« Il est à l’étape du dessus, c’est lui qu’on suit » Paul Seixas


Remarquable suiveur des meilleurs coureurs du monde en fin de saison dernière, sa première en pro, a affiché dès les premiers mois de 2026 son tempérament, devenant un coureur suivi et épié. Récit d’une mutation.

"Il est devenu l’acteur de ses courses. 
Sa saison 2026 le démontre"
   -  JULIEN JURDIE, UN DES DIRECTEURS 
      SPORTIFS DE DECATHLON-CMA CGM

"Physiquement, c’est quelqu’un d’autre. 
Il prend de la maturité dans un rôle de leader qui est vite arrivé pour lui" 
   - ANTOINE L’HOTE, COÉQUIPIER DE PAUL SEIXAS 
     LORS DU TOUR DE L’AVENIR 2025

"Maintenant, les adversaires redoutent les attaques de Paul"
   - DECATHLON'-C'MA JULIEN JURDIE, DS DE CGM

26 Apr 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

LIÈGE (BEL) – Il lui a suffi d’un coup de tête vers la gauche pour contempler son oeuvre, le gouffre entre lui et les autres au mur de Huy, symbole d’une domination et d’un costume de patron endossé tranquillement à 19 ans. Derrière, dans un rictus de douleur, on le regardait filer comme on baisse les yeux devant plus fort que soi.

Paul Seixas a remporté mercredi la Flèche Wallonne après avoir mené toute l’ascension, puis décidé de mettre un coup de canif en trois temps et demi pour plier l’affaire. Les images n’étaient pas les mêmes il y a quelques mois, lors des plus beaux rendez-vous de sa deuxième partie de saison. C’était le temps de la course en ligne des Mondiaux (13e), celle des Championnats d’Europe (3e) ou du Tour de Lombardie (7e), et cela pourrait aussi s’étirer au Dauphiné du mois de juin (8e).

Seixas y faisait ses armes face aux meilleurs coureurs du peloton, dans leur sillage mais pas trop devant eux. « J’ai un peu plus de confiance en mon niveau, ce qui me permet de plus prendre les choses en main, estime aujourd’hui le Lyonnais. Chose que je ne pouvais pas forcément faire l’an dernier, c’était ma première année pro, je découvrais beaucoup, j’avais beaucoup à apprendre. »

Aux Championnats du monde, au Rwanda, pour sa première course de 270 kilomètres, il avait été le meilleur Français et s’était longtemps accroché à des roues solides (Del Toro, Ayuso, Roglic, Pidcock) avant de coller à celles de Tadej Pogacar et Remco Evenepoel aux Championnats d’Europe organisés en Drôme Ardèche, le seul à le faire, et d’offrir pour terminer une dernière leçon d e b r a v o u r e pour son premier Monument, le Tour de Lombardie, terminant dans le groupe d’Isaac del Toro, Tom Pidcock et Egan Bernal. « Le Championnat d’Europe m’a marqué, racontait Seixas en février, en Sierra Nevada. Se retrouver sur le podium avec Tadej Pogačar et Remco Evenepoel, ce n’est pas tous les jours que je m’imaginais vivre ça. Pour moi, c’était un rêve, surtout cette année-là. C’est réalisé, ça m’a donné tellement de confiance. »

Seixas a donc appris, observé, calculé et décidé de se montrer sous un autre jour dès son retour en course en 2026. Un cheminement qui lui avait en partie traversé l’esprit le dimanche 19 octobre, pendant douze heures sur un vélo, 325 kilomètres autour du mont Blanc en Haute-Savoie, avec un de ses meilleurs amis, depuis la maison de ses grandsparents, juste avant de tirer un trait sur sa saison sportive.

« Il est devenu l’acteur de ses courses, certifie Julien Jurdie, un des directeurs sportifs de Decathlon-CMA CGM. Sa saison 2026 le démontre. J’ai eu la chance d’être en Algarve avec lui, on a tout de suite senti Paul sûr de ses qualités, sûr de ses forces. Quand vous avez cette sérénité en vous, la meilleure défense est l’attaque. Son tempérament va dans ce sens. Il n’attend pas. »

Au Portugal, dès la première étape de montagne à Fóia, il n’avait pas eu peur de placer des banderilles dans la dernière montée avant de s’imposer au sprint devant Juan Ayuso, João Almeida ou Oscar Onley. Sa première victoire chez les pros. « Il a cet odorat, entre guillemets, le feeling pour savoir où se placer, pour deviner quand les moments deviennent importants et quand il peut y aller » , se souvient Jordan Labrosse (23 ans), seul coéquipier de l’équipe à avoir fait toutes les courses aux côtés de Seixas cette saison, le Tour d’Algarve (2e du général et une étape), la Faun Ardèche Classic (1er), les Strade Bianche (2e), le Tour du Pays Basque (1er du général et trois étapes), la Flèche Wallonne (1er) et Liège-Bastogne-Liège aujourd’hui. « Je suis leader de l’équipe et peu importe mon âge,

