Brennan, la relève de Visma
Matthew Brennan passe la ligne en vainqueur à Kuurne devant Luca Mozzato (à g.) et Matteo Trentin (à dr.) et, au même moment, Christophe Laporte, qui fut pour lui un remarquable poisson-pilote, lève les bras au loin : les Visma ont relevé la tête hier en Belgique.
Après un hiver marqué par des départs et des blessures, la formation néerlandaise s’est imposée hier à Kuurne grâce à sa pépite britannique.
"On aime développer nos propres coureurs comme nous le faisons avec Matthew plutôt que d’acheter des superstars déjà établies"
- GRISCHA NIERMANN, L’UN DES DIRECTEURS
SPORTIFS DE VISMA-LEASE A BIKE
"La pression ne m’affecte pas vraiment"
- MATTHEW BRENNAN
2 Mar 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
KUURNE (BEL) – Après la bataille des tranchées de l’Omloop Nieuwsblad, remportée la veille par Mathieu Van der Poel, seul un vaillant, un suturé (Oliver Naesen), un édenté (Rick Pluimers) ou un éraflé (la liste serait trop longue) pouvait s’imposer sur la ligne à Kuurne. Un survivant, en tout cas, et Matthew Brennan fut celui-là, vingt-quatre heures après un passage par l’hôpital pour vérifier que son bras droit amoché et en capilotade tenait encore.
La tête, elle, allait bien, merci, et Maarten Wynants, son directeur sportif, racontait hier comment il avait été bluffé par le Britannique : « Il a très vite basculé mentalement. Le soir, dans sa chambre, pendant le massage, on rigolait tous ensemble. Mais je sentais qu’il était déjà tourné vers le lendemain. » Christophe Laporte saluait également sa maturité :
« Après sa chute, faire ce qu’il a fait aujourd’hui, à son âge ( 20 ans), cela montre le mental du bonhomme. Il sait où il veut aller. On n’a pas fini d’entendre parler de lui. » Une bonne nouvelle pour sa formation, Visma-Lease a bike, pas très vaillante depuis le début de saison (deux victoires avec Christophe Laporte en Andalousie et Brennan, déjà, au Tour Down Under).
Hier matin, au départ de Courtrai, l’inquiétude ne transpirait pourtant pas sur le visage impavide de Grischa Niermann, le directeur sportif: « Bien sûr, j’aimerais déjà avoir dix victoires au compteur mais notre philosophie est différente de celle de beaucoup d’autres équipes qui ont déjà disputé plus du double de nos jours de course quand nous, nous envoyons nos coureurs en stage en altitude. » Sur l’affaiblissement supposé de ses troupes, orphelines de Dylan
Van Baarle, Attila Valter (partis respectivement chez Soudal-Quick Step et Bahrain-Victorious) et Simon Yates, retraité précoce, à l’intersaison? « On aime développer nos propres coureurs comme nous le faisons en ce moment, par exemple, avec Matthew plutôt que d’acheter des superstars déjà établies. »
Le Britannique, douze victoires la saison dernière, reste encore un talent à polir mais il a démontré qu’il apprenait très vite : « Quand tu tombes à 60 km/h, tu n’as pas envie de revivre ça dans ta tête. Quand on te dit “demain on recommence, avec le même chaos, la même nervosité”, comment l’aborder mentalement? Je pense qu’on y est parvenus. »
Après le Bourliquet et le Mont-Saint-Laurent où les Lotto d’Arnaud De Lie ont cisaillé le peloton très tôt, même leur leader, et Jasper Philipsen, en mode Van Der Poel, a effectué le ménage (Jonathan Milan, Phil Bauhaus, Dylan Groenewegen, Paul Magnier, victime d’une crevaison), Laporte et ses potes ont pris le manche.
Le Français, malgré des côtes douloureuses après sa gamelle du samedi, a dessiné un joli éventail à 49 km de l’arrivée : « Toute l’équipe a fait un super travail, on a toujours été bien présents devant. On a réalisé la course parfaite collectivement. » Le Varois avait même encore du jus pour amener dans un fauteuil Brennan, « un exemple parfait de poisson-pilote à montrer dans toutes les écoles » , souriait Wynants.
Ainsi se clôture joyeusement le week-end d’ouverture des flandriennes pour Visma, débarqué pourtant sans Wout Van Aert, malade mais qui s’alimenterait de nouveau correctement, et que
Matthew Brennan a suppléé sans trembler dans la peau du leader. Déjà, jeudi dernier, il était monté sur l’estrade pour une conférence de presse de présentation à laquelle il n’était pas convié initialement. Né à Darlington, dans le nord-est de la Grande-Bretagne, le puncheur ne semble pas du genre à mouiller son slip (« La pression ne m’affecte pas vraiment »), il rêve de « réussir à San Remo, de faire un bon Roubaix et un bon Tour des Flandres », même s’il trouve hâtives les comparaisons avec Van Aert: « C’est très flatteur.
Il a énormément de succès et une carrière magnifique. Si la mienne pouvait suivre une trajectoire similaire à celle de Wout, je serais très heureux. » Brennan roule sur ses traces: le Campinois s’était justement imposé , ici même à Kuurne, il y a deux ans.
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