Rondel, un plan carré
Mathys Rondel (à droite, casque rouge) pointe à 10
secondes du maillot rose Giulio Ciccone après la 4e étape.
Dès les juniors, le Français s’est tracé une feuille de route précise qu’il s’applique encore à suivre aujourd’hui. Pour son premier Giro, le grimpeur de l’équipe Tudor espère ainsi s’approcher du top 10. Et vise, d’ici trois ou quatre ans, un podium en g
"Je n’ai pas de limite, mais je ne crois pas au père Noël non plus.
Et j’ai encore bien sûr des étapes à franchir"
- MATHYS RONDEL
13 May 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS
COSENZA (ITA) – Jusqu’ici, tout se déroule comme prévu. Après les quatre premières étapes du Giro (diffusé sur Eurosport, disponible sur L’Équipe), Mathys Rondel a rempli son objectif de « ne pas perdre de temps » en pointant toujours dans la mêmeseconde que les cadors, à 10’’ de Giulio Ciccone, qui a pris le maillot rose, hier, à Cosenza.
Samedi, « ses jambes ont très bien répondu » lors de la montée de Lyaskovets (3,9 km à 6,8 %), au sommet de laquelle il a viré en 4e position, juste derrière Jonas Vingegaard, Giulio Pellizzari et Lennert Van Eetvelt.
Ce premier test, lors de la deuxième étape, a été d’autant plus prometteur que le Français de 22 ans goûte peu aux efforts de puncheur. Il avait été pris, aussi, dans l’énorme strike survenu juste auparavant. « C’est rassurant, surtout que j’ai dû faire un gros effort après la chute pour me replacer », racontait-il, lundi, lors de la journée de repos.
Seul Français à jouer le classement général, Rondel avance sur son premier grand tour « sans pression du résultat », en tant que « co-leader en apprentissage » auprès de Michael Storer (29 ans). Un statut qu’il a su gagner chez Tudor grâce à des résultats en pleine croissance ce printemps (12e de l’UAE Tour, 8e de Paris-Nice et 5e du Tour des Alpes). « Mathys a un grand potentiel, loue Storer. C’est un coureur très ambitieux, unique en son genre. »
« Il est réservé, juge son coéquipier Larry Warbasse, de 13 ans son aîné. Au début, il ne parle pas beaucoup. Mais une fois qu’on se connaît mieux, il est vraiment intéressant. Il est plus libre que la plupart des cyclistes. Et je trouve ça super. »
Sans rien revendiquer, silencieux sur les réseaux, Rondel cultive sa différence. Tous les coureurs s’installent sur la grouillante Côte d’Azur? Le Manceau est parti chercher le calme et l’isolement dans la nature sauvage des Hautes-Pyrénées. Ce pur grimpeur s’y est récemment installé, en famille, pour manger du col, s’endurcir en s’entraînant sous toutes les conditions possibles pour « devenir indifférent » à la météo en course.
Du patinage de vitesse et du roller au vélo
Il tombe malade? « Je ne me soigne pas et laisse mon corps se rétablir », explique-t-il, ne prenant des médicaments que lorsqu’il s’y sent contraint. Touché par un virus après Paris-Nice, il avait attendu une dizaine de jours avant de « passer aux antibios », traitement nécessaire pour parfaire son rétablissement et partir en altitude suffisamment en forme.
« Il a des convictions assez fortes », observe Boris Zimine, son directeur sportif et homme de confiance, « marqué par la loyauté » de son poulain. C’est lui qui a su le faire venir chez Tudor, en 2023, malgré les approches de Visma et de Soudal-Quick Step, parce qu’il avait été le premier à croire en lui. Zimine était tombé sous l e charme de ce « profil atypique » dès le printemps 2022, par l’entremise de Clément Braz Afonso, qu’il avait dirigé au CC Étupes.
