La bataille perdue des sprinteurs


Paul Magnier, 6e à droite, a souffert hier et, comme les autres sprinteurs, n'a jamais 
été en mesure de se battre pour le sprint final. Mais il conserve son maillot cyclamen.

Distancés dans la première montée, et définitivement après la deuxième, Paul Magnier et les sprinteurs ont manqué une occasion hier à Novi Ligure, au bout d’une journée qu’ils craignaient. Rendez-vous dimanche à Milan.

«J’ai fait une bonne performance dans l’ascension, 
mais ce n’était pas suffisant»
   - PAUL MAGNIER

22 May 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

NOVI LIGURE (ITA) – L’indicible beauté de la Ligurie et de ses routes surplombant la mer était une invitation à la balade et à la langueur sous les premiers soleils de plomb hier.

Dans une sorte de mini Milan-San Remo en sens inverse, entre Imperia et Novi Ligure, le peloton du Giro n’a pas eu ce privilège. Il a plutôt souffert de la route et de la chaleur. Surtout les sprinteurs, qui ne retrouveront une occasion de s’expliquer en masse qu’à Milan dimanche et à Rome une semaine plus tard.

À Imperia, le matin, en tendant l’oreille, il était pourtant assez facile d’estimer que certains d’entre eux n’étaient pas très confiants sur le scénario du jour. L’enchaînement du colle Giovo (7,8 km à 4,9 %) et du Bric Berton (7,5 km à 4,9 %), pourtant situé à 50 kilomètres de l’arrivée, provoquait des frayeurs. « On n’est pas sûrs à 100 % aujourd’hui, il y a plusieurs plans si jamais celui-ci ne fonctionne pas » , avait lâché Dylan Groenewegen (Unibet Rose Rockets) à propos d’un sprint massif.

« Il y a une petite chance de voir un sprint, car il y a des montées quand même avant et elles vont être difficiles » , esquivait Jonathan Milan, le sprinteur de Lidl-Trek. Le Français Paul Magnier, qui portait le maillot cyclamen au départ et l’arborera toujours aujourd’hui avec désormais seulement 11 points d’avance sur Jhonatan Narváez (UAE Emirates-XRG), avait déjà presque tout prévu dans son analyse : « S’il y a une belle bataille pour l’échappée, ce ne sera pas facile. On va essayer de contrôler toute la journée, et ce ne sera pas simple non plus avec la chaleur. On verra l’objectif des autres équipes. Je me sens bien en ce moment, s’il y a quelques accélérations je pourrai être là, mais si le peloton explose, ce sera sûrement fini. » Le double vainqueur en Bulgarie au début du Giro ne s’est pas trompé.

Groenewegen a été le premier à perdre toute chance de victoire. Magnier, lui, a été décroché dans le colle Giovo, avant de revenir au courage, puis de baisser les armes dans le Bric Berton. L’Isérois s’est pourtant battu comme un beau diable sur son vélo, s’arrosant très souvent d’eau fraîche, le visage en souffrance. « Si Movistar avait durci deux kilomètres plus tard, Paul et (Jonathan) Milan auraient été là. Dans les derniers kilomètres, c’était trop dur et trop rapide », analysait Davide Bramati, un des directeurs sportifs de Soudal - Quick-Step.

Plus surprenant, lorsque Magnier a été lâché à 55,7 km (2,7 km du sommet), aucun coéquipier ne l’a dans un premier temps attendu. Avant que Gianmarco Garofoli, puis Filippo Zana, ne viennent l’aider. « On a fait relever trois coureurs pour Paul, mais quand tu arrives à la minute de retard au sommet, ça ne sert à rien d’essayer de faire plus, devant ça roulait trop fort pour rentrer, c’était impossible, jugeait Bramati. C’était très dur, mais il prend de l’expérience sur une étape comme ça. »

« À la fin de la deuxième montée, Movistar a imposé un très gros rythme, il m’en a manqué, confiait le Français de Soudal - Quick Step après l’arrivée. Je pense que j’ai fait une bonne performance dans l’ascension, mais ce n’était pas suffisant. »

Magnier surpris de garder son maillot cyclamen

Un peu plus tard, Magnier a échangé quelques mots avec Milan dans le groupe des retardés pour savoir qui roulait devant et si l’optimisme devait rester de rigueur. « On espérait revenir dans la longue descente, elle était un peu technique, on a essayé d’aller le plus vite possible. Je suis un peu déçu mais c’est comme ça » , lâchait Magnier, qui était même surpris de garder son maillot cyclamen.

Movistar, aidé à plusieurs reprises par NSN Cycling et EF Education-EasyPost, a continué à imprimer ensuite un gros tempo pour écarter définitivement les grosses cuisses. Il y avait 1’15” d’écart à 30 bornes de l’arrivée, un peu plus dix kilomètres plus loin. « Nous nous sommes relevés à 15 km de la ligne d’arrivée, constatait, impuissant, l’Italien Milan, qui a bien collaboré avec Magnier et le seul Garofoli pour sauver ce qui était possible de l’être. Je suis désolé, je ne peux rien dire d’autre. Les possibilités sont ce qu’elles sont dans un Grand Tour. Je voulais bien faire, maintenant passons à dimanche. » Milan, la tête à Milan, tout comme Magnier. Ces deux-là et les autres sprinteurs auront une revanche à prendre en Lombardie.

***

Segaert et Bahrain Victorious, une journée parfaite

22 May 2026 - L'Équipe
Th.P. à Novi Ligure.

Les rares sprinteurs qui avaient survécu aux deux difficultés du jour, Orluis Aular (Movistar), Corbin Strong (NSN) ou Florian Stork (Tudor), ont été piégés par un homme qui aime les efforts en solitaire. Le rouleur Alec Segaert a réalisé un grand numéro pour décrocher sa première victoire d’étape sur un Grand Tour, à 23 ans. Le Belge de Bahrain Victorious, déjà très malin il y a quelques semaines au GP de Denain, est sorti très très fort à 3,4 km de la ligne, sans jamais se retourner. « J’avais décidé ça la veille, souriait le Belge. Je l’ai toujours eu en tête. J’ai vu que c’était le bon moment sur le parcours. Les coéquipiers des sprinteurs ont dû rouler à fond et quand ils étaient tous à la limite, c’était ma chance de m’engager pour un dernier effort. » Il a gardé trois secondes d’avance sur le reste du peloton, offrant à sa formation un nouveau grand bonheur après le maillot rose d’Afonso Eulálio depuis maintenant huit étapes. Hier, le Portugais s’est même payé le luxe d’aller chercher six secondes de bonifications.

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