Un as ou plusieurs rois?
Quand Mathieu van der Poel (à gauche) a été repris par le peloton, dimanche,
sur In Flanders Fields, la stratégie de l’équipe Alpecin-Premier Tech
s’est orientée vers son sprinteur Jasper Philpsen (à droite).
D’une époque à l’autre, les résultats des classiques pavées répondent à plusieurs schémas tactiques, plusieurs profils d’équipes. Avec un, deux leaders, voire plusieurs cartes à jouer sur la course.
31 Mar 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX et YOHANN HAUTBOIS
COURTRAI (BEL) – L’histoire se répète souvent. La formation UAE de Tadej Pogacar adopte les codes du leader unique de la garde rouge de Rik Van Looy, le duo Mathieu Van der Poel-Jasper Philipsen, l’hydre à deux têtes des Quick-Step version Tom Boonen, alors que Visma-Lease a bike ressemble (un peu) à la formation Mapei des Johan Museeuw, Andrea Tafi, Gianluca Bortolami, Franco Ballerini...
De la « garde rouge » aux UAE de Pogacar
La concentration du pouvoir la plus extrême a une couleur, le rouge sang du maillot Faema dans les années 1950 et 1960, règne d’un leader unique et absolu, «le grand Rik Van Looy pour qui tous les équipiers devaient travailler» , raconte Mark Van Hamme, historien du cyclisme belge. Avec son modèle de souveraineté, l’Empereur d’Herentals a conquis deux Tours des Flandres (1959, 1962) et trois Paris-Roubaix (1961, 1962, 1965). Van Looy payait les plus fidèles « comme (Edgard) Sorgeloos, (Armand) Desmet, (Willy) Schroeders, les plus forts, qui ont fait quasiment toute leur carrière à son service, c’était le premier niveau de la “garde rouge”», selon Van Hamme. Et ces derniers mataient les ambitieux du second rideau, les jeunes talents comme Eddy Merckx, moqué et borduré à son arrivée en 1965.
Loin d’être aussi tyrannique, Tadej Pogacar a su s’entourer d’une garde aussi dévouée. « On le voit bien avec Florian Vermeersch, qui pourrait avoir ses chances sur le Tour des Flandres ou Paris-Roubaix, mais qui aura l’obligation de travailler pour son leader » , note Johan Museeuw, triple vainqueur des deux Monuments. Du fric et de la terreur, le Slovène n’a retenu que la première option pour contrôler son empire. «Le plus beau, ce sont les primes du Tour de France qu’il nous donne, a confié Tim Wellens, l’un de ses lieutenants. Il est très original avec ses cadeaux: une année, il a donné des Vespa, une fois des barbecues, des sacs… J’adore quand Tadej est avec nous sur une course, tout est mieux : l’ambiance est plus relax, on rigole beaucoup plus, on voit que le staff est encore plus motivé. » Une garde blanc et noir plus détendue mais tout aussi efficace que sa rouge devancière.
Les options multiples de Mapei puis Visma
À la fin des années 1990 et au début des années 2000, le suspense ne reposait pas sur la couleur du maillot, plutôt sur le dossard du vainqueur. Car la formation Mapei (19952000), puis plus tard Domo Farm-Frites (1995-2002), raflait tout avec ses multiples leaders, de Johan Museeuw à Gianluca Bortolami en passant par Andrea Tafi, Franco Ballerini, Tom Steels, Wilfried Peeters... En 1996, 1998, 1999 et 2001, l’équipe dirigée par Patrick Lefevere avait pris les trois premières places du podium à Roubaix. «Parce qu’il n’y avait pas d’équipe aussi forte que nous, rappelle le Lion des Flandres. À mon époque, j’étais toujours désigné comme le leader, mais on était en mesure de changer la tactique pendant la course. Si un de mes équipiers partait à l’avant, comme Servais Knaven (Paris-Roubaix 2001), on respectait la tentative.»
Le fameux «Per vincere insieme» (« On gagne ensemble» en italien) dont se souviennent encore Marc Sergeant, directeur sportif de Mapei à l’époque, et Wilfried Peeters, deux fois sur le podium au vélodrome (1998 et 1999) : «Plus on a de leaders, plus on peut gagner, on fonctionnait comme ça chez Mapei. Et la situation de la course décidait du vainqueur.» «Cela n’existe plus vraiment, remarque Sergeant. La dernière fois, c’était Jumbo il y a trois ou quatre ans, ils étaient au-dessus. » Avec Wout Van Aert au sommet accompagné de Dylan van Baarle, Tiesj Benoot, Matteo Jorgenson et Christophe Laporte. Mais les «Frelons» comptent toujours du beau monde pour suppléer le Belge qui revient en forme, avec Christophe Laporte et Matthew Brennan.
