L’inde, un géant qui rêve des Jeux olympiques de 2036


Vue d’artiste du complexe sportif prévu pour les JO de 2036 s’étendant 
sur près de 140 hectares, le long du fleuve Sabarmati, à Ahmedabad.

Autour de la mégalopole d’ahmedabad, le pays au 1,46 milliard d’habitants avance ses pions pour développer sa candidature.

« Ahmedabad combine des installations modernes avec une efficacité administrative 
et une forte identité culturelle. 
Les Jeux du Commonwealth de 2030 serviront de répétition générale à grande échelle » 
   - P. T. Usha présidente de l’Association Olympique Indienne

« Les Jeux inspireraient les jeunes Indiens, 
renforceraient l’unité nationale et 
démontreraient que l’excellence est accessible à tous, 
indépendamment du milieu social ou de la situation géographique »
   - P. T. Usha

Romain Schneider 
20 Mar 2026 - Le Figaro

C’est une incongruité à chasser. L’inde se présente aujourd’hui comme la première puissance démographique mondiale, avec 1,46 milliard d’habitants, dont un quart a entre 15 et 29 ans. Le pays, qui représente près de 18% de la population mondiale, attend pourtant toujours son heure pour accueillir le plus grand événement sportif mondial. La Chine, sa voisine, a été pays hôte à deux reprises (JO d’été en 2008 et JO d’hiver en 2022). Considérée comme la quatrième ou la cinquième économie mondiale, l’inde met désormais tout en oeuvre pour assouvir son rêve olympique et chasser les doutes autour de sa capacité à organiser un événement de cette ampleur. Au coeur du parc de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris, le pays avait pris ses quartiers durant les JO 2024, pour une intense campagne de lobbying. En opération séduction.

Pour l’heure, mis à part son sport roi, le cricket, sa culture sportive reste très limitée. En cent ans de participation aux JO, l’inde n’a ainsi récolté que trente-cinq médailles - dont dix seulement en or. La culture sportive, les entraîneurs de haut niveau, les infrastructures et le sponsoring lui font - à ce jour - défaut. Le chantier sportif reste colossal. Sa star du javelot Neeraj Chopra, médaille d’or olympique (2021) et du monde (2023), s’est contentée de l’argent à Paris, et l’inde a terminé à une très modeste 71e place au classement des nations avec seulement six médailles et aucun titre… Mais ses dirigeants se veulent confiants : « L’inde a pour ambition de figurer parmi les dix premiers pays au classement des médailles olympiques d’ici 2036», annonce ainsi au Figaro Pilavullakandi Thekkeparambil, dite « P. T. Usha », la présidente de l’association olympique indienne (IOA), l’équivalent du CNOSF. À l’occasion du centenaire de son indépendance, le pays viserait même le top 5 en 2047.

Des voeux pieux ? Une certitude : le sport prend en Inde une place croissante au sein de la société et le pays se présente désormais comme l’un des marchés sportifs à la croissance la plus rapide au monde avec un taux annuel moyen (TCAM) projeté jusqu’en 2030 de 10 % à 12 %, presque deux fois le taux de croissance du PIB. Longtemps le ministère des Sports a peu investi pour construire et entretenir des infrastructures sportives dignes de ce nom. De l’histoire ancienne. Le gouvernement, en collaboration avec le Comité national olympique indien et les fédérations sportives nationales, veut changer la donne avec un budget sans précédent consacré au sport. De grandes entreprises privées sont entrées en jeu. Le groupe JSW, géant de l’acier, sponsor maillot de la délégation olympique indienne, possède par exemple son équipe d’athlètes, dont les meilleurs étaient sélectionnés à Paris.

«Le premier ministre (Narendra Modi, NDLR) a personnellement et constamment défendu l’objectif de transformer l’inde en une superpuissance sportive mondiale, en en faisant un pilier essentiel de la stratégie nationale Viksit Bharat 2047 (pour une « Inde développée 2047, projet axé sur le développement et la modernisation du pays), assure P. T. Usha. L’ambition d’accueillir les Jeux s’inscrit dans une stratégie menée par le gouvernement, en étroite coordination avec l’association olympique et les gouvernements des États. Elle s’appuie sur des investissements soutenus dans le sport de masse, la performance de haut niveau, la réforme de la gouvernance et le développement des infrastructures. Il ne s’agit pas d’une ambition motivée par un événement ponctuel mais d’un projet à long terme conçu pour laisser un héritage sportif et social durable (…). Au cours de la dernière décennie, le budget consacré au sport a augmenté d’environ 250 %. Les investissements se concentrent sur des stades de classe mondiale, des centres d’entraînement de haut niveau, des systèmes numériques de gestion des athlètes et des installations dédiées aux sciences du sport. »

Le projet olympique et paralympique est principalement focalisé sur Ahmedabad, mégapole de 6 millions d’habitants, capitale du Gujarat (nord-ouest), État natal du premier ministre. La ville sera l’hôte de l’événement du centenaire des Jeux du Commonwealth en 2030. L’équivalent de près de 500 millions d’euros sera investi pour assurer la construction du complexe sportif Sardar Vallabhbhai Patel s’étendant sur près de 140 hectares, le long du fleuve Sabarmati, autour du monumental Narendra Modi Stadium de 132000 places, la plus grande enceinte de cricket au monde, autour duquel sera prochainement construit un parc olympique, avec notamment un stade dédié à l’athlétisme et au football (50 000 places), un vélodrome (5 000 places), un stade de hockey sur gazon (15 000 places), une arène multifonctionnelle (12 000 places) et un centre aquatique. Ces infrastructures seraient évidemment réutilisées en 2036 si l’inde obtenait les Jeux, mais ce n’est pas leur vocation première, assure-t-on.

