Mêmes causes, même fiasco
Leonardo Spinazzola prend dans ses bras Marco Palestra, en pleurs, mardi soir, après la défaite de l’Italie en barrages de la Coupe du monde contre la Bosnie-Herzégovine (1-1 a.p., 1-4 aux t.a.b.).
Non qualifiée pour la Coupe du monde pour la troisième fois d’affilée, l’Italie paie les limites de son vivier et son étonnante résistance au changement.
2 Apr 2026 - L'Équipe
MÉLISANDE GOMEZ
SARAJEVO – Hier, Arrigo Sacchi fêtait ses 80 ans et il est possible que cela ait réveillé la nostalgie chez pas mal de tifosi qui se souviennent de cette époque où les idées géniales du Mister avaient installé le Milan et, derrière lui, le football italien tout entier sur le devant de la scène. Les temps ont décidément changé et l’Italie, éliminée en barrages de la Coupe du monde mardi soir à Zenica par la Bosnie-Herzégovine (1-1 a.p., 1-4 aux t.a.b.), va vivre une troisième phase finale mondiale d’affilée comme spectatrice.
C’est un coup terrible, peut-être plus douloureux encore que les échecs en barrages de2017 et 2022, parce qu’il vient entériner un déclassement dont il va falloir essayer de se sortir.
En 2017, quand l’Italie s’était retrouvée en barrage contre la Suède (0-1, 0-0), elle ne s’y attendait pas: elle n’avait manqué aucune phase finale depuis 1958. Neuf ans plus tard, les barrages n’ont surpris personne, tant ils sont devenus un passage obligé, et les Italiens savaient qu’ils auraient à franchir l’obstacle depuis juin dernier, quand ils ont perdu 0-3 en Norvège pour leur premier match de qualification. D’un coup, l’horizon s’est obscurci et les Azzurri constataient leurs limites, déjà évidentes pendant un Euro 2024 médiocre, conclu par une piteuse élimination en huitièmes de finale contre la Suisse (0-2).
Un vivier qui se rétrécit
Nous étions à neuf mois du probable futur barrage et il fallait réagir : Luciano Spalletti, dont le passage comme sélectionneur aura été un échec sur toute la ligne, était remplacé par Gennaro Gattuso, qui acceptait la mission en forme de patate chaude. L’ancien milieu de terrain international a tenté de recréer du lien entre les joueurs et le maillot bleu, il a essayé de redonner confiance à un groupe en plein doute, il s’est appuyé sur le 3-5-2 que les joueurs connaissaient, mais il n’a pas réussi. Le temps était trop court et le chantier trop profond.
Parce que le mal ne date pas de l’été dernier, évidemment. Le constat est dressé depuis bientôt dix ans et rien n’a changé depuis, au contraire : avec ses 69 % de joueurs étrangers, la Serie A ne laisse pas de place aux jeunes Italiens et le réservoir dans lequel les sélectionneurs peuvent puiser se réduit un peu plus chaque année. Si, sur le moment, l’élimination de 2017 ressemblait à un accident de parcours, c’est plutôt la victoire à l’Euro 2021 qui est une anomalie, quand Roberto Mancini avait réussi à insuffler une énergie nouvelle, bien aidé par les pieds sûrs de Jorginho et de Verratti au milieu, par l’expérience de Chiellini et de Bonucci derrière et par les parades décisives de Donnarumma.
Dans cette équipe comme dans les autres, le talent n’était pas débordant dans les lignes offensives et les Italiens vont débattre, encore, dans les jours qui viennent, sur la formation des joueurs et sur la manière d’enfin faire éclore de nouvelles pépites. Il faudrait une vraie politique fédérale pour relancer la détection et la formation et il faudrait un changement radical de mentalité pour donner aux jeunes joueurs l’occasion de faire leurs dents au plus haut niveau.
Engoncée dans sa culture du résultat et de ses carcans tactiques, la Serie A peine encore à faire une place aux potentiels futurs champions: dans les radars depuis l’adolescence au centre de formation de l’Inter, l’attaquant Pio Esposito a dû attendre ses 20 ans pour débuter en Serie A, en août dernier. Cinq jours après, il débutait aussi en sélection: le bagage est léger...
Le président de la Fédération sur un fil
C’est sans doute le plus frappant, dans cette succession d’échecs, tous les quatre ans: les mêmes causes sont identifiées, mais strictement rien ne change. Pas mêmeles hommes: nomméen2018 après le fiasco suédois, Gabriele Gravina, le président de la Fédération, a manqué la qualification à la Coupe du monde au Qatar, mais il est resté, puis il a traversé un Euro 2024 à l’envers mais il est encore resté, protégé par le succès de 2021. Après avoir vu une deuxième Coupe du monde lui filer sous le nez, va-t-il s’en aller? C’est la tendance. Ses déclarations d’après-matches, entre la maladresse et l’ineptie, ont déchaîné les critiques. Questionné sur le risque de voir les autres sports qui marchent mieux (comme le tennis) supplanter le football dans les coeurs des Italiens, Gravina a répondu: « Le football est un sport professionnel, les autres sont des sports amateurs, on ne peut pas comparer.» La pression est forte, notamment du ministre des Sports Andrea Abodi, qui a dit attendre « des réponses » de la Fédération, alors que des supporters en colère ont jeté, dans la nuit, des oeufs sur le siège de la Fédération, à Rome.
Et les autres? Gianluigi Buffon, chef de délégation en première ligne depuis l’été dernier pour avoir choisi Gattuso comme sélectionneur, a toujours dit que l’objectif était de se qualifier et qu’il partirait en cas d’échec. Gattuso aussi avait lié son destin au voyage en Amérique et son avenir semble scellé. Dès maintenant ou en juin, quand un autre entraîneur pourrait se libérer? Son contrat, forcément, allait jusqu’à la fin de la Coupe du monde...
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