Une deuxième lame comme Quick-Step et Alpecin
Chez Alpecin-PremierTech, le scénario de In Flanders Fields, dimanche, dessine assez bien la stratégie: tout pour Mathieu van der Poel et, si le scénario déraille, Jasper Philipsen est en embuscade, note Frederik Willems, ancien jeune coureur Mapei aujourd’hui directeur sportif du duo. «Notre équipe se construit autour d’eux, avec des équipiers très forts, baroudeurs. Un gars comme Silvan Dillier est capable de rouler seul pendant 150 km. Ensuite, on a de vrais pilotes pour placer nos leaders dans les secteurs comme Jonas (Rickaert) et Michael (Gogl). »
L’équipe Quick-Step version Tom Boonen fonctionnait ainsi selon Peeters: « Les trois quarts des succès étaient avec Tom mais on gagnait aussi avec Niki Terpstra et Stijn Devolder. C’est la grande force tactique des équipes, toujours avoir un autre leader.» Sylvain Chavanel avait expliqué, en 2021, à propos du Ronde 2011, avoir été «un peu plus qu’un lieutenant de Boonen (…) Je pouvais jouer ma carte en fonction du scénario de course. (…) La veille au soir, on avait eu droit au briefing traditionnel des directeurs sportifs mais Patrick Lefevere (le manager) était aussi intervenu. J’avais senti dans son discours qu’il comptait sur moi ». Van der Poel est plutôt partageur et Peeters se rappelle que Boonen était du même bois: «Il respectait beaucoup ses équipiers et eux n’étaient pas jaloux. » Certains ont même appris à ses côtés comme Philippe Gilbert, estime Peeters, aujourd’hui directeur sportif de Soudal-Quick-Step: «Il savait que pour gagner une classique, il devait venir chez nous, même s’il y avait Tom, son concurrent qui allait devenir son collègue.» Boonen initia ainsi la victoire de Gilbert dans le Ronde en 2017 en attaquant dans le mur du Grammont avant de le laisser s’envoler dans le Quaremont.
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Quando domenica Mathieu van der Poel (a sinistra) è stato ripreso dal gruppo,
alla In Flanders Fields (l'ex Gand-Wevelgem, ndr), la strategia della Alpecin-Premier Tech
si è concentrata sul proprio velocista Jasper Philpsen (a destra).
Un asso o più re?
Da un’epoca all’altra, i risultati delle classiche sul pavé rispondono a diversi schemi tattici e a vari profili di squadra. Con uno, due leader, o addirittura più carte da giocare in gara.
31 mar 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX e YOHANN HAUTBOIS
KORTRIKE (BEL) – La storia spesso si ripete. La UAE di Tadej Pogacar adotta i codici del leader unico della “guardia rossa” di Rik Van Looy, il duo Mathieu van der Poel-Jasper Philipsen, l'idra a due teste della Quick-Step versione-Tom Boonen, mentre la Visma-Lease a bike assomiglia (un po') alla formazione Mapei di Johan Museeuw, Andrea Tafi, Gianluca Bortolami, Franco Ballerini...
Dalla «Garde Rouge» alla UAE di Pogacar
La concentrazione di potere più estrema ha un colore, il rosso sangue della maglia Faema degli anni ’50 e ’60, regno di un leader unico e assoluto, «il grande Rik Van Looy, per il quale tutti i compagni di squadra dovevano lavorare», racconta Mark Van Hamme, storico del ciclismo belga. Con il suo modello di sovranità, l’Imperatore di Herentals ha conquistato due Giri delle Fiandre (1959, 1962) e tre Parigi-Roubaix (1961, 1962, 1965). Van Looy ricompensava i più fedeli «come (Edgard) Sorgeloos, (Armand) Desmet, (Willy) Schroeders, i più forti, che hanno trascorso quasi tutta la loro carriera al suo servizio, erano il primo livello della “guardia rossa”», secondo Van Hamme. E questi ultimi tenevano a bada gli ambiziosi della seconda fila, i giovani talenti come Eddy Merckx, deriso e ostacolato al suo arrivo nel 1965.