« Ahmedabad est devenue le pilier central de la vision sportive de l’inde, confirme P. T. Usha. C’est l’une des régions métropolitaines qui connaissent la croissance la plus rapide du pays et qui bénéficient d’une forte coordination institutionnelle entre le gouvernement indien et celui du Gujarat. D’importants investissements sont en cours dans les domaines des transports, de l’urbanisme, de la durabilité et des infrastructures sportives. Ahmedabad combine des installations modernes avec une efficacité administrative et une forte identité culturelle (…). Les Jeux du Commonwealth de 2030 serviront de répétition générale à grande échelle. Ils permettront à l’inde de tester les structures de gouvernance, la logistique et la coordination avec les fédérations internationales dans des conditions réelles. »

Comme «galops d’essai», le pays sera l’hôte des championnats du monde en salle d’athlétisme en 2028 (annonce faite par la fédération internationale, jeudi) avant de recevoir en 2029 les Jeux mondiaux des policiers et pompiers. En 2030, l’inde tentera aussi et surtout de faire oublier l’échec des Jeux du Commonwealth de Delhi en 2010, qui avaient été marqués par des retards, des dépassements de coûts et des soupçons de mauvaise gestion voire de franche corruption : « Les Jeux de 2010 ont été une expérience formatrice, confie toutefois P. T. Usha. Depuis lors, les capacités institutionnelles, les normes de transparence et les cadres de gestion de projet de l’inde ont considérablement évolué. Pour 2030, les structures de planification sont mises en place tôt, avec une responsabilité claire et une coopération étroite avec la Fédération des Jeux du Commonwealth. L’accent est aujourd’hui mis sur la crédibilité, l’efficacité et les meilleures pratiques internationales. »

Bien que les contrôles et la sensibilisation aient été renforcés, le problème du dopage reste par exemple encore important. Un rapport de 2023 de l’agence mondiale antidopage indiquait que l’inde avait le taux le plus élevé de tests positifs pour des substances interdites dans le sport… « L’inde reconnaît la gravité des conclusions de L’AMA de 2023 et a réagi en mettant en oeuvre des réformes décisives, assure P. T. Usha. En 2024, le gouvernement indien a promulgué une loi antidopage complète qui renforce les mécanismes de contrôle, d’enquête, d’éducation et de conformité. Cette législation garantit l’indépendance opérationnelle de l’agence nationale antidopage, élargit les programmes d’éducation des athlètes et des entraîneurs et renforce la coopération avec L’AMA. L’accent est clairement mis sur la prévention, la transparence et l’intégrité scientifique.»

L’expérience l’a montré, les Jeux peuvent être l’occasion d’un formidable coup d’accélérateur pour le développement du sport dans le pays organisateur. L’inde n’avait pas jusqu’à présent utilisé le sport en tant que soft power comme la Chine ou la Russie. Selon la dirigeante, les JO représentent la plus grande opportunité pour le mouvement olympique d’attirer une nouvelle génération d’athlètes et de spectateurs : « L’inde a toujours considéré le sport avant tout comme un outil de développement social plutôt que comme un moyen de projection géopolitique, nuance la présidente de l’association olympique indienne. Cela dit, cette approche évolue. L’organisation d’événements internationaux, la mise en place de partenariats institutionnels et le renforcement des échanges entre athlètes renforcent naturellement notre présence sur la scène mondiale. Tout soft power découlant des succès sportifs sera une conséquence de la construction nationale, et non son objectif. »

Et si l’inde monte irrésistiblement en puissance, 75 millions de personnes vivent encore sous le seuil d’extrême pauvreté dans un pays où le système de castes ralentit la mobilité sociale. Selon un rapport Deloitte de 2024, 10,5 millions d’emplois seront créés d’ici 2030. Selon P. T. Usha, il y aurait un avant et un après les JO : « Les Jeux inspireraient les jeunes Indiens, renforceraient l’unité nationale et démontreraient que l’excellence est accessible à tous, indépendamment du milieu social ou de la situation géographique. L’héritage serait durable : un écosystème sportif plus solide, des communautés en meilleure santé et une Inde plus confiante et plus engagée sur la scène internationale. Ils seraient source de transformation. Ils accéléreraient le développement des infrastructures, renforceraient la mobilité urbaine et élargiraient l’accès aux installations sportives dans tout le pays. Ils créeraient des emplois, stimuleraient le tourisme et favoriseraient l’innovation dans de nombreux secteurs. L’impact social est tout aussi important. »

Si le CIO n’a pas encore révélé de calendrier pour l’attribution de l’édition 2036, l’inde n’est pas la seule ambitieuse. D’autres candidatures, plus ou moins avancées, se bousculent, dont l’afrique du Sud, la Turquie, la Hongrie, le Qatar ou l’arabie saoudite… Une évidence : l’inscription du cricket au programme des Jeux de Los Angeles, en 2028, témoigne de l’intérêt porté au marché indien par le CIO (qui a désigné Brisbane pour les JO de 2032). Et si le pays décrochait son graal, il serait la quatrième nation asiatique à avoir cet honneur, après le Japon, la Corée du Sud et la Chine.

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