ENDRICK Retour vers son futur


Talent précoce et travailleur acharné, le Brésilien n’avait que 10 ans quand il a promis de sortir sa famille de la précarité. 
Grâce à un mental d’acier et un physique épatant, l’ex-crack de Palmeiras y est parvenu, posant les bases d’un avenir qui s’anno

"J’ai dit au directeur du centre de formation de Palmeiras de mettre le paquet pour dribbler la concurrence et que, sinon, il allait pleurer des larmes de sang"
   - LE RECRUTEUR PAULO ROCA

"Normalement, papa passait la serpillière dans cette salle et là, 
il était bien sapé et m’accompagnait pour signer ce contrat 
qui allait changer notre vie. C’était fou" 
   - ENDRICK, LE JOUR DE SES 16 ANS, LE 21 JUILLET 2022

"Sur un terrain, il y met tout son coeur, toute son âme. 
Il est comme enragé" 
   -  ALEMAO, SON ENTRAÎNEUR CHEZ LES U13 ET LES U17

1 Mar 2026 - L'Équipe
ÉRIC FROSIO

SAO PAULO (BRE) – Si posséder une Rolex avant 50 ans est un gage de réussite, comme le prétend un célèbre publicitaire, que dire quand on a son maillot exposé au musée de son club formateur à seulement 19 ans ? « On le montre aux visiteurs car Endrick est déjà une légende vivante », résume Rogerio, après avoir guidé une trentaine de fans dans les couloirs de ce musée consacré à la gloire de Palmeiras (Sao Paulo).

Au milieu des coupes et des trophées, la tunique floquée du numéro 9 symbolise le titre de champion du Brésil 2023, notamment conquis au terme d’un duel d’anthologie face au Botafogo de John Textor lors de la 31e journée (4-3, après avoir été mené 3-0). Cette victoire avait permis à Palmeiras de revenir à quatre points de son rival carioca, qu’il avait ensuite doublé au soir de la 35e journée. « Endrick avait été l’acteur majeur de cette remontada, se souvient Rogerio. Après son premier but, il avait mis le ballon sous le bras et avait emmené toute l’équipe derrière lui. Dans cent ans, les supporters en parleront encore. »

L’attaquant brésilien, prêté par le Real Madrid à Lyon, lui, parle de « match référence » durant lequel il a inscrit « le plus beau but de ma carrière ( celui du 2-3) ». C’est ainsi qu’il qualifia son coup de génie lorsqu’on avait rencontré le phénomène à son domicile paulista, juste avant le grand saut vers Madrid, en juillet 2024. Le choix n’était pourtant pas facile pour le natif de Taguatinga, près de Brasilia, qui a inscrit 21 buts avec Palmeiras (en 81 matches, dont 55 comme titulaire) et pas loin de 200 dans les catégories de jeunes. Un record.

« Grâce à tous ses buts, j’ai eu la sécurité de l’emploi », « Moi, quand je pense à Endrick, je vois des buts, beaucoup de buts. Il n’arrêtait pas de marquer, se souvient Lucas Andrade, son coach chez les U15 puis les U20. Il marquait dans toutes les positions, en force ou en finesse, et dans tous les coins du terrain. Il a toujours eu ça en lui. »

Et c’est comme cela qu’il avait tapé dans l’oeil de Paulo Roca, l’homme qui a repéré en 2016 cette petite boule de muscles lors de la Gol Cup, un tournoi de jeunes organisé à Goiânia. Le recruteur avait entendu parler d’un gamin de 9 ans doté d’une conduite de balle épatante et d’une frappe à la Roberto Carlos.

Au milieu de centaines de jeunes venus de tout le pays, Roca a vite identifié la pépite, qui sera toujours surclassée, jouant par exemple avec les U15 à 13 ans et les U20 dès ses 16 ans. « On ne pouvait pas le rater, dit-il en grattant son épaisse barbe noire. Il était différent, rapide, puissant, habile… J’ai appris qu’il devait passer un test au Sao Paulo FC la semaine suivante. J’ai envoyé une vidéo au directeur du centre de formation de Palmeiras (Joao Paulo Sampaio) lui disant que j’avais trouvé la perle rare. Je lui ai dit de mettre le paquet pour dribbler la concurrence et que, sinon, il allait pleurer des larmes de sang. »

Malgré ses réticences initiales, Sampaio a proposé aux parents du mini-crack une aide au logement, l’inscription dans une école privée et un plan de santé pour toute la famille. « Quand Endrick a débarqué et qu’on l’a vu à l’oeuvre, tout le monde est tombé sous le charme », se souvient Roca, soulagé.

Mais, à plus de 1 000 km de la maison, dans une ville immense et parfois hostile, la vie n’est pas si simple. Sa maman, Cintia, s’ennuie, pendant que son père, Douglas, vend du café et des gâteaux à la sortie du métro. « C’était dur à vivre. C’est là que j’ai compris que les choses sérieuses commençaient », concède Endrick, qui , àl’âge de 10 ans, avait fait cette promesse à son père, qu’il sentait tourmenté : « Je lui ai dit de ne pas s’en faire car j’allais devenir joueur professionnel. Je voulais les sortir de cette situation. »

