Van Der Poel, l’acrobate
Pour sa reprise, le Néerlandais a su, grâce à sa science du pilotage, éviter toutes les chausse-trappes pour s’imposer dès sa première participation.
"Tu fais ce que tu as appris à faire.
Je pense que le cyclo-cross m’a aidé"
- MATHIEU VAN DER POEL
"Il a une souplesse sur le vélo qui lui
permet de ne jamais faire d’erreur''
- FLORIAN SÉNÉCHAL
1 Mar 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
NINOVE (BEL) – Vous connaissez le test de la chaise? C’est une scène du film La chèvre, dans lequel Pierre Richard est invité à s’asseoir où il veut dans une salle qui comprend une vingtaine de chaises et qui, immanquablement, porte son attention sur la seule avec un pied cassé. Mathieu van der Poel, vainqueur de l’Omloop Nieuwsblad pour sa première participation, c’est l’inverse : vous lui soumettez une centaine de sièges déglingués, sauf un, et vous pouvez être certain que le Néerlandais choisira celui-ci et pas un autre.Mathieu Van Der Poel s’est offert le temps de saluer le public à l’arrivée du Het Nieuwsblad, hier après-midi à Ninove.
Ce qui nous ramène à la course d’hier qui, pour reprendre l’expression de son équipier Florian Sénéchal, a été un « vrai bordel » (39 abandons), avec des coureurs (Tom Pidcock, Rui Oliveira, Jasper Philipsen, Stefan Küng, Paul Magnier, lire par ailleurs) qui s’empilent, s’encastrent ou sont ralentis. Au-delà d’une certaine réussite qui le porte depuis ses débuts professionnels, le Néerlandais de 31ans fut un formidable funambule au milieu de ce chantier : combien, à sa place, auraient mangé le pavé luisant du Molenberg, où Rick Pluimers venait de se crêper violemment juste devant lui? Le coureur de Tudor, deux dents cassées, a pris la direction du cabinet dentaire, mais Van der Poel n’y est pour rien, il a même évité à son compatriote une blessure bien plus grave, sa roue effleurant le sommet de son casque dans un réflexe qui relève du paranormal : « J’ai tout fait pour ne pas lui rouler sur la tête. Il faut toujours être attentif. Avec la pluie, on savait que les pavés seraient un peu glissants et que ce genre de choses pouvait arriver.»
Lui-même ne cherchait pas d’explication rationnelle à sa science du pilotage qui lui a permis de ne pas tomber, ni de ralentir (contrairement à Christophe Laporte, juste derrière lui et à l’arrêt) au moment de l’attaque de Florian Vermeersch : « Je n’en ai aucune idée. Parfois, tu ne réfléchis pas, et c’est mieux ainsi. Tu réagis simplement et tu fais ce que tu as appris à faire. Je pense que le cyclocross m’a aidé, c’est sûr.»
Invaincu cette année
À la sortie d’un hiver sans encombre (13 victoires en 13 courses) dans les labourés – à de rares embourbements près –, le leader d’Alpecin - Premier Tech a retrouvé la même dextérité sur route pour sa reprise : quelques kilomètres après avoir manqué d’imprimer la carotide de Pluimers sur les pavés, il prit un virage à gauche à l’extérieur, à pleine vitesse, à l’extrême limite. Sans bouger une oreille alors qu’un frisson parcourait la salle de presse.
« Il maîtrise évidemment très bien son vélo, c’est quelque chose que no ussavons depuis longtemps, reconnaissait Niki Terpstra, directeur sportif de Soudal-Quick Step. Quand il était tout petit, il était déjà très habile sur un vélo. Il le contrôle parfaitement, surtout dans des conditions glissantes.» Rétrospectivement, Sénéchal n’a été surpris ni par sa première victoire de la saison sur ce miniRonde, ni, donc, par sa capacité à slalomer entre les embûches : « Dans le peloton, il était toujours derrière moi, racontait l’ancien d’Arkéa. Parfois je passais dans des trous de souris mais il était là, sans stress. Et il ne crève jamais non plus, il a une souplesse sur le vélo qui lui permet de ne jamais faire d’erreur. C’est grâce au cyclocross, c’est l’instinct. Moi, je crève une fois aujourd’hui, Jasper Philipsen deux fois, et pas Mathieu.»
