Le nouveau tsar
Paul Magnier a consolidé son avance sur Jonathan Milan (à gauche) pour le maillot cyclamen, avant de célébrer avec ses coéquipiers de Soudal - Quick-Step (ci-dessous).
GIRO 2026 - 3e étape
En s’imposant hier à Sofia devant Jonathan Milan et Dylan Groenewegen, Paul Magnier, vainqueur pour la deuxième fois en trois jours sur le Giro, s’affirme comme le patron du sprint.
"Il prend désormais les choses plus sérieusement.
Cet hiver, c’est la première fois que je l’ai vu faire
un bon sac de pluie pour la voiture!"
- DRIES VAN GESTEL , COÉQUIPIER DE PAUL MAGNIER
"On l’a vu sur plusieurs courses par étapes :
quand il est en confiance,
s’il en gagne une,
il lâche tout ensuite"
- LAURENT MAGNIER, PÈRE DE PAUL
11 May 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS
SOFIA – Au pied de la statue du Tsar Libérateur, érigé en 1903 en l’honneur d’Alexandre II, un nouveau règne a peut-être pris forme, hier, à Sofia. Deux jours après avoir conquis la première étape à Bourgas, l’Isérois a remis ça dans la capitale bulgare pour s’affirmer comme le nouveau prince du sprint. Dans sa chambre, le sprinteur de Soudal - Quick-Step pourra encadrer la photo d’arrivée de cette troisième étape du Tour d’Italie.
Sur sa droite, le maillot vert du dernier Tour de France, Jonathan Milan, qui a sans doute lancé le sprint d’un peu trop loin, à 300 m. Et à sa gauche, Dylan Groenewegen, 81 victoires, dont 6 sur la Grande Boucle, revenu très fort de l’arrière. Trois hommes têtes baissées, trois vélos jetés sur la ligne avec toute la rage du monde. Mais un seul vainqueur, Paul Magnier, premier Français à remporter deux étapes en grand Tour avant de fêter ses 23 ans (il les aura l’an prochain) depuis Warren Barguil en 2013.
Vendredi dernier, une chute massive avait réduit le peloton à une douzaine d’hommes pour le sprint, éjectant de nombreux cadors dont Groenewegen. Cette fois, aucun incident du genre. Le combat, limpide, s’est joué à la régulière. Àla pédale. « Aujourd’hui, c’était vraiment un sprint massif, tous les sprinteurs étaient ici, savourait le Français.
C’est bien sûr l’une des plus belles victoires. La première, vendredi, va me rester longtemps en tête. Elle était pleine d’émotions avec le premier maillot rose (logiquement cédé le lendemain, lors d’une 2e étape pour puncheurs). Je savais que je pouvais gagner. Le refaire avec ce maillot cyclamen rend la chose très spéciale. Je sens que j’ai franchi un cap dans la discipline du sprint. »
Galvanisé par la victoire de son poulain, vendredi, Soudal - Quick-Step a donc rapidement mis en route derrière les fuyards Manuele Tarozzi, Diego Pablo Sevilla et Alessandro Tonelli, qui ont résisté jusqu’à 400 m de la ligne. « Car on avait confiance en sa capacité de gagner l’étape », raconte Ayco Bastiaens, qui a « tiré le peloton toute la journée » avant de voir son leader le récompenser d’un nouveau bouquet. « C’est un plaisir de faire le travail pour quelqu’un comme Paul », dit-il au sujet de ce « super garçon, très beau, très marrant », selon son directeur sportif Davide Bramati. Fun, certes, mais « qui prend désormais les choses plus sérieusement, glisse Dries Van Gestel. Cet hiver, c’est la première fois que je l’ai vu faire un bon sac de pluie pour la voiture! »
Il y a deux ans, alors chez Total-Énergies, le Belge (31 ans) avait reçu un coup de fil de la part de Johan Molly, recruteur-soigneur chez Soudal - Quick-Step. « Il m’a dit: “Dries, je te veux chez Quick-Step, car on a un jeune français. Il s’appelle Paul Magnier et il a encore beaucoup de choses à apprendre. Je pense que tu peux vraiment l’aider.” » Aujourd’hui, il n’est pas simplement son poisson-pilote, une appellation qu’il n’aime pas – « je préfère dire que je lui donne l’opportunité de lancer son sprint ».
Van Gestel joue surtout auprès de lui un rôle de grand frère, dédié à le faire grandir sur tous les aspects de leur métier. Ils partagent la piaule sur le Giro. « Paul a demandé à être en chambre avec lui, précise Laurent Magnier, son père. Parce que Dries a du métier, il est très, très pointilleux pour lui montrer comment préparer sa valise, bien s’organiser, garder les mêmes heures de sommeil… Paul a choisi maintenant des gens très professionnels autour de lui. Alors que l’an dernier, il était plutôt avec des plus jeunes comme Antoine Huby. Avant, il n’avait pas vraiment de modèle. » Van Gestel, qui avait participé à « 17 des 19 victoires » de son protégé l’an passé, voit déjà la différence: « Il était déjà très bien, très fort, mais il était un peu foufou. Il joue beaucoup. Cette année, on voit qu’il a grandi. »
L’évolution se fait de manière « plutôt continue », juge son père. « Je grandis marche après marche », répète d’ailleurs le maillot cyclamen, bien décidé à conserver sa tunique jusqu’à Rome. « Il y a une grande différence entre le Paul du Tour d’Algarve et celui du Giro, juge Jasper Stuyven, qui a suppléé hier Van Gestel, tombé lors de la 2e étape, dans le rôle de dernier lanceur. Le fait qu’il se sente fort le rend calme. Et il écoute ce qu’on lui dit. » « Il avait besoin d’apprendre et je pense qu’il a déjà beaucoup appris, relève Bramati. Paul est jeune. Il a encore des étapes à franchir. Mais je crois qu’il vient d’en franchir deux d’un coup! »
Il reste 18 étapes sur ce Giro, dont au moins 3 promises aux sprinteurs. Le festival Magnier n’est donc sans doute pas terminé. Car chez lui, l’appétit vient surtout en mangeant, comme le relève son père: « On l’a vu sur plusieurs courses par étapes: quand il est en confiance, s’il en gagne une, il lâche tout ensuite. » Vivement donc la Calabre, où les coureurs prendront le départ de la 4e étape, demain. Magnier devait y atterrir dès hier soir. « Les routes de Bulgarie m’ont donné des ailes, image-t-il. J’espère que ça va continuer ainsi en Italie. »
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