Un lendemain qui chante
Romain Grégoire, vainqueur devant Matteo Jorgenson et Lenny Martinez,
crie sa joie revancharde, à l’arrivée de la Drôme Classic, hier.
BLEU’ BLANC’ RAGE
Très déçu samedi, rongé par un début de saison en deçà de ses attentes, encore dans le doute à micourse hier, Romain Grégoire a finalement remporté l’épreuve drômoise, en sacré coursier qu’il est.
"Samedi, on s’est fait tarter, on était vraiment déçus de notre course,
on n’avait tout simplement pas les jambes pour être devant"
- ROLLAND BRIEUC (GROUPAMA-FDJ UNITED)
"Il court vraiment le couteau entre les dents et sa victoire est méritée"
- LENNY MARTINEZ (BAHRAIN VICTORIOUS), 3e HIER
2 Mar 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT
ÉTOILE-SUR-RHÔNE (DRÔME)- Il y avait de la rage, de la colère qui s’envole tout d’un coup quand Romain Grégoire a franchi la ligne au sommet d’Étoile-sur-Rhône. On sait le puncheur de Groupama-FDJ United accro à la victoire, capable de quitter la table furibard s’il perd aux petits chevaux, mais le Bisontin dégageait autre chose, cette fois. Il venait de cueillir son treizième succès chez les pros, à 23 ans, et à l’écouter, celui-ci venait de loin. « Je ne m’attendais pas du tout à gagner aujourd’hui (hier) », avouait-il, lui qui épingle rarement un dossard juste pour faire tourner les jambes.
C’est ce chemin, cette petite renaissance qui a arraché des larmes à Philippe Mauduit, directeur de course, venu féliciter son poulain. « Ça procure des émotions, ce truc, hoquetait-il. Ce sont des moments magiques du sport. » Le Poitevin avait passé trop de temps, la veille, à discuter avec son leader, pour savoir que rien n’allait être facile. « Il y a des victoires, tu te dis que c’est normal, il était prêt et tout était OK. Et là, physiquement, Romain était prêt, mais dans sa tête, il ne l’était pas forcément. » La faute à un début de saison en Andalousie « où je sentais que les sensations n’étaient pas géniales » , détaillait l’intéressé, pourtant 5e du général en Espagne.
Et surtout à cause de la tornade de la veille, que tout le monde a ressentie quand Paul Seixas a attaqué, mais que Grégoire a mal vécu. Il était le vainqueur sortant, numéro 1 dans le dos, et a tenté de suivre un instant, avant de plier les ailes (22). « Samedi, on s’est fait tarter, on était vraiment déçus de notre course, on n’avait tout simplement pas les jambes pour être devant », soulignait son coéquipier Brieuc Rolland. Alors la soirée à l’hôtel de Valence a tourné à la thérapie.
« On a parlé de tout ça un long moment, reprenait Mauduit. En fait, nous, on ne sert à rien quoi, ce sont eux qui pédalent, on est juste là pour les accompagner et c’est dans ces moments-là qu’il est important d’être présent. Romain a changé quelques petites choses dans sa préparation, du coup, quand ça ne marche pas tout de suite, chez un coureur impatient comme lui, ça commence à mettre un peu de doute et, forcément, ça influence les jambes. Il fallait qu’il ait conscience qu’il a tout bien fait, arrêter de tout remettre en question, qu’il se lâche et se fasse plaisir sur un vélo. »
Mâchoire serrée au départ, le Bisontin avait envie de faire la course dimanche. Mais parce qu’il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton, il a déchanté. « En début de course, honnêtement, j’ai dit à mes équipiers de ne pas tout jouer sur moi car je ne me sentais vraiment pas bien. Mais Quentin Pacher (son coéquipier) a eu des mots importants, comme toujours, il m’a dit de prendre confiance en moi, que plus la ligne allait se rapprocher et plus ça allait se débloquer. Les gars ne m’ont pas lâché. »
Et dans l’emballage final, l’instinct est revenu. Mattias Skjelmose (Lidl-Trek) fut le premier à enclencher, dans le col de la Grande Limite, mais le coup parti avec Ben Tulett (Visma-Lease a bike) et Lenny Martinez (BahrainVictorious) fut repris. Les Visma, en surnombre, harcelèrent la douzaine de rescapés, et là où Benoît Cosnefroy fut piégé ( « Je savais que ça allait se passer comme ça mais je ne pouvais pas sauter sur tout ce qui bougeait », rouspétait le Normand d’UAE, très en jambes dimanche), Grégoire prit la bonne roue. Celle de Matteo Jorgenson, à 17 kilomètres de la ligne. « Un super rouleur, donc j’étais dans une posture idéale, et comme par magie, quand il y a la victoire possible au bout, ça va tout de suite beaucoup mieux », se marrait Romain Grégoire.
Leduoprit suffisamment d’avance pour résister au peloton et le puncheur « flingua » aux 200 mètres. Le coup parfait. « Il était plus fort au sprint », félicitait Jorgenson. « Il court vraiment le couteau entre les dents et sa victoire est méritée », appréciait Lenny Martinez, heureux de sa troisième place et pour son ami.
« Du Romain tout craché, renché rissait Brieuc Rolland. Un incroyable mental de champion. Il fait du vélo pour gagner, donc quand il n’est pas devant, il est fâché. Et Romain fâché, il gagne. C’est l’assurance tous risques. »
Un an après avoir levé les bras sur l’Ardèche Classic, Grégoire réussit le doublé sur des routes qui siéent à ses qualités. « C’est certes moins impressionnant que la victoire de Paul (Seixas, samedi, auteur d’un raid solitaire de 42 km) mais c’est chouette de pouvoir lever les bras, une super sensation, s’excusait-il presque. C’est rare, donc il faut savoir en profiter et je pense que ça débloque quelque chose mentalement, c’est de bon augure. »
L’an dernier, son succès avait lancé une saison à six victoires, son record, avec une étape au Tour de Suisse et le général du Tour de Grande-Bretagne. Cette fois, le coureur de GroupamaFDJ United va découvrir au printemps les Flandriennes, puis retrouver les Ardennaises dont il rêve mais, avant ça, continuera sa saison en Italie, avec le trophée Laigueglia, mercredi, et les Strade Bianche, samedi, où il retrouvera Seixas. Avant Milan-San Remo, le 21 mars. La Primavera est pour lui un bon souvenir, il y avait un temps suivi van der Poel, Pogačar et Ganna, l’an dernier, avant d’exploser, ce qui lui fit dire « qu’à trop se rapprocher du soleil, on se brûle ». Depuis, il a en tête de pouvoir s’y accoler encore, sûr de ses jambes et, depuis hier, de sa tête.
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