UN RING DE BOXE
Tadej Pogacar, suivi de son coéquipier portugais Antonio Morgado,
en reconnaissance dans les monts des Flandres, vendredi.
LE RONDE VA GRONDER
Le Tour des Flandres est la promesse d’une immense bagarre aujourd’hui, mais Mathieu van der Poel, Wout Van Aert et Remco Evenepoel auront besoin d’un petit quelque chose en plus, d’un supplément d’âme, pour déboulonner le double champion du monde Tadej Pogačar.
5 Apr 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
AUDERNARDE (BEL) – Le labyrinthe des Flandres est un tunnel psychédélique dans lequel se déversent des déluges de bruit, de puissance et de violence, une apnée à partir du Koppenberg, mais c’est aussi un magnifique endroit pour une quête personnelle plus silencieuse. Là où Paris-Roubaix est une fuite en avant rectiligne, où l’on sent la poussée des forces du destin, qui s’y expriment comme sur nulle autre course de l’année, le Tour des Flandres est une introspection. Ses tortillons dessinent un recroquevillement, son piétinement autour d’Audenarde marque une hésitation, des interrogations, un tracé qui invite àsereplier, uneséance de psychanalyse à ciel ouvert et en public, au milieu des monts, ces petits bourrelets pavés sanctifiés.
Devant près d’un million de spectateurs qui eux seront là, au contraire, pour rincer les tracas du quotidien de grandes gorgées de bière, dans une session de voyeurisme gigantesque, l’auscultation de ce que les coureurs ont sous le capot et au fond du coeur. Les quatre coureurs les plus excitants du monde se sont donné rendezvous dans les Ardennes flamandes et chacun y a débarqué dans la poursuite d’un Graal intime.
La venue surprise de Remco Evenepoel en milieu de semaine a ajouté un personnage au tableau, plutôt du genre encombrant, et cette édition a ouvert tellement de tiroirs que notre cerveau s’est allumé de toutes les couleurs. Il ne faut cependant pas perdre le fil dans ce dédale et Tadej Pogačar (27 ans) en demeure le grand favori. Parce qu’il sait transformer le Ronde en ring de boxe et c’est comme cela qu’il avait brisé Mathieu van der Poel l’an passé, en le mettant dans les cordes, le pilonnant de coups, jusqu’à ce qu’il craque.
Le Néerlandais de 31 ans doit s’attendre à une nouvelle séance de matraquage et s’il ne laisse jamais rien transpirer de ses sentiments, on aimerait beaucoup savoir comment il se prépare intér i e u re me n t à subir un tel harcèlement. Le double champion du monde n’a même pas tant besoin d’une nouvelle victoire ici, l’enjeu sera beaucoup plus grand la semaine prochaine à Roubaix, si ce n’est pour réaffirmer sa suprématie et son pouvoir, voire préparer le terrain psychologique pour l’Enfer du Nord.
Van der Poel face à l’histoire,
Van Aert face à ses doutes
Son triomphe dans Milan-San Remo a été une libération et cette légèreté nouvelle va le rendre encore plus dangereux. Il continue à débroussailler des territoires qu’on pensait inaccessibles, petit bulldozer inarrêtable, et un nouveau triomphe aujourd’hui lui permettrait de laisser Roger De Vlaeminck et ses 11 Monuments dans ses rétroviseurs pour toujours, de même que de rejoindre les corecordmen des victoires dans le Tour des Flandres avec trois succès. Il maintiendrait en vie l’idée folle qu’il pourrait remporter les cinq plus grandes classiques cette année, même s’il est encore un peu tôt pour en parler avec sérieux, mais aussi rejoindre un jour Eddy Merckx et son record de 19 Monuments.
