Pieterse en roue libre
La Néerlandaise Puck Pieterse est très attendue,
aujourd’hui, sur Liège-Bastogne-Liège.
Deuxième à Liège l’an dernier, la jeune Néerlandaise est une attaquante rarement récompensée, l’incarnation d’un cyclisme enjoué et débridé. Cyclo-crosswoman, vététiste et routière, elle a de grandes ambitions partout et envie de s’amuser, surtout.
"Mon père était l’une des premières
personnes à faire du VTT aux Pays-Bas"
- PUCK PIETERSE
26 Apr 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX
Affalée sur une statue géante de Saint-Bernard, les bouclettes rousses débordant du casque posé sur sa frimousse espiègle, Puck Pieterse ne se prend pas au sérieux sur sa photo de profil What s A p p , même s o u s u n maillot arc-en-ciel. « Je me réveille chaque jour en me disant que je vais rouler avec mes amis et je me sens privilégiée » , résume la championne du monde de VTT cross-country (en 2024), rieuse et intenable au bout du fil, telle qu’à vélo. «La plupart des gens retrouvent leurs potes au bar après le boulot, poursuit la Néerlandaise de 23 ans. Moi, c’est sur le vélo toute la journée et c’est ce que j’apprécie le plus dans ce métier. Avec la liberté que ça m’offre: choisir où je vais, ce que je veux faire…»
La terreur rousse chérit cette liberté aussi en course. Principale animatrice des classiques, elle a euphorisé le final des Strade Bianche (6e), attaqué dans le Poggio sur Milan-San Remo (4e), dynamité l’Amstel Gold Race (10e) et presque coiffé Demi Vollering au mur de Huy (2e de la Flèche Wallonne).
Cette fougue lui joue des tours, Pieterse ne gagne pas autant qu’elle attaque (deux succès chez les pros), n’a pas encore remporté de Monument malgré son talent et une 2e place à LiègeBastogne-Liège l’an dernier, mais elle assure avoir « une meilleure vision d’ensemble » et prendre progressivement plaisir à apprivoiser l’aspect tactique : «Je vois ça comme un jeu d’échecs. Même si on me dit encore souvent d’être plus patiente dans ma façon de courir ( j’essaie de m’améliorer.»
« Puck a du coeur, sourit Michel Cornelisse, son ancien directeur sportif. Elle veut toujours y aller à fond sans trop réfléchir, c’est un diamant pour le cyclisme féminin qu’elle rend encore plus attractif. Parfois, il faut juste la tempérer un peu. » Ce qui sonne déjà comme un gros mot pour la Néerlandaise tant elle supporte mal la camisole. «À la radio, elle disait: “Mais on s’ennuie!”, se marre Cornelisse. Le public l’aime comme elle est. Beaucoup de coureurs perdent le plaisir parce que les directeurs sportifs tentent de changer leur tempérament. Puck est Puck et doit le rester.»
L’assertion revient comme un mantra dans la bouche de Gerben De Knegt, son sélectionneur national en cyclo-cross : « Puck est Puck et sera toujours ainsi. Elle aime s’amuser, rigoler… C’est pour cela qu’elle est aussi forte.»
Cyclo-crosswoman l’hiver, routière au printemps et vététiste l’été, la native d’Amersfoort (ville du centre des Pays-Bas) est une touche-à-tout un peu casse-cou, qui ne se prive pas de snowboard malgré les risques de blessure avant d’aborder sa première saison sérieuse sur route en 2024 et o s e d e s wheeli ngs s a ns le s mains en stage en Espagne avec Ryan Kamp et Tibor Del Grosso. Ce dernier, même âge et tempérament, a d’ailleurs filmé et monté une séquence comique de son amie improvisant un monologue résumant son état d’esprit: « Les gens veulent vous mettre dans des cases. Je ne les laisse pas me ranger dans une catégorie, me dire ce que je dois faire ou réussir. Je fais mon propre truc. Et c’est ce qui importe. »
Cornaquée par les frères Roodhooft chez Fenix-PremierTech, elle a profité de la voie tracée par Mathieu Van der Poel pour s’exprimer dans les trois disciplines, mais cet éparpillement impacte forcément ses performances. « En 2025, son début de saison en VTT et sur la route a été incroyable, mais son hiver a été “normal”, juge Christoph Roodhooft, son manager. Puck doit trouver le bon équilibre pour être à 100% dans chaque discipline.»
