Le passeport de puissance à l’essai


Le peloton lors d’une étape du 
Tour d’Algarve, en février 2026.

L’idée d’un suivi des données de performance, pour mieux cibler la lutte antidopage, est examinée sérieusement par l’ITA (International Testing Agency), qui a obtenu une hausse de budget et l’aval de l’Union cycliste internationale. Une soixantaine de cou

"On perd notre temps, ils vont faire un an d’étude et, 
à l’arrivée, quelques équipes vont dire qu’elles ne veulent pas"
   - FRÉDÉRIC GRAPPE, DIRECTEUR DE LA 
     PERFORMANCE DE GROUPAMA-FDJ UNITED

24 Apr 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX

Explorée en haltérophilie et en natation, évoquée en 2012 par l’Agence mondiale antidopage puis ravivée par le patron de l’équipe Sky quatre ans plus tard, l’idée d’un « passeport de puissance » en est longtemps restée au stade conceptuel dans le cyclisme. « Nous avions eu quelques discussions préliminaires en interne, mais il est rapidement apparu que les questions technologiques, administratives et logistiques étaient très complexes », explique Brian Cookson, président de l’Union Cycliste Internationale (UCI) en 2016.

En septembre 2024, un article scientifique signé par quinze experts aux avis divergents a ranimé le sujet, tout en pointant une série de défis à surmonter, dont l’International Testing Agency (ITA) a fini par se saisir. Bénéficiant d’une hausse de 35 % du budget du cyclisme consacré à la lutte antidopage, l’organisme indépendant de l’UCI a officialisé en juin 2025 le « lancement d’une étude de faisabilité d’un an pour étudier ces données et cartographier la façon dont la performance cycliste évolue au fil du temps » .

Inspiré du « passeport biologique », qui se focalise sur les données physiologiques, le suivi des données de performance ne serait, lui, « pas utilisé à des fins de sanctions, précise d’emblée Olivier Banuls, responsable des contrôles à l’ITA. Ce serait uniquement un outil de ciblage » des contrôles. Il y a quelques semaines, l’ITA – en partenariat avec l’université de Kent – a donc commencé à récolter les données historiques d’une soixantaine de coureurs consentants issus de cinq équipes qui se sont portées volontaires: Visma-Lease a bike, Decathlon-CMA CGM, Picnic-PostNL, Jayco-AlUla et Cofidis. Deux autres formations (Uno X-Mobility et Tudor) ont déjà donné leur accord pour gonfler la base de travail et l’ITA assure avoir « des discussions avec d’autres équipes » .

Militant de la première heure du passeport de puissance, Frédéric Grappe n’a pourtant pas donné son feu vert chez Groupama-FDJ United lorsqu’il a été sollicité avant le Tour de France 2025. « J’ai expliqué à Olivier Banuls: “OK pour vous suivre, mais il faut que tout le monde y aille, sans demander l’autorisation des équipes parce que ce sont toujours les mêmes qui disent oui ou non”, explique le directeur de la performance de la formation française. Il faut les meilleurs coureurs du monde pour observer les deltas de performance, car les champions ont des taux de progression largement supérieurs à la moyenne, et c’est normal. On perd notre temps, ils vont faire un an d’étude et, à l’arrivée, quelques équipes vont dire qu’elles ne veulent pas. »

L’initiative a déjà provoqué une levée de boucliers chez le CPA (Cyclistes professionnels associés), le syndicat des coureurs, par la voix d’Adam Hansen, son président. L’agent influent Alex Carera (qui gère les intérêts d’une centaine de coureurs, dont Tadej Pogacar) a sévèrement critiqué le projet, pointant l’importance de la confidentialité des méthodes d’entraînement de chaque équipe. « Quand notre modèle nous permettra d’identifier des coureurs qui dépassent les valeurs anticipées, on ne sera pas intéressés par le contenu d’entraînement à proprement parler mais on voudra comprendre avec son équipe si ce qu’on voit dans les données est explicable », anticipe James Hopker, professeur à l’université de Kent.

Si l’ITA a conscience qu’il faudra, « à terme » , imposer la récolte des datas sur « une base réglementaire à l’échelle du peloton » , le projet n’en est de toute façon qu’à ses prémices, l’université de Kent ayant pour première mission de « nettoyer » les données obtenues afin d’en étudier la pertinence et d’identifier les variables qui pourraient compromettre l’analyse. « Il y a quand même un certain nombre de capteurs du marché qui ne sont pas fiables » , notait par exemple Jean-Baptiste Quiclet en juillet. « J’ai aussi vu des athlètes évoluer par effet systémique, développait le responsable de la performance chez DecathlonCMA CGM. Je fais faire des choses à mes athlètes, aujourd’hui, que je n’aurais pas pu proposer il y a dix ans. Parce que le contexte nutritionnel a changé, les systèmes de récupération ont évolué, la science en général… »

Des évolutions observées sur le temps long

Le modèle imaginé par l’ITA doit justement permettre d’observer ces évolutions sur le temps long. « Il est encore tôt pour se prononcer, mais compte tenu du volume de données, on peut être assez confiants quant à la faisabilité et à la fiabilité de l’étude » , avance Hopker. Le chercheur explique s’appuyer déjà sur « 64 000 fichiers » de courses et d’entraînements pour une seule équipe, dont une vingtaine de coureurs ont accepté « la variété d’équipes ( et les profils différents au sein de ces formations » « identifier les différences de mesure que l’on peut attribuer aux capteurs de puissance ».

À terme, le scientifique pense que le projet se concentrera d’ailleurs plutôt « sur les données de course, car on a une meilleure idée de l’état nutritionnel, les vélos et les capteurs sont préparés par des professionnels. On connaîtra la température, l’altitude… On essaie d’avoir un modèle assez compréhensif pour tracker précisément les performances des coureurs ». Quiclet a pointé un autre aspect décisif: « L’évolution contemporaine du vélo, c’est la tolérance à la fatigue, la notion de durabilité et de répétition des efforts sousmaximaux. Un projet sur les passeports de puissance doit intégrer cette notion de fatigue, qui doit être “caractérisée”, car tu peux dépenser 3000 kilojoules de dix manières différentes. Et là, on touche aux limites de la modélisation. »

Les chercheurs britanniques en ont conscience, privilégiant une approche sur le «“travail”, la capacité des coureurs à répéter des efforts » en fonction du profil, du rôle et de l’âge du coureur, plutôt qu’une analyse des niveaux de puissance critique. Grappe prône une approche au moins aussi détaillée en ajoutant le poids des coureurs à l’arrivée des courses et en récoltant les données « dès les catégories juniors » pour aboutir à une base « hyper puissante niveau statistiques, où tu pourras déceler des choses incohérentes en moulinant tout cela avec l’intelligence artificielle ».

Le chercheur de l'équipe Groupama-FDJ United regrette que « l’UCI tourne autour du pot depuis vingt ans », mais cette fois, l’ITA a pu lancer son projet et devra déjà rendre des comptes au comité de financement du programme antidopage de l’UCI début juin. Après plusieurs mois d’étude de « vieilles » données, de nouvelles réunions en fin d’année décideront alors d’entrer ou non dans la deuxième phase du projet, à savoir la récolte et l’examen des datas « en direct ».

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