SEIXAS MASTER CLASSE


Paul Seixas, tout ému sur le podium, a encore impressionné hier en remportant 
sa deuxième victoire chez les pros, au terme d’un raid solitaire de 40 bornes.

UNE ALLURE FOLLE

Sur les pentes ardéchoises, le jeune Français de 19 ans s’est imposé en solitaire en s’échappant à plus de 40 km de l’arrivée. 
Il remporte son deuxième succès chez les pros après une victoire d’étape dans le Tour de l’Algarve la semaine dernière. 

Une semaine après sa première victoire professionnelle, Paul Seixas, 19 ans, a écrasé l’Ardèche Classic hier, auteur d’un raid solitaire de plus de 40 kilomètres à la manière des très grands.

« Je me suis dit que, dans un très grand jour, 
je pouvais tenter un raid solitaire donc j’ai continué, 
je me sentais bien, j’avais de la force »
   - PAUL SEIXAS

1 Mar 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL PIERRE MENJOT

GUILHERAND-GRANGES (ARDÈCHE) – Bienvenue dans un monde nouveau. Une révérence, un poing levé, une tape sur le torse pour afficher le sponsor et enfin les deux bras levés: Paul Seixas a eu le temps de dérouler toute la panoplie des célébrations avant de franchir la ligne, hier, un privilège qui n’appartient qu’aux plus grands. Mais c’est bien dans cette caste que le Français fait son entrée en ce début de saison, course après course. Le gamin (19 ans) a même eu le temps de faire la bise à ses parents avant de filer au protocole, tandis que ses poursuivants n’avaient pas encore franchi la ligne, à ferrailler pour les miettes après avoir vu le gâteau s’envoler sous leurs yeux à plus de 40 kilomètres de l’arrivée, chipé par un talent rare qui les a surpris.

« Comment tu es censé rattraper ça ? balançait Jan Christen (2e) à Lenny Martinez (3e) à l’arrivée, rigolard. Je regardais les écarts et on ne reprenait rien! C’est son vélo ou quoi? » Plutôt « des sensations de dingue » , « exceptionnelles » , tentait de décrire Paul Seixas, qui a balayé bien vite le suspense pourtant habituel sur l’Ardèche Classic.

À 45 kilomètres de l’arrivée, dans la montée roulante mais irrégulière de Saint-Romain-de-Lerps (6,8 km à 7,3 %, également appelée mur des Royes), son équipe Decathlon-CMA CGM a enclenché les hostilités, « car c’était la bosse clé du parcours, expliquait Jordan Labrosse, qui a lancé son leader. J’ai lâché Paul au bout de 1,5 kilomètre et après, je ne sais pas comment ça s’est déroulé, mais bien je pense, vu le résultat ( sourire). »

Après, tout a pété façon popcorn. « Pour moi, ça allait écrémer dans la longue bosse, mais pas à ce point », soufflait Lenny Martinez. Le grimpeur, comme d’autres, a tenté de suivre, mais ni lui, ni le vainqueur sortant Romain Grégoire, ni l’ancien lauréat du Tour Egan Bernal, ni Christen n’ont pu tenir la cadence. Matteo Jorgenson a réussi un temps, avant de céder à un peu moins de 42 kilomètres de l’arrivée. « Je me suis calé à un rythme qui me convenait, rembobinait l’artificier, et j’avais de très bonnes jambes, donc je pouvais toujours en remettre, et en remettre encore. Je pensais que Jorgenson bluffait, il ne passait pas trop de relais, puis j’ai vu qu’il n’arrivait pas à suivre. Je me suis dit que, dans un très grand jour, je pouvais tenter un raid solitaire donc j’ai continué, je me sentais bien, j’avais de la force. »

Le pari pouvait sembler insensé. Le Lyonnais est un habitué des raids solitaires, oui, mais chez les juniors, où il écrasait la concurrence après avoir multiplié les attaques pour se défaire des adversaires qui ne marquaient que lui. Pas là, pas sur une course aussi relevée… Eh bien si. Et dans le Val d’Enfer, un peu plus loin, où une douzaine de proches avaient posé la table de pique-nique, ça se marrait. « Apparemment, il a pris un peu d’avance car il veut s’arrêter boire un coup », disait l’un, sans plus d’effusion de joie que ça. « Il veut souffler une bougie, si quelqu’un peut en allumer une s’il vous plaît », abondait Emmanuel, son père, qui fêtait ses 50 ans hier.

