UNE ARMADA BLEUE
SEIXAS ET LES BLEUS MONTENT EN FLÈCHE
Kévin Vauquelin, Paul Seixas, Lenny Martinez, Benoît Cosnefroy et Romain Grégoire…
Les coureurs français sont les grands favoris de la Flèche Wallonne aujourd’hui.
Le signe d’une densité et d’ambitions au plus haut niveau rarement constatées.
«La Flèche va être un match entre Français,
on n’a jamais eu ça»
- BENOÎT VAUGRENARD, DIRECTEUR SPORTIF
DE GROUPAMA-FDJ UNITED
22 Apr 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO et ALEXANDRE ROOS
HUY ( BEL) – Lundi, à l’heure de l’apéro et sous un soleil qui brillait par intermittence, un supporter belge rôdait déjà sur les pentes du mur de Huy. Il avait prévu de venir chaque jour en procession, au milieu des petites chapelles qui jalonnent la montée, pour soutenir son chouchou, Remco Evenepoel, vainqueur de l’Amstel Gold Race la veille.
Ses espoirs furent vite douchés, en début d’après-midi, quand le Belge déclara finalement forfait pour la Flèche Wallonne aujourd’hui , mais à la terrasse du Cortina, au sommet du mur, il rinça sa déception d’une troisième pinte de bière et tourna rapidement casaque. « Bon, bah, on va supporter les Français. Vous êtes partout en ce moment, on n’entend parler que des Français. »
On devrait effectivement encore en entendre parler aujourd’hui et l’on ne sait pas bien où arrêter le nombre de coureurs bleus qui figurent parmi les favoris, entre Kévin Vauquelin, qui a la pancarte car il reste sur deux deuxièmes places ici, Paul Seixas, cofavori pour son talent et malgré sa méconnaissance du terrain, Lenny Martinez, 4e l’an passé, sur un effort, entre grimpette et punch, parfait pour lui, Benoît Cosnefroy (2e en 2020, 4e en 2024) et Romain Grégoire pour la forme révélée sur la Brabançonne et à l’Amstel, jusqu’à Dorian Godon, pour qui le mur de Huy paraît un peu raide mais qui a déjà signé un top 10 par le passé, 8e en 2024, dans une édition il est vrai marquée par une météo épouvantable.
La Flèche Wallonne aura donc des allures de Championnat de France. « Cela fait très longtemps qu’on n’a pas eu une telle richesse, c’est très rare, s’enthousiasme Benoît Vaugrenard, directeur sportif de Groupama-FDJ United. Il y a eu un effet Seixas, c’est réel, il faut en profiter. Ça motive, tout le monde est tiré vers le haut. La Flèche va être un match entre Français, on n’a jamais eu ça. » Les nombreuses absences – Evenepoel donc, mais aussi Tadej Pogacar et Tom Pidcock, par choix, ou Isaac Del Toro, blessé au Tour du Pays basque – n’y sont pas étrangères et si on aime l’épreuve ardennaise pour la folie qui l’enveloppe, cela demeure une semiclassique très particulière, qui se joue dans les 300 derniers mètres.
En somme, nous ne sommes pas au matin de Liège-Bastogne-Liège. Mais la concentration de talents affichée ce matin au départ se lit en réalité depuis le début de la saison, de manière plus déliée certes, sur les courses d’un jour comme par étapes. On parle beaucoup, beaucoup de Paul Seixas, mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt et ils sont nombreux à avoir joué les premiers rôles depuis janvier. On le voit dans les chiffres déjà. Avec 34 victoires au niveau professionnel, la France occupe la première place, devant l’Italie (23) et la Belgique (21), bien portée par les récoltes de Seixas (6), Axel Laurance (4) ou Godon (3).
À l’échelon World Tour, les Bleus ont levé les bras à neuf reprises, et seuls les Danois ont fait mieux (11), notamment grâce à Jonas Vingegaard (6). Mais ce qui marque encore davantage, c’est à quel point ils ont infiltré les tops 10, l’idée d’une profusion et d’une menace à tous les étages, morcelée par équipes de marques et qui n’a pas d’impact concret d’un point de vue national, mais qui nous rend tout de même très impatients de découvrir la sélection de Thomas Voeckler pour le prochain Mondial à Montréal (20 au 27 septembre).
