Lenny Martinez: « J’ai pas mal changé, je ne suis plus le petit jeune »
Lenny Martinez a remporté la dernière étape de Paris-Nice devant Jonas Vingegaard, récompensant ainsi un hiver où il a passé un cap mentalement.
"Je cherchais cette victoire depuis le début de saison,
et la gagner devant Jonas en faisant un raid solitaire avec lui, c’est encore plus beau"
- LENNY MARTINEZ
16 Mar 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
NICE - Il y a un an, au soir de la dernière étape de Paris-Nice, Roman Kreuziger avait loué la première victoire de Lenny Martinez en World Tour, à La Côte Saint-André, tout en glissant quelques avertissements à l’encontre d’un coureur talentueux mais parfois trop tendre ou trop désinvolte. Un an plus tard, le directeur sportif de Bahrain Victorious, devant le même car, dessinait un autre Lenny Martinez.
Douze mois en accéléré résumés en quelques phrases: « On a appris à le connaître un peu mieux. C’est important de voir qu’il a confiance en l’équipe, qu’il suit bien les choses. Pour moi, le plus fondamental est de voir comment il a grandi en tant que personne. Il est différent. Il a fait une super saison l’année dernière et cette année encore il a bien démarré. Et là, il a remporté une très belle victoire. » Parti dans la roue de Jonas Vingegaard dans la dernière ascension avant de plonger sur Nice, le Cannois de 22 ans s’est imposé au sprint, malin comme tout, presque tacticien par moments, donnant quelques relais dans la pente mais sans trop en faire.
En un an, le garçon formé chez Groupama-FDJ a gagné quatre fois en World Tour (deux étapes de Paris-Nice, une au Dauphiné, une en Romandie) mais c’est cet hiver qu’une bascule semble s’être opérée.
Et qui, au regard de son tempérament, méritera d’être observée et validée sur la durée. « Je pense que j’ai pas mal changé en tant qu’homme, je ne suis plus le petit jeune, confiait-il à L’Équipe, assis sur une chaise pliante sous le soleil de Barbentane, une heure avant le départ de la sixième étape vendredi. Je serai encore quelqu’un d’autre à 27-28 ans mais aujourd’hui je trouve que j’ai énormément changé en un an. »
« Je savais qu’il n’était pas encore tout à fait formé, ce n’était pas encore un adulte, il avait besoin d’un an de plus, certifie Miguel Martinez, son père, présent sur ParisNice au sein de l’encadrement de Bahrain. Cet hiver, j’ai senti un changement radical. »
Tout le monde s’accorde à dire q u e l a co mpréhensi o n e st meilleure avec ses coéquipiers, qu’il comprend mieux le système, échange encore plus avec Kreuziger et parle davantage anglais. « Il a pris de la maturité et passé un cap mentalement, approuve son agent, Dries Smets. Ses victoires en World Tour lui ont permis de renforcer son côté leader dans l’équipe. Il gère de mieux en mieux les rapports avec ses équipiers, qui n’ont pas peur de se battre pour lui. » « J’ai beaucoup évolué, reprend le vainqueur d’hier. Je me sens plus fort sur le vélo et surtout mentalement j’ai progressé, je me forge de plus en plus chaque année. » Cette saison, il n’a pas encore connu de coups de moins bien dévastateurs, commeceuxdeParisNice, du Dauphiné ou du Tour de France en 2025.
« C’est une grande différence, parce que j’ai appris, je suis plus fort en course. J’étais presque tous les jours bien sur ce Paris-Nice, appréciait le Français hier soir. Et quand j’étais un peu moins bien, cela se voyait beaucoup moins que l’an dernier. J’étais déjà fier de m’être accroché, ne pas avoir craqué comme cela aurait pu être le cas avant. »
Son père en est aussi persuadé: « Cette année, je ne pense pas qu’on verra de « on/off » chez Lenny, il a passé un cap. On l’a aussi remarqué dans ses statistiques d’entraînement et dans son envie. Il est plus fort que l’année passée, on a tous hâte de voir ce que ça va donner. » « Je le sens très ambitieux. Je suis curieux de voir comment il va se développer. Il est regardé un peu différemment par tout le monde, prolonge son agent. Avant, sur une belle étape, on se disait que c’était peut-être pour lui, éventuellement, et maintenant on le classe comme un favori. C’était un énorme talent, avec plein de qualités, maintenant c’est devenu un vainqueur. »
Un tueur au sang-froid sur des étapes ciblées mais aussi un coureur qui se découvre quelques sentiments pour le général. « Lenny peut jouer le général, à commencer par ici à Paris-Nice, disait son père en milieu de semaine. L’an dernier, il en parlait mais il n’était pas sûr de lui. Là, il m’a dit : “Papa, je peux faire le général”. » Il a ainsi terminé 5e à Nice et deuxième Français derrière Kévin Vauquelin.
« J’étais content de jouer le général cette semaine, mais il me manquait un petit truc, ce petit peps de jouer la gagne, soutenait Lenny Martinez hier. Je cherchais cette victoire depuis le début de saison, et la gagner devant Jonas en faisant un raid solitaire avec lui, c’est encore plus beau. » En un an, tout est devenu plus beau. Et plus solide dans la tête.
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Les Français en force
16 Mar 2026 - L'Équipe
Y.H., à Nice
Quatre coureurs dans le top 10 (Kévin Vauquelin 4e, Lenny Martinez 5e , Mathys Rondel 8e et Alex Baudin 9e ), huit si l’on élargit au top 20 : les Français ne se sont pas cachés pendant cette édition de Paris-Nice. Au lendemain de la victoire de Dorian Godon (Ineos Grenadiers, photo à droite au côté de Kévin Vauquelin) lors de l’étape tronquée vers Isola Village, le succès de Martinez (Bahrain-Victorious), hier lors de l’ultime étape, gonfle encore un peu plus le bilan. Les Tricolores auraient même pu espérer un podium au général, Vauquelin ayant échoué à 19 secondes de Georg Steinhauser (EF Education-Easy-Post). Le rabotage de l’étape de samedi a porté préjudice au puncheur d’Ineos Grenadiers, qui aurait pu faire des différences sur le parcours initialement prévu. Le Normand n’a pas non plus été verni, mercredi, dans l’étape qui menait à Uchon, balancé dans un champ par un adversaire, ce qui l’a obligé à chasser toute la journée. Mais son directeur sportif, Imanol Erviti, souriait de « cette médaille en chocolat. C’est un bon début en vue des prochaines courses. Il a beaucoup de qualités et il va les montrer. Kévin, c’est un grand coureur et un beau coureur par son attitude. À Isola, il a contribué à la victoire de Dorian (Godon) chapeau ! » Le vainqueur du jour, lui, estimait que cette émulation les poussait « inconsciemment à faire les choses encore mieux. On vit un truc de fou avec la génération qui arrive. »
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