L’athlé a tant besoin de lui


De retour à Torun, où il avait battu son premier record du monde en 2020, Armand Duplantis aborde les Mondiaux en salle avec un statut inédit. Par sa domination, sa régularité et son image, il s’est imposé comme la figure centrale d’un athlétisme en quête de star.

“Bubka, c’était la cible. 
Mondo n’est la cible de personne"
   - PHILIPPE D’ENCAUSSE, 
     ENTRAÎNEUR DE THIBAUT COLLET

20 Mar 2026 - L'Équipe
ANNABELLE ROLNIN

TORUN (POL) – C’est là, le 8 février 2020, sur la piste bleue de l’Arena Torun, que l’ère Duplantis a débuté. Avant que le monde ne bascule dans la pandémie de Covid-19, et aussi, à l’échelle de l’athlétisme, dans une nouvelle dimension aux limites élastiques. À 20 ans, « Mondo » battait son premier record du mond e (6,17 m) dans la ville polonaise. Six ans plus tard, il revient dans le même cube anthracite pour les Mondiaux en salle, avec quelques kilos de muscles en plus et, surtout, un statut bien différent: celui de l’une des figures centrales de l’athlétisme mondial.

À l’heure où les disciplines peinent parfois à installer des hiérarchies durables, le Suédois, double champion olympique et détenteur des meilleures performances de l’histoire, fait exception. Dans le paysage actuel, peu d’athlètes cumulent à la fois l’invincibilité, les records et la capacité à produire des moments attendus par tout un stade. Noah Lyles, champion olympique du 100 m et quadruple champion du monde du 200 m, ne détient aucun record du monde et peut perdre en Championnat ou en meeting. Battu sur 60m aux sélections américaines, il n’est d’ailleurs pas du voyage en Pologne.

Le premier à tenir ce rôle depuis Bolt

Jakob Ingebrigtsen est, lui aussi, l’un des visages les plus connus de son sport. Le Norvégien brille sur 1500m et 5000m, mais reste exposé à la défaite. Sydney McLaughlin-Levrone, peut-être la seule comparable, domine outrageusement le 400 m haies, mais court peu et reste une figure plus discrète.

Il n’est pas donné à tout le monde de dépasser le cadre d’une discipline pour incarner un sport aux yeux du grand pub l i c . L e d e r n i e r à a v o i r o c - cupé pleinement ce rôle reste Usain Bolt. Pendant près d’une décennie, le Jamaïcain a concentré sur lui seul l’attention de l’athlétisme mondial, entre records du monde et domination sans partage sur 100 m et 200 m. Depuis sa retraite en 2017, le sport cherche une figure capable de susciter la même attente, audelà des seules performances. Et Duplantis coche de plus en plus de cases.

« Tout le monde le connaît, même les gens qui ne sont pas hyper amateurs d’athlé, observe Marie-Julie Bonnin, championne du monde en salle de la perche. Il prend un peu le relais d’Usain Bolt. » Même constat de la part de Wilhem Belocian: « Il commence à devenir le nouveau visage de l’athlé. C’est très rare que les records du monde tombent aussi régulièrement. » Cette régularité finit par susciter aussi quelques sourires chez ses pairs. « Entre athlètes, on se dit: qu’il batte les records du monde, qu’il fasse le plus gros saut et qu’on n’en parle plus!, rigole Belocian. Qu’il fasse 6,40 m directement et on en finit avec ça. Tu plies le game et c’est tranquille!

Si l’on élargit à l’échelle du sport mondial, les dominations comparables sont rares. Celle du cycliste Tadej Pogacar sur les grandes courses à étapes s’en rapproche par son caractère écrasant, tout comme celles du nageur Léon Marchand ou, plus tôt, de figures comme Michael Phelps ou Serena Williams. Mais peu d’athlètes disposent, comme le Suédois, de cette capacité à transformer presque chaque apparition en événement mesurable, avec une référence absolue, le record du monde, toujours en ligne de mire.

Dans un athlétisme régulièrement marqué par l’ombre du dopage, il incarne en outre une domination limpide, portée par la régularité des performances et une image largement positive. Dans le monde de Mondo, chaque meeting devient un rendezvous potentiel avec l’histoire. Au point que les compétitions qu’il choisit –– et qui font l’effort financier de l’inviter – se construisent autour de la perspective de le voir repousser encore les limites horaires tardifs, mise en scène des dernières tentatives.

« Il y a une volonté des organisateurs de le mettre dans les meilleures conditions, observe Renaud Lavillenie. Des petits détails qui font que tu passes la barre de plus. » Une domination jusque dans les détails, mais qui interroge aussi la nature même de la concurrence. « J’ai sauté avec (Sergueï) Bubka toute ma carrière, souligne Philippe d’Encausse, ancien international et coach de

Thibaut Collet. Ce n’était pas pareil. Il perdait, il se ratait. C’était la cible. Mondo n’est la cible de personne. » Non pas que ses adversaires aient renoncé à le poursuivre, mais parce qu’il est devenu une ligne de mire plus qu’un adversaire.

En dehors des pistes, Duplantis s’est aussi construit une image à part. Profil international, personnalité accessible, omniprésence sur les circuits il incarne une génération moderne et décomplexée, loin des figures plus distantes ou verrouillées du passé. Le gamin qui sautait dans son jardin compose aujourd’hui de la musique, cultive une image simple et presque détachée, et s’inscrit dans un rapport au sport plus ouvert, plus contemporain. Et à l’heure d’ouvrir les Mondiaux en salle dans la ville où tout a commencé, l’athlétisme retrouve celui qui, depuis six ans, lui offre peut-être ce qui lui manquait le plus une star identifiable, régulière et attendue.

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