Si j’arrive sur une course, c’est pour essayer de la gagner. Aujourd’hui, j’avais les capacités de le faire et je l’ai fait. » « Physiquement, c’est quelqu’un d’autre, mais quand je parle avec lui je n’ai pas l’impression qu’il ait changé, rigole Antoine L’Hote, son coéquipier avec l’équipe de France lors de la victoire au Tour de l’Avenir au mois d’août 2025 et cette semaine en Belgique. Il évolue et il prend de la maturité dans un rôle de leader qui est vite arrivé pour lui, ça, je l’ai vu. Pas tout le monde supporterait l’engouement qu’il y a autour de lui. »

L’Hote évoque presque instinctivement une scène du 6 mars, où la bascule mentale de Seixas était déjà très visible. « Avant les Strade Bianche, la veille au soir à l’hôtel lors du briefing, il s’est levé, il nous a dit que ça allait être une grosse journée, qu’il fallait qu’on soit attentifs ici et là, il nous a dit exactement ce qu’il voulait sur le placement, comment ça pouvait se passer", confie L'Hote. Et on parle des Strade Bianche hein, il a 19 ans. Là, je me suis rendu compte du leader qu’il était devenu. »

Sur les chemins toscans, derrière Pogačar, seul Seixas était à la manoeuvre, offensif et déterminé. Après s’être coltiné del Toro, coéquipier du Slovène chez UAE Emirates-XRG, le Français l’a déposé dans la dernière montée pour aller chercher la deuxième place.

Son raid solitaire de 41 kilomètres à la Faun Ardèche Classic, juste avant (28 février), était du même tonneau. « Le niveau que j’ai aujourd’hui me permet de courir de manière offensive, glisse Seixas. C’est plus agréable pour moi, j’ai plus d’opportunités. »

Jurdie le dit autrement : « Pourquoi attendre quand vous avez les jambes au-dessus des autres, quand vous pouvez faire la décision plus tôt? Ça permet d’être dans un certain confort et d’être moins dans le stress. Maintenant, les adversaires redoutent les attaques de Paul. C’est une clé, une arme, elle est très intéressante, sur plusieurs profils de course. »

« Le regard des autres sur lui a changé. L’an dernier, tout le monde voyait qu’il suivait, qu’il s’accrochait, ce qui était déjà fort et beau. Là, il est à l’étape du dessus, c’est lui qu’on suit, poursuit L’Hote. Au Tour du Pays basque, dans les autres cars des équipes, je pense qu’on imaginait à quel moment Paul pouvait attaquer. Les autres faisaient en fonction de lui. »

Dans ce schéma de coureur désormais suivi, Philippe Gilbert, vainqueur de Liège 2011, note encore un autre procédé. « Seixas fait lui-même ce que j’aurais fait en présence d’un équipier. Il met d’abord, lui-même, les adversaires à la limite et ensuite il les attaque, avec une attaque punchy. Tout seul, s’enthousiasme le Belge. Au mur de Huy, il a asphyxié les mecs et quand ils étaient bien asphyxiés, il s’est retourné, bon OK maintenant ça suffit, j’y vais, et il a mis en route. Ça c’est le plus incroyable, c’est du jamais vu. »

Du jamais vu, pas tout à fait… La jeune carrière de Paul Seixas est aussi un retour aux origines, à ses courses chez les jeunes, où il dominait la concurrence en attaquant beaucoup et de loin. « Je cours avec lui depuis les cadets, il attaquait déjà tout le temps, et même avant je pense, rigole Antoine L’Hote. Il n’a pas trop changé, c’est juste qu’il attaque peut-être plus à des moments opportuns, plus réfléchis, alors qu’en cadets il pouvait se permettre ce qu’il voulait. »


La métamorphose

CHAMPIONNATS D'EUROPE - 5 OCTOBRE 2025

Tadej Pogačar, futur champion, contrôle Remco Evenepoel et Paul Seixas (de gauche à droite), qu'il devancera respectivement à l'arrivée de 31" et 3'41.

TOUR DE LOMBARDIE - 11 OCTOBRE 2025

Loin de Pogačar, Paul Seixas, qui finira 7e à 4'16", s'accroche derrière Evenepoel (2e à 1'48"), et devant Michael Storer (3e à 3'14") et Isaac del Toro (5e à 4'16").

TOUR DE L'ALGARVE - 18-22 FÉVRIER 2026

Paul Seixas boucle les cinq jours de course avec 1 victoire d'étape et la 2e place du général, à 14" de Juan Ayuso (en jaune). À droite, João Almeida (3e final).


FAUN-ARDÈCHE CLASSIC - 28 FÉVRIER 2026

Échappé à 41 km de l'arrivée, Paul Seixas s'impose en solitaire au bout des 188 km d'un circuit tracé autour de Guilherand-Gramnges.

STRADE BIANCHE - 7 MARS 2026

À distance respectable de Pogačar (vainqueur solitaire avec une minute d'avance), Paul Seixas maitrise del Toro pour s'adjuger la 2e place. 

TOUR DU PAYS BASQUE  - 6-11 AVRIL 2026 

Première victoire d'une course à étapes World Tour por Paul Seixas, qui lève trois fois les bras en six jours et devance au général Florian Lipowitz de 2'30". 

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