Face à Chelsea, le PSG veut sortir du coup de Blues
Photo Ángel Colmenares - EFE.SIPA
Le Parisien Kvaratskhelia (en blanc) face à l’Anglais Palmer, lors de la
finale du Mondial des clubs au stade MetLife du New Jersey, le 13 juillet.
Les tenants du titre retrouvent, ce mercredi, en huitième de finale de la compétition européenne, les Londoniens qui les ont battus il y a neuf mois en finale de la Coupe du monde des clubs. Et qui leur ont fait perdre le fil d’une superbe que l’institution pariesienne tente deouis de retrouver
11 Mar 2026 - Libération
Par Grégory Schneider
Ce mercredi, le Paris-Saint-Germain accueille Chelsea en huitième de finale aller de Ligue des champions et il referme une boucle cosmique. La folle embardée parisienne de la fin de saison dernière, marquée par le titre de champion d’Europe et des cartons à répétition (trois 4-0) lors du premier Mondial des clubs, s’était en effet fracassée sur les Blues le 13 juillet au MetLife Stadium d’East Rutherford (New Jersey) en finale de cette même compétition.
Dès lors, plus rien n’a été comme avant. Précisément parce que l’équipe anglaise, elle, avait joué comme toujours. Les crachats sur les godasses des joueurs parisiens, les coups, les insultes qui tombent sur João Neves avant chaque corner et une scène ahurissante pour saluer l’entrée des tout frais champions d’Europe dans un nouveau monde : l’attaquant anglais Cole Palmer qui ordonne à son coéquipier Malo Gusto, international tricolore, de retirer le maillot d’Ousmane Dembélé, que l’ex-Lyonnais venait de troquer contre le sien après le coup de sifflet final. Gusto avait d’abord cru à une blague. Mais Palmer ne rigolait pas. Avant, pendant, après: le foot comme une bataille interminable, toujours recommencée. Le curseur d’agressivité au max et la réinstauration des frontières du club, à rebours d’un football mondialisé, ouvert de partout. Chauffée au sentiment d’appartenance, à l’insularité, à cette supériorité voulue comme culturelle (alors qu’elle est désormais économique) que les joueurs et les clubs anglais gardent toujours à portée de main. Ils savent bien qu’elle peut servir. L’équipe londonienne a changé d’entraîneur depuis cet été, des wagons de joueurs sont repartis, d’autres sont arrivés, mais ça ne change rien. A East Rutherford, Cole Palmer et Chelsea ont repris l’initiative.
Et les Parisiens courent derrière quelque chose qui les hante, dans un flou à peu près complet qui est la grande affaire de la double confrontation qui s’annonce face aux Blues. Voilà dix jours, à la veille d’un pensum (1-0) au Havre, l’entraîneur parisien Luis Enrique a, pour la toute première fois de la saison, adopté un ton rétrospectif et résigné, évoquant les absents (Neves, le milieu Fabián Ruiz, Dembélé qui n’en finit plus de revenir de blessure) comme autant de sacrifiés sur l’autel des fastes passés : «Il faut s’adapter. Comme entraîneur, tu aimerais avoir tout le monde, mais c’est impossible. On a payé le prix de ce qu’on a fait la saison dernière. Elle a conditionné celle-ci. Les joueurs ne sont pas des machines. On n’a jamais joué avec les dix joueurs [de champ, le gardien Gianluigi Donnarumma ayant été transféré l’été dernier, ndlr] de la finale de la Ligue des champions la saison dernière. Si je prends en considération le contexte, on est dans la course pour gagner la Ligue 1 et on est encore là en Ligue des champions. Mais on aimerait jouer comme l’année dernière.»
Cocktails multicolores
Le PSG est «dans la course» pour le titre national, mais «encore là» en Ligue des champions: la nuance est importante car elle raconte une campagne européenne en mode survie. Sept défaites toutes compétitions confondues cette saison, déjà quatre en 2026 et une victoire lors de leurs cinq derniers matchs de Ligue des champions, où ils se sont fait secouer comme jamais en barrage (3-2 en principauté, 2-2 au retour) par des Monégasques réduits à dix un bon tiers du temps : on se demande bien qui avait besoin de l’Asturien pour éclairer sa propre lanterne. La saison dernière, le «prix», tout ça. On a comme un doute. Pour la galerie et Luis Enrique, c’est le Mondial des clubs, achevé mi-juillet, qui a privé les Parisiens d’une préparation physique foncière tout en précipitant les deux tiers de l’équipe à l’infirmerie à un moment ou un autre cette saison, qui doit être tenue pour responsable des difficultés parisiennes. Mais d’autres clubs ont disputé cette compétition, de Chelsea au Real Madrid en passant par Manchester City, le Bayern Munich, le Benfica Lisbonne, l’Inter Milan ou l’Atlético de Madrid. Et si elle n’a pas arrangé leurs affaires, il faut élargir la focale : on parle de clubs, Paris en fait partie, disposant de cinq à vingt fois le budget des équipes qu’elles croisent le week-end et même sur le front européen (Bayer Leverkusen, Bodo Glimt, Sporting Portugal…), ce qui leur donne une immense latitude quant à la conduite de leur politique sportive ou la gestion du vestiaire. Rien n’empêchait le staff technique parisien d’envoyer une dizaine de joueurs sous les tropiques fin juillet, siroter des cocktails multicolores et méditer devant la décrépitude du soleil couchant.