En attendant de toucher le gros lot, et face aux difficultés d’une nouvelle vie dans la mégalopole, le paternel se voit offrir un boulot d’agent d’entretien par Palmeiras. Mais lui et le fils ne se croisent pas pour autant. Lui nettoie le centre d’entraînement des pros, à Barra Funda, tandis que le fiston flambe à l’Académie de Guarulhos, à 30 kilomètres de là. Ils finiront par se retrouver quand Endrick signera son premier contrat pro, le jour de ses 16 ans (le 21 juillet 2022). « Papa a beaucoup pleuré ce jour-là, a confié l’attaquant à France Football. C’était notre rêve qui se réalisait. Normalement, papa passait la serpillière dans cette salle et là, il était bien sapé et m’accompagnait pour signer ce contrat qui allait changer notre vie. C’était fou. »

Ce contrat record venait récompenser tous les efforts d’un « gamin merveilleux et hyper sérieux » (Lucas Andrade), qui venait d’offrir la première Copinha à son club formateur. En remportant l’équivalent de la Coupe Gambardella, tout en étant élu meilleur joueur et auteur du plus beau but (un retourné acrobatique de l’extérieur de la surface), Endrick venait de se présenter à tout le pays, comme Djalminha, Rogerio Ceni ou Neymar avant lui.

Dans la foulée, il a fait la une du magazine

Placar, devenant, à 15 ans, le plus jeune joueur à connaître cet honneur. « C’était un pari un peu risqué, se souvient Klaus Richmond, auteur de l’article, mais il semblait tellement au-dessus du lot qu’on ne l’imaginait pas échouer. On a eu raison. » Et la Endrickmania a débuté. À l’issue de cette Copinha, il est passé sur ses réseaux sociaux de 80 000 à 400 000 suiveurs, puis bientôt 1 million (il en a 16 millions aujourd’hui). Pas facile à gérer quand on a seulement 15 ans…

Mais celui que son père voulait prénommer Di Stefano n’est pas un adolescent comme les autres. À l’époque, il avait un staff aussi élargi que ses cuisses de sprinteur: un nutritionniste, un préparateur physique, un attaché de presse, un avocat. « Il était déjà obsédé par le travail et l’entraînement, même invisible. Il avait accepté de sacrifier tous les plaisirs pour atteindre ses objectifs, s’étonne presque Thiago Freitas, qui a récupéré le joueur au sein de sa structure après une mésentente douloureuse entre Douglas, le papa, et Paulo Roca. C’est facile de travailler avec lui. C’est même très monotone car il ne fait rien, à part s’entraîner. Il est comme son idole : CR7. Il bosse, ne sort jamais, et il ne connaît rien des villes où il a habité: Sao Paulo, Madrid, Lyon… »

Un constat qui rappelle à Andrade, son premier coach au Verdao, l’état d’esprit qui habite depuis toujours ce bébé champion: « À 13 ans, il était déjà prêt pour le haut niveau.

Pourtant, personne ne lui a enseigné à avoir cette mentalité. Il avait ce truc en lui. C’est ce qui a fait la différence. »

Mais il fallait aussi allier cette mentalité à son talent, ses jambes de feu et sa technique parfois brouillonne mais souvent raffinée. « Je l’ai vu souvent entamer une action comme Ronaldo, en accélérant comme un taureau, avant de terminer par un tir subtil à la Romario, résume Freitas, son agent chez RocNation. Il est à la fois le missile qui détruit tout et celui qui offre des fleurs. »

Alors, forcément, même en étant discret et bien élevé, un tel phénomène pouvait susciter les jalousies. De nombreux parents enrageaient en voyant la tornade En

drick balayer ses adversaires. À 14 ans, lors d’un tournoi dans l’État de Santa Catarina, il avait été victime d’insultes racistes et accusé d’être un gato, un tricheur qui mentait sur son âge. Il avait fini en pleurs, consolé par Roca, convaincu de tenir dans ses mains le futur joyau de la Seleçao. « J’ai toujours pensé qu’il serait un très grand joueur, peut-être le nouveau Ronaldo. J’y croyais déjà quand il n’avait que 11-12 ans» , affirme-t-il.

Alemao souligne : « Sur un terrain, il y met tout son coeur, toute son âme. Il est comme enragé. C’est magnifique de le voir en action. » Que les supporters lyonnais en profitent au maximum, notamment ce soir à Marseille. Endrick ne fait sans doute que passer…

***

Il revient en jeu

1 Mar 2026 - L'Équipe
E. F.

Qui sera le numéro 9 de la Seleção lors du Mondial 2026 ? Les candidats sont nombreux, mais un seul sera élu. Richarlison (Tottenham), Joao Pedro (Chelsea), Gabriel Jesus (Arsenal), Igor Jesus (Nottingham Forrest), Igor Thiago (Brentford), Matheus Cunha (Manchester United), mais aussi Pedro (Flamengo) ou Vitor Roque (Palmeiras) peuvent prétendre porter le maillot de Romario ou Ronaldo. Carlo Ancelotti peut aussi confier le rôle d’attaquant axial à Vinicius Jr. En faux 9, l’attaquant du Real Madrid serait épaulé par un trident Rodrygo-Cunha-Raphinha (ou Estevão). Quel que soit le schéma, Endrick aura un coup à jouer, en 9 ou sur un côté. Après un début canon avec l’OL (5 buts en 7 matches), il devrait être convoqué pour la première fois par le coach italien, le 16 mars, pour affronter la France puis la Croatie. Absent depuis un an, à cause d’une blessure puis d’un temps de jeu inexistant au Real, l’attaquant aux 3 buts en 14 sélections a réussi sa première mission : retrouver le groupe. Sa deuxième ? Devenir titulaire lors du Mondial.



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