UNE OBSESSION - Tadej Pogačar retente sa chance


Mathieu van der Poel et Tadej Pogačar, roue dans roue l’an dernier, 
s’étaient livrés à un incroyable numéro dont le Néerlandais était sorti vainqueur.

PLACE AUX MONUMENTS 

Pour la première fois de la saison, MATHIEU VAN DER POEL et TADEJ POGACAR s’affrontent dans un duel au sommet. met. Le Slovène rêve de s’imposer enfin n sur la Primavera alors que le Néerlandais landais vise un troisième succès.

Pogačar peut perdre, et c’est inhabituel. 
Il a donné des pistes pour gagner mais sans les concrétiser

21 Mar 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

SAN REMO (ITA) – Nous voilà au matin tant rêvé, qu’on aimerait désormais un peu repousser pour qu’il ne s’évanouisse pas trop tôt. Mimars, un souffle de printemps, le premier Monument de la saison et déjà un sommet, tant la Classicissima a offert des bijoux de tension, d’indécision et de bagarre ces trois dernières années. Si bien que nous n’en avons pas dormi de la semaine, à nous battre avec ces oreillers italiens tout plats et inconfortables qui demeurent une énigme dans ce pays du raffinement et de la beauté, à scruter les heures défiler et avec elles le parcours dans notre tête, le tunnel crasseux du Turchino, le bleu de la mer, les capi, Cipressa, Poggio, via Roma… À retourner le scénario dans tous les sens. Alors, la Cipressa ? Attaquer plus tôt ? Et le Poggio, c’est mort le Poggio? Le vent soufflait de dos hier, mais avant-hier, c’était de face, regardons aujourd’hui... Et Ganna, en facteur après la descente du Poggio? Difficile. 6h23. L’heure sur le réveil ou la durée de la course, l’an dernier?

La Classicissima en a rendu fou plus d’un

Penser à Milan-San Remo est une séance d’hypnose. Le Monument italien est un entêtement, une obsession et on n’ose imaginer tout ce qui a dû traverser l’esprit de Tadej Pogačar depuis sa défaite de l’an passé, toujours frustré dans la quête de cette course qui lui résiste, ce qui est rare, et dont les mystères grignotent son cerveau. La Classicissima en a rendu fou plus d’un, probablement parce qu’elle fait miroiter à tous la possibilité d’un flirt, celle qui embrasse le plus de prétendants, les sprinteurs, les grimpeurs, les puncheurs, les sans-grade, entre ceux qui en sont hantés et ceux qui s’y présentent comme on va au casino en fin de soirée pour changer de vie.

On a ainsi ce matin une pensée pour Michele Dancelli, disparu en décembre et qui a prouvé, en 1970, qu’un maçon pouvait gagner Milan-San Remo, un miséreux aussi, lui qui, enfant, dormait dans la même chambre avec ses six frères sous le grenier de la maison. Les larmes qui roulèrent sur les joues poisseuses de « Michelino » à l’arrivée à San Remo avaient bouleversé l’Italie. On a repensé à Fred De Bruyne, ermite halluciné qui, l’hiver, se réfugiait dans l’inconfort des Pyrénées pour s’entraîner sous la neige et se préparer à la dureté de Milan-San Remo, qu’il remportera en 1956. À Moreno Argentin, marabouté par la course, réveillé dans la nuit avant le départ par des appels énigmatiques, maudit par tant de défaites qui le laissèrent cloîtré plusieurs jours dans le noir et le chagrin.

Tadej Pogacar émarge parmi les possédés de la Classicissima. Mais l’obsession du Slovène a eu un impact collatéral sur l’espoir des autres, qui s’est sérieusement rabougri. Le double champion du monde a rendu la Primavera encore plus excitante, mais aussi moins ouverte, un de ses nouveaux paradoxes. Il a d’une certaine manière tué une partie de la magie en ramenant les aspirants d’un jour à leur condition ordinaire et en coupant les ailes de tous les sprinteurs, qui ne peuvent plus espérer grand-chose, pas avec une Cipressa montée si vite, ni avec le caractère de ces favoris qui jamais ne se comportent en matamores et toujours sortent les couteaux au bon moment.

Mais Pogačar a aussi élargi le champ de ce qu’on croyait possible sur ce parcours étriqué, même s’il y a toujours connu l’échec, et une partie de l’excitation ce matin se niche là, dans l’indécision qui demeure ici alors qu’il s’est appliqué à l’éradiquer partout ailleurs. Pogačar peut perdre, et c’est inhabituel. Il a donné des pistes pour gagner mais sans les concrétiser.

