Le maudit chéri des Flandres


Véritable idole de toute la Belgique, le Campinois Wout Van Aert a, depuis son début de saison, ressuscité les espoirs les plus fous dans sa quête d’un Monument flandrien.

«Sa popularité est énorme en Flandres. 
Et elle est encore en hausse avec tous ses malheurs. 
Les gens aiment la malchance»
   - MARK VAN HAMME, L’HISTORIEN DU CYCLISME BELGE  

«Il est trop gentil ! 
Il a trop travaillé pour les autres, c’est dommage pour lui. 
S’il s’était concentré sur les courses d’un jour, 
comme Roubaix ou Ronde, il aurait gagné avant '' 
   - ALESSANDRO BALLAN, VAINQUEUR DU RONDE EN 2007

«Cela lui a fait du bien que les gens séparent les deux (Van Aert et van der Poel). 
On apprécie ce qu’il fait, pour la personne qu’il est. 
On ne dit plus : « Il a gagné, oui, mais Mathieu n’était pas là »
   - PETER VAN PETEGEM, DOUBLE VAINQUEUR DU RONDE (1999, 2003)

5 Apr 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS ET LUC HERINCX

AUDENARDE (BEL) – La semaine sainte s’étire pour quelques heures encore, elle a dispersé dans les sillons fraîchement tracés des champs flandriens quelques espoirs chez les fans de Wout Van Aert, depuis sa résurrection quasi christique trois mois après sa fracture d’une cheville le 2 janvier dernier à Mol. Quand il a fendu la foule au départ de Roulers, mercredi, on a ressenti le long des barrières, tout à la fois un souffle nouveau, un murmure pudique, quelques couinements enamourés au passage de « Woutyyyy ».

Car si ses performances sur les Strade Bianche (10e) et Milan San Remo (3e) avaient déjà réveillé la magie, ses deux raids – l’un avec Mathieu van der Poel lors de Gand-Wevelgem, l’autre en solo lors d’À Travers la Flandre – ont rallumé les cerveaux et les coeurs de la fanfare des fans du Campinois. Et de ses adversaires comme Oliver Naesen, son compatriote chez Decathlon-CMA CGM: « En ce moment, il est fantastique. »

Repris et finalement battu par Filippo Ganna à Waregem, il avait rejoint le car de son équipe Visma dans une dévotion légère et impatiente. Les jonquilles des parterres en avaient fait les frais, piétinées comme les attentes avec Van Aert, ces dernières années, entre maladies, chutes, blessures. Le traumatisme n’est jamais loin, et si Peter VanPetegem s’emballe ( « On dirait qu’il a sa meilleure condition physique, j’y crois encore, que ce soit sur le Tour des Flandres ou Paris-Roubaix »), le double vainqueur du Ronde (1999, 2003) touche la table en bois: « J’espère d’abord qu’il n’aura aucun problème pendant la course. »

La poisse, la crainte qu’il se désinsère des ongles au cours d’une tâche domestique, rôde toujours mais sa popularité reste « énorme en Flandres, constate l’historien du cyclisme belge Mark Van Hamme.

Et elle est encore en hausse avec tous ses malheurs. Les gens aiment la malchance. » Grischa Niermann, son directeur sportif, abonde « Il est une très grande star et il le mérite. Il n’y a pas que les victoires mais aussi beaucoup de revers, des chutes, et c’est ce que les gens aiment, il n’abandonne jamais. » Son altruisme le plomberait aussi, à écouter Alessandro Ballan « Il est trop gentil! Il a trop travaillé pour les autres, c’est dommage pour lui, regrette le vainqueur du Ronde en 2007. « S’il s’était concentré sur les courses d’un jour comme Roubaix ou Ronde, il aurait gagné avant. »

Ce trou dans son palmarès ne ternit pas son image, au contraire. Moins clivant que Remco Evenepoel, qui « vient sucer l’attention » , grogne une supportrice, le loser magnifique séduit les foules, qui voient en lui, un voisin, un cousin, comme Johan, Belge qui a posé son camping-car dans le haut du Vieux-Quaremont: « C’est un gars comme nous. Il est tel qu’il est, authentique. C’est ça, Wout. » La Woutymania pénètre les foyers très tôt, des images impriment le cortex des supporters et un copain de Johan, presque sérieux, assure « le suivre depuis sa naissance » .

Un peu plus bas sur le pavé, Lutgarde porte autour du cou une écharpe de son chouchou. Elle a longtemps partagé cette passion avec son défunt mari, séduite par le personnage, « sa simplicité, surtout. Il est discret, j’aime sa façon de courir ». L’habitante de Ninove, pourtant, « n’y croit pas du tout (pour le Ronde ou Roubaix). Avec ses graves blessures, il revient de trop loin. Je trouve ça dommage mais je ne suis pas triste, c’est comme ça ».

