Le tremplin périlleux vers la Redoute
La descente de la côte de Desnié est un endroit crucial de Liège-Bastogne-Liège, négocié à près de 90 km/h, qui détermine le placement pour affronter la côte où Tadej Pogacar a attaqué les deux dernières années.
«C’est le placement ultime avant la Redoute.
Ce n’est pas physique, mais une question de timing»
- MAXIME MONFORT, DS DE LIDL-TREK
25 Apr 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
REMOUCHAMPS (BEL) – Liège-Bastogne-Liège, ça monte beaucoup, mais ça descend énormément aussi, et on ne parle pas que des comptoirs des cafés. Les descentes jouent un rôle prépondérant dans la Doyenne parce que dans le tourniquet de l’Ardenne, elles impactent le positionnement sur les petites routes des côtes et impliquent de prendre des risques sur un revêtement qui n’est pas toujours très rassurant, comme l’a souligné Remco Evenepoel, hier, en conférence de presse.
Le bitume près de Francorchamps, là où Julian Alaphilippe, notamment, était tombé en 2022, est effectivement grêlé et même en voiture, cela tape fort. Celui de la descente de la côte de Desnié, qui ouvre le final à 47 km de l’arrivée, est plutôt en bon état, mais cette portion n’en reste pas moins à la fois cruciale et périlleuse. « Personnellement, j’estime que la descente est trop dangereuse dans le cyclisme moderne, j’espère que les choses vont bouger avant qu’il y ait un drame » , souffle Maxime Monfort, directeur sportif de Lidl-Trek. La route est large, assez rectiligne, elle chaloupe un peu, mais « ce sont des courbes qui passent bien » , selon Philippe Gilbert, vainqueur ici en 2011, sur une pente douce, entre 5 et 6%, mais où l’on prend beaucoup de vitesse. Si le vent est favorable, le peloton peut atteindre 90 km/h. S’il est de face, comme annoncé demain, plutôt autour de 75-80 km/h.
« C’est très, très dangereux, poursuit Gilbert. Tout le monde pousse à l’arrière, parce qu’on est en roue libre à partir de la troisième ou quatrième ligne, donc il y a une prise de risques énorme. Beaucoup de coureurs ont peur, parce que si ça tombe, c’est château de cartes et, là, c’est au petit bonheur la chance. Sur mes 18 Liège, j’ai toujours été devant, parce que j’ai toujours eu peur de la chute sur ce secteur. »
La descente plonge vers Remouchamps, au pied de la Redoute, qui a fait la décision les quatre dernières années, lors des doubles succès de Remco Evenepoel puis Tadej Pogacar. Le Belg e a v a i t d’ailleurs blâmé son équipe, l’an passé, parce qu’elle l’avait mal placé à cet endroit. « C’est le placement ultime avant la Redoute, analyse Monfort, qui a participé 11 fois à la Doyenne quand il était coureur. Ce n’est pas physique, mais c’est une question de timing, pour pouvoir être l’équipe qui sera la dernière en tête pour tourner à gauche vers la Redoute, avant le petit entonnoir. Celui placé trop tôt risque de se faire enfermer, il faut savoir utiliser les mouvements du peloton, sortir au bon moment, choisir le bon côté, parce qu’au milieu, tu as davantage de risque de chute et de te faire engloutir par la machine à laver. »
L’Ardennais explique ainsi qu’un équipier peut être utilisé uniquement pour cette tâche, ces 5 à 6 minutes d’effort, « un gars costaud, qui ne va rien faire avant ni après, encore assez frais après 220 km de course» . Gilbert pense la même chose.
«L’important, c’est d’avoir des équipiers à cet endroit-là qui vont se sacrifier pour leur leader. C’est le moment de la course où ils doivent avoir la faculté de se dire ‘’je me sacrifie ici’’ et c’est terminé. Parce que ceux qui pensent qu’ils vont pouvoir passer la Redoute et donner un coup de main, c’est du rêve. Quoi qu’il arrive, qu’ils aient travaillé ou pas, ils vont être lâchés. » Et il sera l'heure pour les favoris de s'expliquer.
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