« C’est pour ça qu’on avait du champagne, pas pour la course car tu ne sais jamais ce qui va se passer », abondait sa mère, Emmanuelle, inquiète de ne trouver que des fioles vides. « Quand je souffrais dans le Val d’Enfer, je pensais à eux, à cette victoire qui valait toutes les souffrances » , confia leur fils, passé en plein effort sous leurs yeux.

Il gagnait du temps dans les montées, dans les descentes, sur le plat. « Déjà dans la bosse, il m’a impressionné, mais surtout après, il a pris énormément de temps alors qu’on était trois à tourner derrière, c’est incroyable, avouait Martinez.

On a roulé à fond mais impossible de le rattraper. » « Malheureusement, un coureur était de loin le meilleur », jugeait Frans Maassen, directeur sportif des Visma de Jorgenson (4e).

Ce coureur n’a pas 20 ans, il ne débute que sa deuxième saison professionnelle mais, après une fin 2025 éclatante (13e du Mondial, 3e des Championnats d’Europe en Ardèche, 7e du Tour de Lombardie), il a encore accéléré sa progression et assume son statut. La semaine dernière, il gagnait l’étape reine du Tour de l’Algarve, solide physiquement, malin tactiquement, devant des gaillards comme Juan Ayuso ou Joao Almeida. Cette deuxième victoire professionnelle, hier, l’installe encore plus haut. Autant par le résultat que la manière.


Jouer sur le vélo comme van der Poel ou Pogacar

« Ce raid, il l’avait dans la tête, concédait Sébastien Joly, directeur de la compétition chez Decathlon et dans la voiture derrière son coureur en Ardèche. Nous, notre job, c’est de ne surtout pas le freiner, ne rien dire. Il a une telle force, une telle sérénité que ça lui permet ce genre de numéros. Des coureurs pourraient être écrasés par les attentes, lui en fait un jeu. »

Jouer sur le vélo, cela rappelle Mathieu van der Poel, Tadej Pogacar (dont il a égalé le record d’ascension dans la montée des Royes), des rois sans partage sur leurs terrains respectifs. « Il est super fort et le sera de plus en plus, mais pour le comparer à Tadej, il y a encore beaucoup à faire » , freinait Jan Christen, équipier du Slovène chez UAE. « Il n’y a pas de comparaison possible, ils ont chacun leur style, reprenait Joly. En revanche, c’est une façon de courir plus globale qu’on a découverte depuis cinq, six ans, des choses qu’on imaginait impossibles par le passé et desquelles il s’inspire. Mais, j’insiste, le comparer à qui que ce soit serait dommage. C’est Paul Seixas et c’est déjà pas mal. »

Il est déjà assis à la table des grands, avec son palmarès encore bien léger, bien sûr, mais il a montré qu’il avait le coup de fourchette des gloutons. Samedi prochain, il pourra se jauger directement face à eux, aux Strade Bianche ( lire par ailleurs), mais en attendant, la famille est repartie les bras chargés, le panier garni de lentilles et de gâteaux pour la mère, la coupe et le trophée en ferronnerie pour le père. Une journée normale chez les Seixas, une après-midi de vélo passée à boire un coup sur le bord de la route en encourageant le fiston avant de le féliciter, qu’il gagne ou pas, d’ailleurs. Mais avec leur Paul, la victoire est souvent là. Chez les petits comme chez les très, très grands.

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Paul Seixas, après sa victoire finale sur le Tour de l’Avenir 2025, entouré de l’actuel sélectionneur 
des équipes de France jeunes François Trarieux (à g.) et de son prédécesseur, Pierre-Yves Chatelon.

« S’habituer à le voir à ce niveau-là »

François Trarieux, sélectionneur de Paul Seixas chez les équipes de France jeunes, n’est pas surpris par la progression et le panache du Lyonnais.