Chez d’autres, la fatalité s’éclipse et un rien réveille le mythe. Notre confrère belge James Odvart devient extatique quand on lui glisse une pièce, empruntant le chemin de la spiritualité (« les pratiquants ne vont pas à la messe le dimanche, ils regardent le Ronde ») « quête paradoxale et obsessionnelle en laquelle nous croyions tous: que Wout gagne un Monument flandrien. Quand on l’a revu à Gand-Wevelgem, le coeur s’est emballé, c’était reparti. L’espoir avait disparu et il ouvre de nouveau des perspectives ; même si on sait qu’il n’y aura pas de victoire ».

Le duel entre Tadej Pogacar et Mathieu van der Poel concentre toutes les discussions autour de ce traumatisme collectif « pour nous, les Belges. Depuis quelques années, c’est dur, on ne voit gagner que Van der Poel et Pogacar » , souffle Van Petegem. Oliver Naesen considère à l’opposé que la domination du leader d’UAE Emirates-XRG a voilé la rivalité adolescente avec le Néerlandais et les ennuis de Van Aert ont écarté les comparaisons pesantes: « Cela lui a fait du bien que les gens séparent les deux. On apprécie ce qu’il fait, pour la personne qu’il est. On ne dit plus : “Il a gagné, oui, mais Mathieu n’était pas là.” C’est plus sain. »

De toute façon, ce gendre parfait, gueule à la Clark Gable, « tout le monde l’aime », jure Van Hamme mais le doudou belge séduit au-delà du plat pays. Le grand Alessandro Ballan, présent à Waregem mercredi, avait toutes les raisons de se réjouir de la victoire de son compatriote Filippo Ganna ( « et j’étais content! ») mais comme tous les autres VIP, il a ressenti le soufflé retomber face à la ligne d’arrivée et répétait: « Je suis un fan de Wout, il est gentil, trop, même en course ! Même sans gagner, il a tout le temps été là. »

Dans l’attente de voir passer le vainqueur de Milan San Remo (2020), Johan, visière « Wout » de sa casquette relevée sur son front, promet de ne pas l’estimer en regard de son palmarès flandrien : « Quoi qu’il arrive, pour moi, il restera un grand coureur. » Et si, aujourd’hui, les planètes s’alignent ? Ses yeux clignotent : « Cela va être fou, vraiment fou. » Van Petegem se prend à imaginer une arrivée sur la grand-Place, un duel avec Evenepoel (« les supporters vont devenir fous ») alors que James Odvart craint qu’en cas de pépin de Van Aert, « les Belges arrêtent de boire. » Ou plutôt l’inverse.

***

Il cocco maledetto delle Fiandre

Vero idolo di tutto il Belgio, il campinese Wout Van Aert ha, sin dall'inizio della stagione, fatto rivivere le speranze più folli nella sua ricerca di una monumento fiamminga.

«La sua popolarità è enorme nelle Fiandre. 
Ed è ancora in aumento con tutte le sue disavventure. 
Alla gente la sfortuna piace»
   - MARK VAN HAMME, STORICO DEL CICLISMO BELGA  

«È così generoso! 
Ha lavorato troppo per gli altri, è un peccato per lui. 
Se si fosse concentrato sulle corse di un giorno, 
come la Roubaix o la Ronde, avrebbe vinto di più" 
   - ALESSANDRO BALLAN, VINCITORE DELLA RONDE NEL 2007

«Gli ha fatto bene che le persone separassero i due (Van Aert e van der Poel). 
Si apprezza quello che fa, per la persona che è. 
Non si dice più: "Ha vinto, sì, ma Mathieu non c'era"
   - PETER VAN PETEGEM, DUE VOLTE 
     VINCITORE DELLA RONDE (1999, 2003)

5 apr 2026 - La squadra
YOHANN HAUTBOIS E LUC HERINCX

ADELAIDE (BEL) - La settimana santa si allunga ancora per qualche ora, ha disperso nei solchi appena tracciati dei campi fiamminghi alcune speranze tra i tifosi di Wout Van Aert, dalla sua risurrezione quasi messianica tre mesi dopo la frattura della caviglia il 2 gennaio scorso a Mol. Quando ha aperto la folla alla partenza da Roeselare, mercoledì, lungo le barriere si è sentito contemporaneamente un respiro nuovo, un mormorio pudico, qualche gemito innamorato al passaggio di "Woutyyyy".

Infatti, se le sue prestazioni alla Strade Bianche (10°) e alla Milano-Sanremo (3°) avevano già risvegliato la magia, le sue due incursioni - una con Mathieu van der Poel alla Gand-Wevelgem, l'altra in solitaria alla À Travers la Flandre - hanno riacceso i cervelli e i cuori della fanfara dei campinesi. E dei suoi avversari come Oliver Naesen, suo connazionale della Decathlon-CMA CGM: "In questo momento è fantastico."

Ripreso e infine sconfitto da Filippo Ganna a Waregem, era salito sul pullman della sua squadra, la Visma-Lease a bike, con una devozione leggera e impaziente. I narcisi delle aiuole ne avevano sofferto, calpestate come le aspettative su Van Aert negli ultimi anni, tra malattie, cadute, infortuni. Il trauma non è mai lontano, e se Peter VanPetegem si agita ("Sembra che abbia la sua migliore condizione fisica, ci credo ancora, sia per il Giro delle Fiandre sia per la Parigi-Roubaix"), il due volte vincitore della Ronde (1999, 2003) tocca ferro: "Spero prima di tutto che non abbia problemi durante la corsa."