Et rien n’empêchait non plus Luis Enrique de modifier son effectif en profondeur. Ou à tout le moins de l’enrichir, le milieu Warren Zaïre-Emery ayant disputé vendredi son 34e match de rang pour autant de titularisations, une donnée invraisemblable au niveau de l’engagement physique et mental requis aux altitudes où navigue l’équipe. En juillet, le coach espagnol expliquait du reste «devoir changer quelque chose pour continuer à gagner», quand il justifiait auprès de la communauté du club l’exfiltration du gardien Gianluigi Donnarumma pour laisser la place à Lucas Chevalier. Une révolution limitée à un joueur. Deux en comptant l’arrivée du défenseur ukrainien Illya Zabarnyi.
L’Ukrainien s’est noyé cet automne avant que l’ex-Lillois ne perde sa place dans le but parisien en janvier : avalés par le contexte, ces deux-là auront craqué comme les autres, peut-être même avant eux. Touché au genou voilà un mois après avoir subi une blessure à l’aine en octobre (trois semaines au frais) puis une alerte musculaire en début d’année, le champion d’Europe espagnol Fabián Ruiz, facteur d’équilibre sur la pelouse comme en dehors, n’est pas espéré avant des semaines et, selon l’Equipe, la perspective de la prochaine Coupe du monde aux Etats-Unis ne le pousse pas précisément à accélérer le mouvement. Meilleur joueur de la planète entre les mois de mars et mai, Achraf Hakimi est porté disparu, qu’il soit blessé (la cheville gauche début novembre) ou sur le terrain, sans que d’éventuelles séquelles soient en cause, c’est du moins l’avis de certains proches du vestiaire. Et Dembélé n’en finit plus de faire des allers-retours entre l’infirmerie et le terrain, où il traite les adversaires de bille en plein match tout en jetant des regards noirs sur Désiré Doué ou Khvicha Kvaratskhelia, qu’il soupçonne à mots plus ou moins couverts de jouer pour leur pomme.
DOLORISME ET NERVOSITÉ
Et comme certains de ses coéquipiers seraient volontiers partants pour en mettre une bonne au milieu portugais Vitinha, histoire de faire atterrir un joueur troisième du classement du ballon d’or en octobre et qui a longtemps porté seul – on ne va pas le lui enlever non plus –, l’équipe parisienne cet automne, c’est une drôle d’équipe qui ira ce mercredi à la rencontre du quatrième de la Premier League anglaise. Mais plus encore vers sa propre vérité : un étrange alliage de dolorisme, de nervosité et de culpabilisation à venir, celle de ne pas être après avoir à ce point été en plongeant l’Europe du football sous le choc d’une phase finale de Ligue des champions remportée 5-0.
La vérité est que ce qui se présente à ces joueurs-là est immensément difficile. «Clairement, dans le foot, quand il y a des problèmes, c’est toujours la tête qui déconnecte en premier, expliquait Luis Enrique vendredi après la défaite (1-3) contre Monaco en Ligue 1. Vous, les journalistes, il vous faut toujours une clé, une explication pour comprendre pourquoi une équipe rate certaines choses, mais c’est toujours multifactoriel. On me parle d’un manque de confiance. Mais je fais comment? La confiance, ce n’est pas quelque chose que tu achètes au Monoprix. Il faut la construire jour après jour. Oui, on est en difficulté. Mais il faut avoir l’espoir de changer ça. On arrive au moment décisif de la saison. Moi, mon rôle est d’être optimiste. Et de chercher à retrouver notre niveau.» Une dizaine de questions sont tombées ce soir-là.
L’entraîneur parisien en a rejeté un tiers, sur la notion de confiance ou l’importance de Dembélé par exemple. On a été frappé par son attitude. Alors que les questions étaient plutôt amènes, dans le droit fil d’une soirée où le public du Parc des princes avait constamment soutenu son équipe quand celle-ci se faisait trimbaler par les joueurs monégasques, Luis Enrique avait surjoué l’opposition, s’énervant tout seul. Comme s’il pédalait dans le vide. Le flou est là. Qu’est-ce qu’on leur demande au juste ? De durer un peu dans la compétition? D’aller chercher un nouveau titre ?
Certainement pas: les difficultés rencontrées cette saison, unanimement considérées comme le prix à payer – physique, mental, en termes de statuts aussi, puisque celui des joueurs a changé, les poussant à l’individualisme – de la fantastique saison dernière, les exonèrent plus qu’elles ne les accablent. Même Luis Enrique se résout désormais à faire passer le message, alors qu’il s’est longtemps arc-bouté sur l’espoir de retrouver les blessés et une sorte de déclic, la théorie dite de l’interrupteur (off-on). Le coach espagnol a cessé d’y croire. Du reste, ce n’est pas contradictoire avec le fait de sortir Chelsea. Mais il faut trouver un chemin différent. Exister autrement.
Et cette histoire-là appartiendra aux joueurs. Etant entendu que ceux-ci sont un peu perdus dans le paysage, se sachant à la fois moins forts individuellement, moins soudés et plus attendus par un contingent anglais qu’ils avaient rincé en Ligue des champions la saison passée, Liverpool pouvant se dresser sur leur route au tour suivant en cas de succès en huitième de finale. Le PSG rendu à ses fragilités, on n’aurait pas misé lourd là-dessus à la veille du grand tournant, cette foutue finale du Mondial des clubs contre Chelsea à East Rutherford. Puissent les retrouvailles avec Cole Palmer et consorts leur permettre de trouver l’acrimonie et la hargne qui étaient dans le camp d’en face ce jour-là.

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