« Il s’entraîne pour être au niveau des meilleurs et les battre, 
donc il faut s’attendre à ce qu’un jour, il les batte »

1 Mar 2026 - L'Équipe
P. Me.

Qu’avez-vous pensé de la course de Paul Seixas ?

Quec’est tout àfait normal( rires). Il a vraiment été très fort, solide, avec le travail de son équipe qui l’a très bien lancé, et il a pris ses responsabilités. Ce n’est pas étonnant non plus vu sa saison dernière, quand on repense au Dauphiné (8e du général), aux Europe (3e), ses deux courses de référence. Pour moi, il est dans ses valeurs, d’autant qu’il se dit très en forme et sort d’un gros Tour del’Algarve. Je ne dis pas qu’il faut s’habituer à le voir à ce niveau-là, mais presque.

Et à le voir fair'ec'egenre de courses ?

C’est la manièredontPaulveut courir et dont il court, doncçane mesurprendpas. Il veut sefaire plaisir, faire unpeulespectacle aussi. Il faut être capable dele faire bien sûr, maisil aimelevélo panacheetcequiest bien, aussi, c’est qu’il n’est pasbridé. Il y met sontempérament, soncaractère. Et il faut qu’il s’habitue à faire ça, car quand on voit le Nieuwsblad avec le roule au compresseur van der Poel (lire page 4), ou Pogacar et Evenepoel, ce sont des numéros qu’ils font chaque fois dans la dernière heure de course. Donc il faut aussi qu’il travaille là-dessus ensachant qu’il est habitué à ça, mentalement, depuis les juniors. Quand il partait en solitaire dans la Classique des Alpes (gagnée avec 4’ d’avance, en 2024), il se fait son petit effort chrono derrière, c’est naturel pour lui.

Que faut-il attendre de la suite de sa saison ?

Il s’entraîne pourêtre auniveau desmeilleurs et les battre, doncil faut s’attendre àcequ’unjour, il les batte. Il ne va pas sur les courses pour les regarder. Bien sûr, il y a des moments où ça va être dur, on le sait, mais là, il est à un niveau physique très fort et très en confiance. Ce statut ne fait que le renforcer. Les Strade Bianche sont une course particulière, avec un facteur chance a uni veau des crevaisons, mais il va globalement découvrir de nouvelles courses, se tester, cela reste de la découverte même s’il est aussi programmé pour gagner certaines épreuves.

Que faut-il attendre de lui s’il participe au prochain Tour de France ?

(Il souffle.) Il y a tellement de paramètres qui entrent enjeu… S’il doit le faire, il faudra qu’il soit à son meilleur niveau deforme, ce n’est que comme ça qu’il pour ras et ester. Au Tour de l’Avenir (remporté l’an dernier), il était grand favori mais pas forcément en forme, et on a vu que ça avait été difficile de gagner( 40’’ sur Widar, 2e). Tout le monde arrive à 100% sur les plus grandes courses. Mais il est bien conseillé, le staff réfléchit à la gestion desa saison, et lui a des attentes avec son recul, sa réflexion, sa capacité à faire les bons choix et les assumer.»

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Et maintenant, les Strade et Pogacar

1 Mar 2026 - L'Équipe
A. Ro.

Dans sa trajectoire fulgurante, Paul Seixas va passer un nouveau test, samedi, à Sienne. D’abord parce qu'il va découvrir les Strade Bianche, ses chemins blancs, son univers de poussière, la bataille du positionnement. Mais aussi parce qu'il va retrouver Tadej Pogacar, qui fera sa rentrée en Italie et qu'il n'a plus croisé depuis le Tour de Lombardie en octobre. Seixas reconnaissait d'ailleurs qu'il y pensait déjà. « J’avais un peu dans l’esprit que si j'arrivais à faire ça aujourd'hui (hier), je pouvais déjà me préparer pour la semaine prochaine, disait-il. Forcément, ça n'aura rien à voir, il y aura Pogacar, d'autres coureurs très solides, peut-être un petit cran au-dessus. Les Strade Bianche c'est quand même plein de rebondissements, on verra, mais j’ai la forme, il ne manquera plus que la réussite. » Rendez-vous samedi aux alentours du Monte Sante Marie.

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