FERRAND-PRÉVÔT À l’assaut de son Monument préféré
Pauline Ferrand-Prévôt devant Lotte Kopecky et Liane Lippert,
lors de la dernière édition du Tour des Flandres, le 6 avril 2025.
Un an après avoir effleuré une victoire surprise pour son retour sur la route, la Rémoise sera présente aujourd’hui sur le Ronde avec la pression d’une leader favorite, sentiment qu’elle chérit.
“J’aime la pression, le stress, le chaos, tout '' PAULINE FERRAND-PRÉVÔT
“J’ai un peu mon petit circuit dans la tête comme dans « Mario Kart » M'ARG'AUX VIGIÉ
5 Apr 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX
COURTRAI (BEL) – La tête rentrée dans les épaules, les yeux fixés devant sa roue sur le pavé d’après, Pauline Ferrand-Prévôt a débarqué dans le Vieux Quaremont sans équipière ni véhicule suiveur, vendredi midi. « Je crois avoir cela depuis toute petite. J’ai toujours aimé être seule sur mon vélo » , confiaitelle en début d’année. Dans son monde, discrète et imperméable, pour mieux s’imprégner des aspérités du mont le plus long (2200 m) du Tour des Flandres, en théorie celui qui convient le plus à sa force de vététiste et où elle s’était détachée avec Liane Lippert et Lotte Kopecky, l’an dernier, avant de s’incliner derrière la Belge au sprint.
« Sa deuxième place était assez inattendue pour nous, on pensait plus à Marianne (Vos) pour une course comme ça, se remémore Jan Boven, le directeur sportif de Visma-Lease a bike. Elle a montré qu’elle était capable de gagner la course, on ne le savait pas. Donc la pression sera différente cette année. » Sortie cette semaine de son ermitage en altitude dans la foulée des Strade Bianche (29e après un problème mécanique et une erreur d’aiguillage de l’organisateur), Ferrand-Prévôt retrouve un collectif privé de Vos (raisons familiales) et n’aura pas d’autre choix que de porter seule les attentes de son équipe, aujourd’hui. La Rémoise de 34 ans a assimilé ce nouveau statut et s’en nourrit. « On sent dans l’équipe que c’est une course si importante, et ce sentiment d’avoir la pression, je l’aime beaucoup » , a-t-elle expliqué début mars.
Marquée par des concurrentes attentistes lors de son échec aux Championnats du monde à Kigali (16e) en septembre, la vainqueure du dernier Tour de France admet qu’il lui « a fallu du temps pour digérer tout ça » , l’endossement d’un nouveau rôle. « Il m’a fallu un déclic, et maintenant je me sens plus comme une favorite et leader de l’équipe, ce qui me rend plus confiante, avec une bonne pression. » Boven abonde : « Je crois qu’elle a raison, la pression et l’approche de la course seront différentes, on va courir en sachant qu’elle peut gagner. »
Le Tour des Flandres, qu’elle aborde pour la 8e fois de sa carrière, ressemble à une ambition majeure aussi pour les souvenirs d’enfance qu’il convoque, un rapport intime à ce qu’elle considère comme son Monument favori, et l’une des seules grandes épreuves (avec Liège) qui ne figurent pas encore à son immense palmarès. « C’est une course que je suis depuis toute petite, le public est dingue. J’aime la pression, le stress, le chaos, tout, décrit-elle. Tout cet ensemble la rend iconique. On peut sentir que quelque chose de gros arrive, c’est un super sentiment. »
Vainqueure du dernier Paris-Roubaix, Ferrand-Prévôt baigne aussi dans un environnement animé par le charme des Flandriennes. Au sein d’un « groupe de classiques qui s’est renforcé depuis l’an dernier, notamment avec le retour de Lieke Nooijen (3e d’À Travers la Flandre) » (Boven), la Française peut compter sur une compatriote, Margaux Vigié, capitaine de route à la connaissance sensible et parfaite du terrain. « Notre directeur sportif m’a dit de m’en servir aux briefings, note la
Toulousaine. J’arrive à me souvenir: “Tiens, là, il y a la boîte aux lettres, puis une maison blanche, après il y a cette ferme-là, ça sent à chaque fois le fumier, il y a toujours une poule.” J’ai ce genre de détails et mentalement j’arrive à resituer, j’ai un peu mon petit circuit dans la tête comme dans Mario Kart (rires). »
Adepte des reconnaissances et méthodique, Ferrand-Prévôt a certainement une connaissance précise des lieux aussi, « je n’ai pas du tout la prétention de dire que je vais apprendre quelque chose à Pauline » , insiste Vigié, mais quelques rappels, prises de parole, permettent de lui soustraire une part de charge mentale. « Des petites choses comme: “Là, on peut être calme, il n’y a pas besoin de s’affoler, c’est encore loin. Là, non, il ne faut plus traîner à l’arrière.” C’est plus ça, reprendre le plan de l’équipe et le rappeler au long de la course, plus à la voix plutôt qu’à la radio. » De quoi économiser un peu d’énergie avant la bagarre des leaders et, si possible, une envolée pour retrouver ce sentiment de solitude que FerrandPrévôt chérit sur le vélo.
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