« Sur le Tour de la Mirabelle ( une épreuve 2.2), Clément m’avait appelé : “Bobo, j’ai fait une échappée avec un mec aujourd’hui. Son profil va te faire kiffer!” » Rondel ne faisait alors du vélo que depuis deux ans, après avoir lâché le patinage de vitesse et le roller, sport où son père cumulait les trophées. « Je m’ennuyais à tourner en rond, confiait-il à la fin de son unique saison chez les amateurs, en 2022 donc, au VCP Loudéac. Alors que le vélo, c’est la liberté. »
Un an plus tôt, il n’avait pas hésité à arrêter ses études avec le seul bac en poche, pas loin de la mention très bien, pour se consacrer à 100 % à ce sport qu’il découvrait à peine, convaincu qu’un avenir l’y attendait. Pour se lancer, en juniors, il demande à l’ancien pro Julien Guay de l’entraîner et lui exprime son projet très ambitieux. « Je ne voulais pas passer pro pour passer pro », carrière. Un plan qu’il parvient, toujours, à suivre à la lettre. Ou presque. « J’ai actuellement six mois de décalage, quantifie-t-il. Ça correspond à peu près à mes blessures au genou à mon arrivée chez Tudor. »
Son premier grand tour devait être la Vuelta 2025. Ce sera finalement le Giro 2026. « Mais ce n’est pas un drame, sourit-il. J’ai encore le temps.Les grands tours, j’en aurais sûrement une bonne vingtaine à la fin de ma carrière. »
En Italie, durant ces trois semaines, lui comme son équipe se refusent à cibler un objectif chiffré.
« Je suis là dans l’optique de découvrir et faire du mieux possible chaque jour. Un top 10 serait une belle première, une belle marque pour commencer. Et si ce n’est pas le cas, ce sera de l’expérience pour l’année d’après. On pourra alors viser mieux qu’un top 10, voire bien mieux. »
Car son plan l’emmène « haut, très haut, dévoile-t-il, sur le podium, voire à la plus haute place d’un classement général d’un grand tour ». Et il l’imagine bien sur le Giro, son grand tour favori. « Car j’aime vraiment le parcours et l’histoire que raconte cette course, la neige en haut des cols, l’aura du peuple italien, qui connaît le vélo. »
Il sait aussi que le Giro, plus imprévisible, lui offre à terme plus d’opportunités qu’un Tour de France, où des coureurs au potentiel supérieur risquent de lui barrer la route, comme Tadej Pogacar ou Paul Seixas. Ambitieux mais lucide. « Oui, Il y a cette dimension inaccessible du Tour de France. Je n’ai pas de limite, mais je ne crois pas au père Noël non plus. Et j’ai encore bien sûr des étapes à franchir. Mais dans trois ou quatre ans, maximum, j’aimerais bien être monté sur un podium de grand tour.
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Ciccone en rose
13 May 2026 - L'Équipe
J. C.
Après le Grand Départ en Bulgarie, la 4e étape marquait hier l’arrivée du Giro sur ses terres. Pour le grand bonheur des tifosi, Giulio Ciccone (Lidl-Trek) s’est emparé du maillot rose, à Cosenza, grâce aux bonifications glânées au sprint intermédiaire (2’’) puis à l’arrivée (4’’). Au sprint, il a pris la 3e place derrière Orluis Aular (Movistar) et Jonathan Narváez (UAE Emirates-XRG), vainqueur pour la 3e fois sur le Tour d’Italie. L’Italien a profité de la défaillance de l’Uruguayen Thomas Silva (XDS Astana), leader depuis la 2e étape. Ce dernier a subi le même sort que la plupart des sprinteurs, à l’image de Paul Magnier, en explosant dans le Cozzo Tunno (2e catégorie), à 53 km de l’arrivée. Le tempo des Movistar a réduit le peloton à une quarantaine d’unités, éjectant même Egan Bernal (Netcompany-Ineos), revenu après la descente. Jonas Vingegaard (Visma-Lease a Bike) a perdu un équipier, Wilco Kelderman, non-partant, alors que deux sprinteurs ont abandonné : Arnaud De Lie et Kaden Groves.
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