Sa quête empêche celle de van der Poel, qui lui se verrait bien devenir le seul quadruple vainqueur du Ronde. Mais le petit Poulidor a plus que des statistiques à soigner. Un affront à laver, alors que Pogacar l’exproprie sur ses terres, et on ne peut pas croire que tout cela ne fasse pas brûler en lui une vexation douloureuse. Van der Poel est un personnage central car il est le dernier résistant et certains ont vu sa flamme vaciller en ce début de saison. Il serait moins fort, mais le jury populaire a souvent l’enterrement expéditif.
Avant de faire la fine bouche, on rappellera qu’il a remporté le GP E3 après près de 70 km seul à l’avant, le vent dans le nez et tous les grognards à ses trousses. Et que sur In Flanders Fields, l’exGand-Wevelgem, qui ne changeait rien pour lui, il a joué avec les fils de Wout Van Aert, à qui il n’allait pas offrir l’opportunité de lui disputer un sprint et la victoire ainsi que l’occasion de prendre confiance à une semaine du Tour des Flandres.
L’enfant maudit de la Belgique sera une nouvelle fois rongé au départ par des questionnements sur ses malheurs, dont il aimerait savoir s’ils sont le fruit d’une puissance supérieure ou s’il en porte une part de responsabilité, de culpabilité, s’il y a donc une faute à expier, une rédemption à solliciter. À 31 ans, Van Aert est toujours en pénitence, encore crucifié mercredi par Filippo Ganna, absent aujourd’hui, dans l’ultime ligne droite d’À Travers la Flandre.
Il a semblé qu’il lui en manquait un peu pour disputer aujourd’hui la victoire à Pogačar et van der Poel, mais il pourra toujours trouver du réconfort dans l’irrationnel et se dire que le sort qui l’a si souvent fauché pourrait finir par lui sourire. À vrai dire, on ne sait même plus ce qui serait le plus beau, le culte du martyr qui jamais ne gagnera un Monument flandrien, emportera avec lui un mystère éternel, ou le chavirement d’un triomphe tardif, après les tempêtes, de ce champion dont la dignité est désarmante.
Quel pilotage pour Evenepoel sur les pavés ?
Evenepoel (26 ans) lui a en tout cas ôté un peu de pression en milieu de semaine avec l’annonce de sa participation. Que les modalités aient été dictées par le coureur luimême ou par les pulsions marketing de sa nouvelle équipe, cette sortie avec roulement de tambour aura tout de même manqué d’humilité, comme si sa présence allait modifier l’axe de rotation de la Terre, et on ne serait pas étonné que Pogačar et van der Poel aient bien envie de le lui faire payer.
Avec ce pari, le double champion olympique dévoile une forme de crise d’identité, une recherche du sens à donner à sa carrière, alors qu’il sait l’horizon assez bouché sur les grands Tours et qu’il pourrait ainsi diversifier ses domaines de chasse. Le Belge a sans conteste la puissance pour passer les monts, mais il n’a pas non plus été flamboyant en ce début de saison, et on doute pour l’instant de ses qualités de pilotage sur le pavé et de son positionnement.
Peut-il gagner? Pas sûr, mais il peut peser sur la course et son déroulement, avec un mouvement désespéré de très loin ou en organisant et en appuyant la poursuite au moment où le Slovène s’enfuira, avec ou sans van der Poel. Ce début de saison a d’ailleurs esquissé une manière un brin différente de courir derrière les monstres.
Après la résignation des derniers mois, les équipes ont retrouvé la foi en leurs chances, une rébellion nourrie par une prise de conscience, à San Remo, Harelbeke et Wevelgem, qu’il restait des cartes à jouer. À Audenarde aussi? Àvoir. Sur un parcours plus long d’une dizaine de kilomètres que les dernières années, quatre destins vont entrer en collision, dans un dédale de fureur, prêts à se mesurer à la magie du Ronde et il pourrait ne rester que des miettes d’espoir aux autres.
***
Tadej Pogačar, seguito dal suo compagno portoghese Antonio Morgado,
in ricognizione sui muri delle Fiandre, venerdì.