La Cipressa est-elle une si bonne idée ? Il a certes presque convaincu qu’il pouvait y ouvrir un écart, mais ensuite, peut-il aller au bout, avec tout le monde à ses trousses, dans la transition vers le Poggio? Alors faut-il persévérer au marteau-piqueur dans la faille ouverte l’an passé? Malgré un vent qui devrait être moins favorable, malgré les absences de Tim Wellens et Jhonatan Narvaez, Pogačar a en tout cas de la marge pour faire mieux qu’en 2025, où il était très mal placé au pied de la Cipressa, ce qui lui avait coûté un effort superflu, et où il n’avait jamais pu utiliser Isaac del Toro. Le Mexicain doit être la clé de sa stratégie, mais reste à savoir dans quel rôle. Perturbateur, rampe de lancement…

Pogačar pourrait vouloir le garder avec lui jusqu’au Poggio, dans un groupe très restreint, avant de s’envoler dans la colline de San Remo où il sait que là, son avantage serait définitif. Mais pour cela, il faut que tout s’emboîte à la perfection, dans ce final de subtilités où tout se joue au millimètre.

Le maître des lieux et double vainqueur ici, c’est van der Poel

Dans ce Monument qui sacre davantage un coursier qu’un coureur, ce qui en fait toute sa délicatesse, et ce n’est pas un hasard si Mathieu van der Poel y enfile les chefs-d’oeuvre. Si le champion du monde 2023 exprime sa puissance sur les flandriennes, San Remo est le terrain d’expression de sa finesse. De l’acuité de son regard et de son sens naturel de la course: la beauté ultime de son sacre en solitaire il y a trois ans, le coup tactique pour faire perdre Pogačar et gagner Jasper Philipsen en 2024, et l’an passé, il suffit de revoir le sprint, ce petit coup d’oeil furtif sur le côté pour se rendre compte que son ennemi intime lance son accélération et le crucifier en un battement d’ailes.

Et souvenez-vous du frémissement de son attaque sur le haut du Poggio, histoire de voir, car il y a la maîtrise, certes, mais l’orgueil n’est jamais loin non plus, et van der Poel devait en avoir assez de voir le cuissard blanc de son adversaire tortiller devant lui.

Beaucoup le pensent encore intouchable cette année, lui rappelle seulement que s’il est un pour cent en dessous, Pogačar gagnera. Mais plus les deux approcheront ensemble de la via Roma et plus sa cote augmentera. On parle beaucoup du maillot arc-en-ciel, mais le maître des lieux et double vainqueur ici, c’est lui. Van der Poel demeure donc légèrement favori, même si on a entraperçu, l’an passé, la possibilité d’un vacillement. Il est temps de s’extirper de la toile d’araignée de la Classicissima. Ce soir, tout sera devenu limpide. La lumière nous éclairera et le frisson nous saisira. Tout semblera évident, l’ensorceleuse aura délivré son oracle. Son verdict implacable.

***

Mathieu Van der Poel e Tadej Pogačar, ruota a ruota lo scorso anno,
avevano dato vita a un incredibile duello da cui era uscito vincitore l’olandese.

UN'OSSESSIONE - Tadej Pogačar ci riprova

SPAZIO AI MONUMENTI

Per la prima volta in questa stagione, MATHIEU VAN DER POEL e TADEJ POGACAR si affrontano in un duello al vertice. Lo sloveno sogna di imporsi finalmente nella Primavera, mentre il neerlandese punta al terzo successo.

Pogačar può perdere, e questo è insolito.
Ha dato segnali di vittoria ma senza concretizzarli

21 mar 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

SAN REMO (ITA) – Eccoci alla mattina tanto sognata, che ora vorremmo rimandare un po’ per non vederla svanire troppo presto. Mimars (a metà marzo, ndr), un soffio di primavera, la prima Monumento della stagione e già un momento culminante, tanto la Classicissima ha offerto gioielli di tensione, indecisione e lotta negli ultimi tre anni. Tanto che non abbiamo dormito tutta la settimana, a lottare con questi cuscini italiani piatti e scomodi che rimangono un enigma in questo Paese di raffinatezza e bellezza, a scrutare le ore che scorrono e con esse il percorso nella nostra mente, il tunnel sporco del Turchino, l’azzurro del mare, i capi (Mele, Cervo e Berta, ndr)), Cipressa, Poggio, via Roma… A rigirare lo scenario in tutti i sensi. Allora, la Cipressa? Attaccare prima? E il Poggio, il Poggio è fuori discussione? Ieri il vento soffiava alle spalle, ma l’altroieri era di fronte, vedremo oggi... E Ganna, in testa dopo la discesa del Poggio? Difficile. 6:23. L'ora sulla sveglia o la durata della gara dell'anno scorso?

La Classicissima ha fatto impazzire più di uno

Pensare alla Milano-Sanremo è come una seduta di ipnosi. La monumento italiana è una fissazione, un'ossessione e non osiamo immaginare tutto ciò che deve essere passato per la mente di Tadej Pogačar dalla sua sconfitta dello scorso anno, sempre frustrato nella ricerca di questa gara che gli resiste, cosa rara, e i cui misteri gli tormentano il cervello. La Classicissima ha fatto impazzire più di uno, probabilmente perché fa balenare a tutti la possibilità di un flirt, quella che abbraccia il maggior numero di pretendenti, gli sprinter, gli scalatori, i puncheur, i carneadi, tra chi ne è ossessionato e chi vi si presenta come si va al casinò a fine serata per cambiare vita.