Lungi dall’essere così tirannico, Tadej Pogacar ha saputo circondarsi di una guardia altrettanto devota. «Lo si vede bene con Florian Vermeersch, che potrebbe avere delle possibilità al Giro delle Fiandre o alla Parigi-Roubaix, ma che avrà l’obbligo di lavorare per il suo leader», osserva Johan Museeuw, tre volte vincitore di entrambe le Monumento. Tra soldi e terrore, lo sloveno ha scelto solo la prima opzione per controllare il proprio impero. «La cosa più bella sono i premi del Tour de France che ci dà», ha confidato Tim Wellens, uno dei suoi luogotenenti. «È molto originale con i suoi regali: un anno ha regalato delle Vespa, un’altra volta dei barbecue, delle borse… Adoro quando Tadej è con noi in gara, tutto è migliore: l’atmosfera è più rilassata, si ride molto di più, si vede che lo staff è ancora più motivato». Una guardia in bianco e nero più rilassata ma altrettanto efficace della sua antesignana in rosso.
Le numerose opzioni della Mapei e poi della Visma
Alla fine degli anni ’90 e all’inizio degli anni 2000, la suspense non riguardava il colore della maglia, bensì il numero di pettorale del vincitore. Infatti la Mapei (1995-2000), poi divenuta Domo Farm-Frites (1995-2002), dominava con i suoi numerosi leader, da Johan Museeuw a Gianluca Bortolami, passando per Andrea Tafi, Franco Ballerini, Tom Steels, Wilfried Peeters... Nel 1996, 1998, 1999 e 2001, la squadra guidata da Patrick Lefevere aveva conquistato i primi tre posti sul podio a Roubaix. «Perché non c’era alcuna squadra forte come la nostra», ricorda il Leone delle Fiandre. «Ai miei tempi, ero sempre designato come leader, ma eravamo in grado di cambiare tattica durante la gara. Se uno dei miei compagni partiva in testa, come Servais Knaven (Parigi-Roubaix 2001), rispettavamo il tentativo».
Il famoso «2win2gether - Per vincere insieme» che ancora ricordano Marc Sergeant, all’epoca direttore sportivo della Mapei, e Wilfried Peeters, due volte sul podio al velodromo (1998 e 1999): «Più leader abbiamo, più possibilità abbiamo di vincere: alla Mapei funzionava così. E la situazione della gara decideva il vincitore.» «Non esiste più davvero, osserva Sergeant. L’ultima volta è stata la Jumbo (l'attuale Visma-Lease a bike, ndr) tre o quattro anni fa, loro erano al di sopra». Con Wout Van Aert al vertice accompagnato da Dylan van Baarle, Tiesj Benoot, Matteo Jorgenson e Christophe Laporte. Ma i «Frelons» (i Calabroni, ndr) hanno ancora ottimi corridori per sostituire il belga che sta tornando in forma, con lo stesso Laporte e con Matthew Brennan.
Una seconda linea d’attacco come Quick-Step e Alpecin
Alla Alpecin-Premier Tech, lo scenario della In Flanders Fields, domenica scorsa (29 marzo 2026, ndr), delinea abbastanza bene la strategia: tutti per Mathieu van der Poel e, se lo scenario deraglia, è in agguato Jasper Philipsen, osserva Frederik Willems, ex giovane corridore Mapei oggi direttore sportivo del duo. «La nostra squadra si costruisce attorno a loro, con gregari molto forti, battaglieri. Un ragazzo come Silvan Dillier è in grado di pedalare davanti per 150 km. Poi, abbiamo dei veri lead-out per posizionare i nostri leader nei settori come Jonas (Rickaert) e Michael (Gogl)».
Secondo Peeters, la Quick-Step dell’èra-Tom Boonen funzionava così: «Tre quarti dei successi erano con Tom, ma vincevamo anche con Niki Terpstra e Stijn Devolder. È questa la grande forza tattica delle squadre: avere sempre un altro leader». Sylvain Chavanel aveva spiegato, nel 2021, a proposito della Ronde del 2011, di essere stato «un po’ più di un gregario di Boonen (…) Potevo giocare la mia carta a seconda dello scenario di gara. (…) La sera prima, avevamo assistito al tradizionale briefing dei direttori sportivi, ma era intervenuto anche Patrick Lefevere (il manager). Avevo percepito dal suo discorso che contava su di me». Van der Poel è piuttosto generoso e Peeters ricorda che Boonen era della stessa pasta: «Rispettava molto i suoi compagni di squadra e loro non erano invidiosi». Alcuni hanno persino imparato al suo fianco, come Philippe Gilbert, ritiene Peeters, oggi direttore sportivo della Soudal-Quick-Step: «Sapeva che per vincere una classica doveva venire da noi, anche se c’era Tom, il suo rivale che sarebbe diventato suo compagno». Boonen ha così dato il via alla vittoria di Gilbert nella Ronde nel 2017 attaccando sul muro del Grammont prima di lasciarlo volare via sul Kwaremont.

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