentatives de distancer Mathieu Van der Poel à cet endroit-là de la course.

La force du vent l’an dernier avait été estimé à 32 km/h, il pourrait être de 20 km/h aujourd’hui. Certaines précisions donnent même 12-15 km/h. Mais de trois quarts face, au mieux. Avec la perspective d’affronter ce même vent lors de la longue transition entre la Cipressa et le Poggio, en solitaire, dans un exercice très délicat. À deux, pourquoi pas, mais un seul homme avec le vent de face...

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