La poisse (la sfortuna, ndr), il timore che si rompa un'unghia durante i lavori domestici, è ancora in agguato ma la sua popolarità rimane "enorme nelle Fiandre", osserva lo storico del ciclismo belga Mark Van Hamme.

Ed è persino in aumento, per tutte le sue disavventure. La gente ama la sfortuna. Grischa Niermann, il suo direttore sportivo, dice: È una grande star e se lo merita. Non ci sono solo le vittorie ma anche molte sconfitte, cadute, ed è questo che la gente ama, lui non si arrende mai.» Il suo altruismo lo renderebbe felice anche se ascoltasse Alessandro Ballan: È così generoso! Ha lavorato troppo per gli altri, è un peccato per lui, rimpiange il vincitore della Ronde nel 2007. "Se si fosse concentrato sulle gare di un giorno come Roubaix o Ronde, avrebbe vinto di più".

Questo buco nel suo palmarès non ne offusca l'immagine, anzi. Meno divisivo di Remco Evenepoel, che "viene a succhiare l'attenzione", brontola una sostenitrice, il magnifico perdente seduce le folle, che vedono in lui un vicino, un cugino, come Johan, un belga che ha parcheggiato il proprio camper nella parte alta del Vecchio Kwaremont: «È un ragazzo come noi. È così com'è, autentico. Preciso, Wout.» La Woutymania entra nelle case molto presto, le immagini si stampano nella corteccia dei tifosi e un amico di Johan, semiserio, assicura "di seguirlo fin dalla nascita".

Un po' più in basso sul pavé, Lutgarde porta al collo una sciarpa del suo pupillo. Ha condiviso a lungo questa passione con il defunto marito, sedotta dal personaggio, «la sua semplicità, soprattutto. È discreto, mi piace il suo modo di correre». L'abitante di Ninove, tuttavia, «non ci crede per niente (per la Ronde o la Roubaix). Con i suoi gravi infortuni, è ancora troppo indietro. Lo trovo un peccato ma non sono triste, è così».

In altri, il destino si eclissa e un nonnulla ne risveglia il mito. Il nostro collega belga James Odvart diventa estatico quando gli si lascia cadere una moneta, prendendo la strada della spiritualità («neppure i praticanti vanno a messa questa domenica, guardano la Ronde») «ricerca paradossale e ossessiva in cui tutti credevamo: che Wout vincesse una monumento al Fiandre. Quando lo abbiamo rivisto alla Gent-Wevelgem, i nostri cuori hanno iniziato a battere forte: era tornato lui. La speranza era svanita, e ora si sta aprendo a nuove possibilità, anche se sappiamo che non sarà lui a vincere».

Il duello tra Tadej Pogačar e Mathieu van der Poel concentra tutte le discussioni su questo trauma collettivo "per noi belgi. Negli ultimi anni è stata dura, abbiamo visto vincere solo van der Poel e Pogačar», afferma Van Petegem. Oliver Naesen, al contrario, ritiene che il dominio da parte del leader della UAE Emirates-XRG abbia offuscato la rivalità adolescenziale con il neerlandese e i problemi di Van Aert hanno scartato paragoni pesanti: «Gli ha fatto bene che la gente li separasse. Si apprezza (di più) quello che (Van Aert) fa, la persona che è. Non si dice più: "Ha vinto, sì, ma non c'era Mathieu." È più salutare».

In ogni caso, questo genero ideale, con il suo aspetto alla Clark Gable, "piace a tutti", insiste Van Hamme. Ma il rubacuori belga sta conquistando il pubblico ben oltre i Paesi Bassi. Il grande Alessandro Ballan, presente a Waregem mercoledì, aveva tutte le ragioni per gioire della vittoria del suo connazionale Filippo Ganna ("e ne ero felice!"), ma come tutti gli altri VIP, ha sentito l'entusiasmo smorzarsi al traguardo e ha continuato a ripetere: "Sono un fan di Wout, è simpatico, troppo simpatico, anche durante le gare! Anche senza vincere, è stato sempre là".

In attesa di vedere passare il vincitore della Milano-Sanremo (2020), Johan, con la visiera "Wout" sul cappello sollevata sulla fronte, promette di non apprezzarlo al di là del suo palmarès nelle fiandre: "Qualunque cosa accada, per me rimarrà un grande corridore." E se oggi i pianeti si allineassero? I suoi occhi lampeggiano: "Sarebbe pazzesco, davvero pazzesco." Van Petegem inizia a immaginare un arrivo sulla Grand-Place, un duello con Evenepoel ("i tifosi impazzirebbero") mentre James Odvart teme che in caso di fallimento di Van Aert, "i belgi smettano di bere." Semmai, il contrario.

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