Sa décontraction, probablement, contribue à ce qu’il pédale avec des chaussons de danse quand ses deux partenaires d’échappée, Tim Van Dijke (2e) et Florian Vermeersch (3e), arrachaient leur vélo de la route dans le Grammont où il s’est envolé.
Avec lui, avant et après la course, peut-être pendant, il n’y a « pas de stress, juste un briefing très simple », soulignait son équipier français. « Mon rôle était de l’épauler le plus possible, j’aurais aimé faire plus mais il n’avait pas tant besoin de mon aide que ça (sourires). C’est impressionnant. Courir avec lui, ça booste encore plus.»
Cette 57e victoire sur route lance en tout cas parfaitement sa campagne flandrienne (il ne disputera pas Kuurne, aujourd’hui) pendant laquelle il tentera de quadrupler, dans un mois, le Tour des Flandres (après 2020, 2022 et 2024) et Paris-Roubaix (dont il est triple vainqueur sortant). Sans vouloir lui porter la poisse.
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Magnier, la poisse
Victime d’une défaillance technique après un accrochage, le Français, deuxième l’année dernière, n’a pu raccrocher la tête de course.
“Ce sera pour l’année prochaine"
- NIKI TERPSTRA, DIRECTEUR
SPORTIF DE PAUL MAGNIER
1 Mar 2026 - L'Équipe
Y. H.
NINOVE – Neuf heures de route en campingcar, même « pour profiter des paysages », auraient mérité un meilleur sort, surtout avec ces conditions climatiques. Mais Laurent et Sabine Magnier n’ont pas vu leur fiston triompher, ni même monter sur le podium comme l’an passé, deuxième derrière le Norvégien Soren Wærenskjold.
Paul Magnier n’a pas chuté, il a été tout simplement victime d’une défaillance technique, née d’un accrochage, à la sortie de l’Eikenberg, avec la roue de Lukas Kubis qui a abîmé son dérailleur, selon son staff. L’assistance est venue à son secours mais le Français (21 ans) a préféré attendre la voiture de Soudal-Quick Step, avec un débours d’une bonne minute alors que les favoris s’apprêtaient à ferrailler dans le Molenberg. « Paul revenait alors dans le peloton mais ils ont attaqué à l’avant, donc il a manqué la plus grande partie du final », regrettait son directeur sportif Niki Terpstra.
Tracté par Casper Pedersen, le Grenoblois, sous les yeux de ses parents installés dans le Leberg, a montré qu’il avait la jambe ( « C’est le point positif ») mais, même en revenant sur l’avant de la course, il aurait trop laissé de jus. « Il n’y a pas de bon résultat aujourd’hui (hier), ce sera pour l’année prochaine », relativisait son dirigeant, vainqueur de Paris-Roubaix (2014) et du Tour des Flandres (2018).
Onzième du peloton arrivé derrière Mathieu Van der Poel, Magnier, rentré transi de froid dans son car, était le coureur français le plus attendu, mais on a finalement surtout vu Alexis Renard, auteur d’une très grosse journée (9e à l’arrivée) et, dans l’emballage final, Christophe Laporte (4e) et Anthony Turgis (8e).
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Vollering intraitable
1 Mar 2026 - L'Équipe
Une bonne heure après les hommes, Demi Vollering a dominé au sprint Katarzyna Niewiadoma à Ninove pour parachever un joli travail de son équipe FDJ United-Suez. « J’ai l’impression de n’avoir rien eu à faire, appréciait la Néerlandaise, 29 ans, qui ne s’était jamais imposée sur le Nieuwsblad. On voit qu’on commence à se comprendre. » Vollering, qui dispute sa deuxième saison dans la formation française, a pu s’appuyer dans un premier temps sur le travail d’Élise Chabbey, qui s’était glissée dans un quatuor à 40 km de l’arrivée après le Leberg, puis sur celui de Franziska Koch, qui a allumé le pied du mur de Grammont pour lancer sa leader. Vollering a alors accéléré et seule Niewiadoma a pu lui répondre. Elle a ensuite poussé la Polonaise à collaborer, notamment dans les derniers kilomètres, lui faisant comprendre qu’elle avait du soutien derrière. « C’était aussi à elle de jouer », lâchait, maline, Vollering, qui est désormais attendue début avril sur la campagne flamande.
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