Jakob Ingebrigtsen: « Quand je serai prêt à courir, je prendrai des risques »


Opéré du tendon d’Achille gauche en février, le double champion olympique (1 500 et 5 000 m) espère reprendre la compétition cet été. Alors que la saison se lance vraiment ce samedi à Shanghai, le Norvégien a accepté de parler de lui, de demi-fond et de dopage.

“On ne veut jamais se faire opérer. 
Il faut tout calculer soigneusement. 
Mais on a choisi l’opération parce que 
le problème était plus grave en janvier qu’en été ''

"Aujourd’hui, le dopage est bien plus sophistiqué qu’autrefois. 
Ce n’est plus le dopage massif et évident du passé"

13 May 2026 - L'Équipe
ROMAIN DONNEUX

SANDNES (NORVÈGE) – De retour d’un footing de 12 km autour de la Sandneshallen, Jakob Ingebrigtsen (25 ans) enchaîne les lignes et les éducatifs en cette matinée de mars ensoleillée. Opéré début février du tendon d’Achille gauche aux États-Unis, le double champion olympique (1 500 m en 2021, 5 000 men2024) prend son temps, chez lui, en espérant remettre un dossard avant la fin de l’été. Pour L’Équipe, il a accepté de raconter ses derniers mois compliqués tout en louant les résultats de Jimmy Gressier et de rester critique sur le dopage qui, selon lui, gangrène son sport.

- Comment allez-vous?

Je me sens plutôt bien. Çanefait queonze semaines ( entretien réalisé le 27 avril) depuis l’opération, donc c’est très court. Comptetenu du peu de temps écoulé, je pense que je m’ensors vraiment très bien. Après quatre semaines, j’étais déjà enavance. J’ai augmenté progressivement le volume et l’allure. J’aurais peut-être pu aller unpeuplus vite, mais avec mesfrères (Henrik et Filip), on a estimé que le risque serait trop élevé. Je nesuis pas pressé. J’essaie donc d’être prudent, mêmesiles progrès sont rapides. La semaine dernière, j’ai couru 170 kilomètres, soit presque 100 % de mon volume habituel. Il me manque peut-être 5 à 10 kilomètres. Mais unegrande partie était àallure lente. J’ai fait trois séances d’intervalles encourse àpied et trois séances d’intervalles sur cross-trainer (vélo elliptique). Doncmême si le volume est élevé, seule la moitié est vraiment qualitative. Le kilométrage n’augmentera peut-être pas beaucoup plus, mais l’allure et l’intensité, elles, vont augmenter. Sur le plan aérobie, je suis très fort, parce quej’ai maintenu ma condition physique grâce aucross-training et auvélo. J’ai gardé une charge d’entraînement élevée. Maintenant, je dois simplement transférer ça vers la course àpied.

- Avez-vous des douleurs au tendon?

Mon tendon d’Achille va très bien. Le problème nevenait pas du tendon lui-même, mais d’une sorte depoche de liquide (gaine) qui provoquait dela raideur. Je fais très attention àla préparation avant decourir avec des étirements, durenforcement musculaire. Je sens que ça s’améliore un peu chaquesemaine. Après unelongue période sans courir, tout doit se réhabituer à une charge normale. Çapeut devenir raide, donc il faut être prudent, mais ça progresse constamment.

Une opération reste toujours quelque chose de risqué, surtout concernant les tendons d’Achille. Pourquoi avoir fait ce choix?

Onneveut jamais se faire opérer. Il faut tout calculer soigneusement. Mais onachoisi l’opération parce quele problème était plus grave enjanvier qu’en été. Àcemoment-là, il n’y avait plus vraiment d’autre choix. J’ai fait l’opération aux États-Unis (à Palo Alto en Californie) parce quemonfrère Henrik avait eule même problème en 2022, lorsque nous étions à Flagstaff ( Arizona). L’intervention était peurisquée parce qu’on n’a pas touché autendon d’Achille en lui-même. On a seulement retiré la gaine (environ cinq centimètres). Elle était épaissie, cicatricielle, rigide. Maintenant, c’est normal et le problème nedevrait pas revenir.

- Est-ce que vous avez déjà une date programmée de retour alors que vous n’avez plus couru en compétition depuis les Mondiaux de Tokyo en septembre dernier (10e du 5 000 m)?

Je neveux pas que la compétition influence maré éducation. Mais quandje serai prêt à courir, je prendrai des risques, évidemment. J’espère pouvoir participer àdescourses dans la deuxième partie de l’été (les Championnats d’Europe sont prévus du 10 au 16 août), mais àquel niveau, je ne sais pas encore. Le plus important pour moi, c’est de retrouver un entraînement normal. Et je sais que, pour courir vite, je dois m’entraîner. Avec tout ce quej’ai perdu, il ne suffit pas de revenir à un volume normal, je dois aussi rester à ce niveau pendant plusieurs mois. On verra donc quand ce sera le bon moment. Je n’ai pas dedate limite, ni de compétition prévue pour l’instant.

- Lors des derniers Mondiaux, Jimmy Gressier est devenu champion du monde du 10000 m. Dans son sillage, le demi-fond français est en pleine progression. Qu’est-ce que cela vous inspire?

Tout repose sur le fait deconsacrer sa vie àunobjectif. Peut-être quecela manquait un peu en France notamment à cause dela domination decertains athlètes. Cela paraissait impossible degagner. Et quandquelque chose semble impossible, onn’essaie mêmepas, et onneconsacre certainement pas sa vie àcela. Aujourd’hui, onvoit des Européens, des Américains et d’autres athlètes qui consacrent leur vie à ce sport, parce qu’ils ont vu quec’était faisable. Jimmy champion du monde, cela prouve que peu importe d’où l’on vient, peu importe son parcours, tout repose sur l’entraînement, la discipline et la préparation. Jimmy a fait le travail nécessaire pendant des années. Je l’affrontais déjà en2016, et il court toujours aujourd’hui. Avec dix ans d’entraînement detrès haute qualité, il est logique dedevenir unexcellent coureur. C’est inspirant àvoir.

- Jimmy Gressier a cité la lutte antidopage commel’un des facteurs de sa réussite. Est-ce que vous êtes d’accord avec cela?

Les autorités antidopage font dubon travail, mais il y ale sentiment qu’elles sont limitées. Cequi mefrappe, c’est le silence. Pourquoi personne neparle? Onvoit des vidéos sur les réseaux sociaux d’athlètes universitaires américains qui disent voir des produits dopants dans les vestiaires. Le niveau des universités américaines est parfois plus élevé quecelui des Championnats du monde. Comment est-ce possible? Aujourd’hui, le dopage est bien plus sophistiqué qu’autrefois. Ce n’est plus le dopage massif et évident dupassé. C’est subtil, précis, parfois presque indétectable. C’est ce qui rend la situation si complexe. Ledopagen’est plus un raccourci, il est devenu un complément. Voilà la différence. Si vous vous dopez et que vous vous entraînez très bien, vous obtenez des performances incroyables. Il y aquinze ans, le dopage pouvait être unraccourci. Aujourd’hui, tout le mondes’entraîne extrêmement bien. Tout le mondemange bien, dort bien, optimise la récupération. La perception générale du public est que tout le monde se dope. Et c’est dangereux, parce queles jeunes athlètes commencent àcroire quec’est normal. C’est tragique. Il nes’agit pas seulement de gagner.

Il s’agit d’intégrité, de progression personnelle, devoir jusqu’où l’on peut aller naturellement.»

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