Un ring di pugilato
LA RONDE GRONDERÀ
Il Giro delle Fiandre è la promessa di una grande battaglia oggi, ma Mathieu van der Poel, Wout Van Aert e Remco Evenepoel avranno bisogno di qualcosa in più, di una forza d'animo-extra, per sconfiggere il due volte campione del mondo Tadej Pogačar.
5 apr 2026 - La squadra
ALEXANDRE ROOS
AUDERNARDE (BEL) - Il labirinto delle Fiandre è un tunnel psichedelico in cui si riversano diluvi di rumore, potenza e violenza, una apnea dal Koppenberg, ma è anche un luogo magnifico per una ricerca personale più silenziosa. Là dove la Parigi-Roubaix è una fuga in avanti rettilinea, nella quale si sente la spinta delle forze del destino, che vi si esprimono come in nessun'altra corsa dell'anno, il Giro delle Fiandre è un'introspezione. I suoi tornanti disegnano un ripiegamento, il suo calpestare intorno a Oudenarde segna un'esitazione, degli interrogativi, un tracciato che invita a rinnovarsi, una scena di psicanalisi a cielo aperto e in pubblico, in mezzo ai muri, quei piccoli bordelli lastricati e santificati.
Di fronte a quasi un milione di spettatori che saranno là, invece, per sciacquare i problemi della vita quotidiana con grandi sorsi di birra, in una gigantesca sessione di voyeurismo, l'auscultazione di ciò che i corridori hanno sotto il cofano e nel profondo del cuore. I quattro corridori più emozionanti al mondo si sono dati appuntamento nelle Ardenne fiamminghe e tutti vi sono sbarcati alla ricerca di un intimo Graal.
L'arrivo a sorpresa a metà settimana di Remco Evenepoel ha aggiunto un personaggio al quadro, del genere piuttosto ingombrante, e questa edizione ha aperto così tanti cassetti che il nostro cervello si è acceso di tutti i colori. Non bisogna tuttavia perdere il filo in questo labirinto e Tadej Pogačar (27 anni) resta il grande favorito. Perché sa trasformare la Ronde in un ring di pugilato ed è così che aveva fatto a pezzi Mathieu van der Poel l'anno scorso, mettendolo alle corde e picchiandolo fino a farlo crollare.
Il 31enne neerlandese deve aspettarsi un'altra seduta di pestaggio e se non lascia mai trasparire nulla dei propri sentimenti, ci piacerebbe molto sapere come si prepara a subire tali molestie. Il due volte campione del mondo nemmeno ha tanto bisogno di una nuova vittoria qui, la posta in gioco sarà molto più alta la prossima settimana alla Roubaix, se non per riaffermare la sua supremazia e il suo potere, o addirittura preparare il terreno psicologico per l'Inferno del Nord.
Van der Poel di fronte alla storia,
Van Aert di fronte ai propri dubbi
Il suo trionfo alla Milano-Sanremo è stata una liberazione e questa nuova leggerezza lo renderà ancora più pericoloso. Continua a sgomberare territori che si pensava inaccessibili, piccolo bulldozer inarrestabile, e un nuovo trionfo oggi gli permetterebbe di lasciare Roger De Vlaeminck e le sue 11 monumento negli specchietti retrovisori per sempre, così come di unirsi ai tre volte vincitori del Giro delle Fiandre. Terrebbe viva l'idea folle di poter vincere le cinque più grande classiche quest'anno, anche se è ancora un po' presto per parlarne seriamente, ma anche per raggiungere un giorno il record di Eddy Merckx di 19 monumento.