Les Français sont désormais des coureurs
recherchés dont la valeur augmente sur le marché
Quatre Français dans le top 10 final de Paris-Nice, deux en Catalogne, quatre au Pays basque avec la victoire de Paul Seixas… Le phénomène est un peu plus dilué sur les classiques, mais tout de même, trois dans le top 10 du Nieuwsblad, 6 dans le top 20 des Strade Bianche avec la 2e place de Seixas et la 4e de Grégoire, et encore 3 à l’Amstel dimanche, avec Cosnefroy 3e, Grégoire juste derrière et Ewen Costiou (Groupama-FDJ United) 9e. Ce fut plus compliqué sur les flandriennes, mais Christophe Laporte, malgré son rôle d’équipier de Wout Van Aert, y a été une poutre impressionnante : 7e de l’E3, 3e de Gand-Wevelgem, 7e d’À Travers la Flandre, 9e du Tour des Flandres, 5e à Paris-Roubaix.
Des places d’honneur qu’on ne peut minimiser ou banaliser, pas sur des courses d’un tel niveau, pas face à une telle concurrence.
« C’est vraiment sympa d’avoir autant de densité, de voir la France qui performe à ce point, se réjouit Kévin Vauquelin. On est entrés dans une nouvelle ère du cyclisme français, avec ma génération, tous ceux nés entre 2000 et 2005. Ce sont des mecs avec qui on roule depuis petits, c’est chouette de nous voir sur le devant de la scène comme ça, sur des courses World Tour. »
Les bonnes performances dans des structures étrangères, Vauquelin, Godon et Laurance chez Ineos, Martinez chez Bahrain, Paul Magnier ou Valentin Paret-Peintre chez Soudal - QuickStep, donnent aussi corps à l’idée que les Français sont désormais des coureurs recherchés dont la valeur augmente sur le marché. Au-delà des résultats, on devine un changement d’attitude, dans la manière de courir, agressive, et dans les discours, seulement aimantés par la victoire. Ici, pas de défaites encourageantes, de satisfactions faciles ou d’excuses. Cosnefroy : « Je suis là pour jouer de grosses choses » ; Vauquelin, avant l’Amstel : « Je suis content d’avoir réussi mon intégration ( chez Ineos), mais il me manque un petit truc en plus, être à l’avant et gagner. » C’est ce qu’il manque finalement à tous dans ce printemps français, une victoire sur une classique. La Flèche Wallonne n’est peut-être pas Liège-Bastogne-Liège, mais c’est un très bel endroit pour lever les bras.
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Paul Seixas (au centre) a reconnu hier matin le
parcours de la Flèche Wallonne avec ses coéquipiers.
Au défi du mur
Le prodige français, Paul Seixas, va tester dans le mur de Huy son punch et son explosivité. Un effort bien spécifique qu’il a minutieusement travaillé ces derniers temps.
22 Apr 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
VERVIERS (BEL) – Un peu avant midi, hier, en amont du virage Claudy-Criquielion, dans cette longue ligne droite et ses passages à 19 %, puis dans cette courbe qui tourne légèrement vers la gauche avec les pourcentages les plus durs (23 % sur l’extérieur, 27 % à l’intérieur !) et ce dernier tournant à droite pour filer jusqu’à l’arrivée, Paul Seixas est passé, bien assis sur sa selle, concentré. « Ah ouais, là, c’est raide quand même » , a-t-il souri.
Le r y thme ne sera pas l e même ce mercredi dans le final, lorsque les coureurs tireront la langue et lutteront contre le lactique. L’explosivité sera leur plus bel atout. Mais quelle est vraiment celle de Seixas (19 ans), qui découvre la Flèche Wallonne et son mur de Huy ? Elle est presque impossible à définir. « Aujourd’hui, on s’interdit de le catégoriser, analyse Jean-Baptiste Quiclet, directeur de la performance de Decathlon-CMA CGM. On le connaît depuis les cadets 2, on connaît ses caractéristiques mais on les voit évoluer semaine après semaine, mois après mois, donc on ne tire jamais de conclusions trop faciles. »
Dans la perspective des Ardennaises, le contenu de ses entraînements a été planifié dès le début de saison. « C’est assez facile de codifier en séance un effort similaire, même dans d’autres lieux, on a influencé ça » , glisse Quiclet. Son bloc de travail juste avant le Tour du Pays basque avait été pensé ainsi, avec des exercices très variés, comme l’idée de prendre le départ de cette course World Tour où certains passages lui feraient travailler l’explosivité. Les étapes y étaient rudes, en basse altitude, avec une succession de montées pentues. Après sa victoire finale, il avait encore répété les efforts de type 3 minutes et plus courts. Avec des séances où il fallait répéter un effort sans avoir totalement récupéré du précédent.