Questa mattina va quindi un pensiero a Michele Dancelli, deceduto a dicembre e che nel 1970 ha dimostrato che anche un muratore poteva vincere la Milano-Sanremo, e anche un povero, lui che da bambino dormiva nella stessa stanza con i suoi sei fratelli sotto il sottotetto di casa. Le lacrime che scorrevano sulle guance sudate di «Michelino» all’arrivo a Sanremo avevano commosso l’Italia. Si è ripensato a Fred De Bruyne, eremita allucinato che, d’inverno, si rifugiava nell’incomodità dei Pirenei per allenarsi sotto la neve e prepararsi alla durezza della Milano-Sanremo, che avrebbe vinto nel 1956. A Moreno Argentin, stregato dalla gara, svegliato nella notte prima della partenza da telefonate enigmatiche, tormentato da tante sconfitte che lo hanno tenuto rinchiuso per diversi giorni nell’oscurità e nel dolore.

Tadej Pogačar figura tra gli ossessionati dalla Classicissima. Ma l’ossessione dello sloveno ha avuto un impatto collaterale sulle speranze degli altri, che si sono seriamente ridotte. Il due volte campione del mondo ha reso la (Classicissima di) Primavera ancora più emozionante, ma anche meno aperta, uno dei suoi nuovi paradossi. In un certo senso ha ucciso parte della magia riportando gli aspiranti di un giorno alla loro condizione ordinaria e tarpando le ali a tutti gli sprinter, che non possono più sperare in granché, né con una Cipressa scalata così velocemente, né con il carattere di questi favoriti che non si comportano mai da spavaldi e tirano sempre fuori i coltelli al momento giusto.

Pogačar però ha anche ampliato i confini di ciò che si riteneva possibile su questo percorso angusto, anche se qui ha sempre fallito, e parte dell’entusiasmo di questa mattina risiede proprio lì, nell’indecisione che qui permane mentre lui si è impegnato a sradicarla ovunque altrove. Pogačar può perdere, e questo è insolito. Ha dato indicazioni su come (poter) vincere, ma senza concretizzarle.

La Cipressa è davvero una buona idea? Ha quasi convinto che là possa scavare un distacco, ma poi, riuscirà ad arrivare fino in fondo, con tutti alle calcagna, nella transizione verso il Poggio? Bisogna quindi continuare a martellare con forza nella breccia aperta lo scorso anno? Nonostante un vento che dovrebbe essere meno favorevole, nonostante le assenze di Tim Wellens e Jhonatan Narvaez, Pogačar ha comunque margine per fare meglio rispetto al 2025, quando era molto male piazzato ai piedi della Cipressa, il che gli era costato uno sforzo superfluo, e dove non era mai riuscito a sfruttare Isaac del Toro. Il messicano deve essere la chiave della sua strategia, ma resta da vedere in quale ruolo. Disturbatore, trampolino di lancio...

Pogačar potrebbe volerlo tenere con sé fino al Poggio, in un gruppo molto ristretto, prima di volare sulla collina di San Remo dove sa che là il suo vantaggio sarebbe definitivo. Ma per questo, tutto deve incastrarsi alla perfezione, in questo finale di sottigliezze dove tutto si gioca al millimetro.

Il padrone di casa e due volte vincitore qui è van der Poel

In questa Monumento che consacra più una bicicletta che un corridore, il che ne fa tutta la sua delicatezza, e non è un caso se Mathieu van der Poel vi colleziona capolavori. Se il campione del mondo 2023 esprime la sua potenza sulle strade delle Fiandre, Sanremo è il terreno in cui si esprime la sua leggiadria. Dalla sua acutezza di osservazione e dal suo innato senso della gara: la bellezza suprema della sua vittoria in solitaria di tre anni fa, la mossa tattica per far perdere Pogačar e far vincere (il proprio compagno di squadra) Jasper Philipsen nel 2024, e l'anno scorso, basta rivedere lo sprint, quel piccolo sguardo furtivo di lato per rendersi conto che il suo nemico intimo sta lanciando la sua accelerazione e lo crocifigge in un battito d'ali.

E ricordate il brivido del suo attacco in cima al Poggio, tanto per vedere, perché c'è la maestria, certo, ma l'orgoglio non è mai lontano, e van der Poel doveva averne abbastanza di vedere i pantaloncini bianchi del suo avversario dimenarsi davanti a lui.

Molti lo considerano ancora intoccabile quest'anno, ma basta ricordargli che se è solo un punto percentuale sotto il massimo, Pogačar vincerà. Ma più i due si avvicineranno insieme verso via Roma, più le sue quotazioni aumenteranno. Si parla molto della maglia iridata, ma il padrone di casa e due volte vincitore qui è lui. Van der Poel rimane quindi leggermente favorito, anche se l'anno scorso si è intravisto il rischio di un cedimento. È ora di liberarsi dalla ragnatela della Classicissima. Stasera tutto sarà chiaro. La luce ci illuminerà e il brivido ci coglierà. Tutto sembrerà ovvio, l'incantatrice avrà pronunciato il suo oracolo. Il suo verdetto implacabile.


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