La sua ricerca impedisce quella di van der Poel, che si vedrebbe diventare l'unico quattro volte vincitore della Ronde. Ma il nipote di Poulidor ha più che delle semplici statistiche da curare. Un'onta da lavare, dopo che Pogačar lo ha espropriato del suo territorio, e non si può credere che tutto ciò non faccia bruciare in lui una dolorosa offesa. Van der Poel è un personaggio centrale perché è l'ultimo a resistergli e alcuni ne hanno visto la fiamma vacillare in questo inizio di stagione. Sarebbe meno forte, ma la giuria popolare spesso ha il funerale affrettato.
Prima di criticare, si ricorderà che ha vinto il GP E3 dopo quasi 70 km da solo in testa, con il vento in faccia e tutti i bronci alle sue spalle. E che nella In Flanders Fields, l'ex Gand-Wevelgem, che per lui non è per nulla cambiata, ha giocato con i figliocci di Wout Van Aert, ai quali non avrebbe offerto l'opportunità di disputare uno sprint per la vittoria, né l'occasione di prendere fiducia a una settimana dal Giro delle Fiandre.
Il paperino belga sarà ancora una volta tormentato all'inizio da interrogativi sulle sue disavventure, delle quali vorrebbe sapere se esse sono il frutto di un potere superiore o se ne porta (lui stesso) una parte di responsabilità, di colpa, se dunque una colpa c'è da espiare, una redenzione da sollecitare. A 31 anni, Van Aert è di nuovo in penitenza, ancora una volta crocifisso, questo mercoledì da Filippo Ganna, che oggi sarà assente, sul rettilineo finale della A Travers la Flandre.
Sembrava gli mancasse ancora un po' di tempo per giocarsi oggi la vittoria con Pogačar e van der Poel, ma potrà ancora trovare conforto nell'irrazionale e pensare che il destino che tanto spesso gli ha tolto potrebbe finire per arridergli. In verità, nemmeno si sa più quale sarebbe il più bello: il culto del martire che mai conquisterà una monumento fiamminga, porterà con sé un mistero eterno, o il rovesciamento di un tardivo trionfo, dopo le tempeste, di quel campione la cui dignità è disarmante.
Come guiderà Evenepoel sul pavé?
Evenepoel (26 anni) a metà settimana gli ha comunque tolto un po' di pressione con l'annuncio della propria partecipazione. Che le modalità siano state dettate dal corridore stesso o dalle esigenze di marketing della sua nuova squadra (la Red Bull-BORA-hansgrohe, ndr), questa uscita a tambur battente avrà comunque mancato di umiltà, come se la sua presenza dovesse modificare l'asse di rotazione terrestre, e non sarebbe una sorpresa se Pogačar e van der Poel volessero fargliela pagare.
Con questa scommessa, il bicampione olimpico (a crono e in linea a Parigi 2024, ndr) svela una forma di crisi d'identità, una ricerca del senso da dare alla sua carriera, mentre conosce l'orizzonte piuttosto chiuso sui grandi giri e potrebbe così diversificare i suoi terreni di caccia. Il belga ha la potenza per superare i muri, ma non è stato nemmeno poi così brillante all'inizio della stagione, e al momento si dubitano delle sue doti di guida della bici e di posizionamento.
Può vincere? Non è sicuro, ma può influenzare la gara e il suo svolgimento, con un'azione disperata da lontano o organizzando e sostenendo l'inseguimento nel momento in cui lo sloveno fuggirà, con o senza van der Poel. Questo inizio di stagione ha anche delineato un modo leggermente diverso di correre dietro ai mostri.
Dopo la rassegnazione degli ultimi mesi, le squadre hanno ritrovato fiducia nelle proprie possibilità, una ribellione alimentata dalla consapevolezza, a Sanremo, ad Harelbeke e a Wevelgem, che ci fossero ancora delle carte da giocare. A Oudenarde pure? Vedremo. Su un percorso più lungo di una decina di chilometri rispetto agli ultimi anni, quattro destini si scontreranno, in un labirinto di furore, pronti a sfidare la magia della Ronde e per gli altri potrebbero non restare che briciole di speranza.
Commenti
Posta un commento