Mais sa dispersion est aussi la condition de son épanouissement, une réminiscence perpétuelle de ses premiers élans de passion. «Mon père était l’une des premières personnes à faire du VTT aux Pays-Bas, retrace Pieterse. Je le voyais revenir tous les weekends avec son visage plein de boue et je trouvais ça super cool.»
Des rêves d’or olympique en VTT à Los Angeles
Toujours « la première à faire des blagues et démarrer les conversations» , d’après De Knegt, la Néerlandaise cultive un rapport enfantin au cyclisme. « Je me souviens d’un dimanche où elle m’avait appelé pour venir au club s’entraîner avec des copines, raconte Jaap Van der Breggen, son premier entraîneur au WV Eemland. Je recevais des photos à chaque heure (rires). Si un garçon disait: “Je peux sauter une planche de 10cm.” Elle disait : “Moi 30!” Et elle est encore comme cela. Sa grande force, c’est sa persévérance.»
La route lui impose une pratique plus «ennuyante» que la frénésie instinctive des courses dans les (sous-)bois, mais la diplômée universitaire en sciences du mouvement humain retient la dimension « collective, le fait de partager l’émotion d’une victoire qui décuple le bonheur» . Une approche plus conservatrice en course s’imposera peut-être au gré des objectifs. Car, même si elle rêve d’abord d’or olympique en VTT à Los Angeles, Pieterse a déjà glané le maillot blanc sur le Tour de France 2024 et « montré qu’elle s’en sort bien en montagne et en contre-la-montre, souligne son ancien directeur sportif. Dans le futur, rien n’est impossible pour le classement général».
La vainqueure d’une étape il y a deux ans à Liège ne se débine pas: «Ça pourrait m’intéresser, totalement. Parce que j’adore courir les plus grandes courses. Mais je sais que j’ai encore beaucoup à apprendre.» Pieterse pourra s’inspirer de la patience du Saint-Bernard mais, pour l’ heure, le frétillement de ses boucles orange est une garantie de spectacle, la flammèche capable d’embraser la dernière classique du printemps.
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Mercredi, la championne d’Europe, Demi Vollering,
a remporté la Flèche Wallonne devant Puck Pieterse.
Qui peut battre Vollering ?
26 Apr 2026 L'Équipe
J. Ch.
Comme souvent, Demi Vollering aborde son Monument préféré, Liège-Bastogne-Liège, qu’elle a remporté deux fois (2022 et 2023), avec l’étiquette de coureuse à battre. Mais elle n’a peut-être jamais semblé aussi favorite en l’absence de la vainqueure sortante, Kim Le Court, forfait en raison d’un poignet fracturé sur le Tour des Flandres le 5 avril. La championne d’Europe, 29 ans, a déjà raflé six bouquets, son record à ce stade de l’année, dont trois classiques, l’Omloop Nieuwsblad, le Tour des Flandres et la Flèche Wallonne. Mercredi, elle a fait forte impression en filant dès les premières pentes du mur de Huy.
Dans sa quête d’une troisième victoire inédite dans la Cité Ardente – ce qu’elle a échoué à faire lors des deux dernières éditions (3e à chaque fois) –, la Néerlandaise pourra s’appuyer sur Élise Chabbey, Juliette Berthet et Évita Muzic, ses soutiens de luxe chez FDJ United-Suez. Revenue sur ses talons en haut du mur de Huy (2e), la très punchy Puck Pieterse (Fenix-Premier Tech, lire ci-dessus) semble la plus en forme de ses adversaires.
Sans oublier Pauline Ferrand-Prévôt, qui n’a encore jamais gagné la classique ardennaise. Si la leader de Visma-Lease a bike n’a pris que la 7e place de la Flèche Wallonne, elle espère être plus à son aise sur les montées plus longues qui jalonneront la route vers Liège. « Ce sera à moi de prendre les choses en main, annonçait hier la vainqueure sortante du Tour de France. J’aimerais bien, aussi, montrer à Vollering qu’elle pourra compter sur moi cet été. »
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