Mais comment lutter face aux purs puncheurs plus explosifs que lui ? « C’est une très bonne question. Mais sur une course qui sera difficile et accidentée avant, cela l’arrange, pense Julien Jurdie, un de ses directeurs sportifs.
Déboucher à 200 m de la ligne n’est pas le point fort numéro 1 de Paul mais il pourra faire une montée, peut-être pas sur le punch, mais à la manière de Pogacar qui démarre l’an dernier à 400-450 m de la ligne. » « On l’a connu poids légers, cyclocrossman, plutôt explosif, rappelle Quiclet. Son gabarit a évolué, il a progressé sur certaines allures et il faut faire la distinction entre explosivité et force. Paul est extrêmement fort en résistance, ça compte. Il pourra rivaliser après plus de 200 km et trois passages dans le mur de Huy. » Hier, il n’y est passé qu’une fois après s’être posé la question de doubler sa reconnaissance.
« Il y a des moments où c’est trop explosif pour moi, c’est pour ça que parfois je préfère attaquer dans les bosses plus longues parce que sur les efforts d’une minute, je restais un peu diesel » , avouait Seixas après sa deuxième place aux Strade Bianche, le 7 mars. Le mur de Huy lui demandera un effort entre 2’40’’ et 3’15’’, plus long mais bien plus brutal. En course, ses efforts de trois minutes jusque-là ont plutôt été destinés à s’isoler ou à créer un écart, rarement pour jouer la gagne au sommet d’un mur.
« Là, c’est différent, je vais pouvoir tester mon punch. Je suis un grimpeur si on regarde les stats, je suis bon sur les longs efforts ou le chrono, mais j’ai hâte de voir ce que je peux faire. Je n’ai pas de certitude vu que j’en ai jamais fait face à d’autres très bons puncheurs mais je sais que je peux être pas mal » , pense Seixas, qui a beaucoup échangé à propos de Huy avec ses coéquipiers belges Tiesj Benoot et Stan Dewulf.
« Il a rencontré plus de fois ce type d’efforts par rapport à l’an dernier, donc il a progressé » , note Quiclet. Le plateau, avec moins de purs puncheurs qu’avant, pondère aussi son manque d’explosivité supposée. Mais c’est en haut du mur de Huy, mercredi en fin de journée, que tout sera plus clair.
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Ferrand-Prévôt de retour
22 Apr 2026 - L'Équipe
A. Ro., à Huy
Cela va raviver quelques souvenirs, de sa première carrière sur route, car Pauline Ferrand-Prévôt n’avait plus mis ses roues sur la Flèche Wallonne depuis 2018, une épreuve dont on n’a pas besoin de se demander si elle a les capacités requises pour avaler le mur de Huy, puisqu’elle l’a remportée en 2014, devant Lizzie Armistead et Elisa Longo Borghini. Si l’Italienne, absente aujourd’hui, affaiblie par un virus, court toujours, tout cela remonte à un autre temps, et la vainqueure du dernier Tour de France, après sa 2e place au Tour des Flandres et sa 3e à Paris-Roubaix en soutien de Marianne Vos, va se mesurer à une concurrence féroce lors de la deuxième et dernière ascension du mur. D’abord celle de Puck Pieterse (Fenix-Premier Tech), qui avait déposé tout le monde l’an passé ici même et qui tourne autour d’une grosse victoire cette saison (4e à San Remo, 3e au Tour des Flandres). Celle de Demi Vollering, pour poursuivre la belle saison de FDJ United-Suez et sa propre série sur la Flèche, puisque la Néerlandaise reste sur une victoire en 2023 puis deux 2es places. Ou encore Kasia Niewiadoma (Canyon//SRAM), lauréate en 2024, 2e de l’Amstel dimanche derrière Paula Blasi qui avait piégé toutes les favorites, voire Liane Lippert.

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