VIVEMENT JUILLET
PAUL SEIXAS a mis fin au suspense.
Le prodige du cyclisme français prendra le départ de la Grande Boucle 2026.
A confirmé hier sa présence sur le Tour de France. Un cheminement qui a pris de longs mois et s’est accéléré ces dernières semaines.
Sa course la plus longue ? Le Dauphiné 2025, qu’il avait terminé exténué
5 May 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
Dimanche 26 avril, dans un gymnase de Liège qui faisait office de salle de presse, Paul Seixas avait quitté les micros et les caméras sur une phrase énigmatique mais teintée d’un petit sourire. « Pour l’instant, je ne connais pas ma prochaine course » , avait lâché le Français de 19 ans, tout juste deuxième de Liège-Bastogne-Liège derrière Tadej Pogacar. Désormais, il sait. Ce sera le Tour Auvergne-Rhône-Alpes, du 7 au 14 juin.81e année France métropolitaine 2,60 € mardi 5 mai 2026 N° 26 193
Mais ce n’est pas cette fumée blanche-là que les spectateurs attendaient avec impatience et excitation. Elle s’est toutefois diffusée hier matin, à 10 heures pétantes, sous la forme d’une vidéo postée par Seixas luimême sur les réseaux sociaux, tournée la semaine dernière dans la maison de ses grands-parents, en Haute-Savoie. « Je suis venu pour vous annoncer quelque chose de particulier. En juillet prochain, j’aurai une course… » , démarre-t-il, assis à la table familiale, et vite coupé par sa grand-mère Suzanne : « Ah bon ? C’est-à-dire, c’est-à-dire? Laisse-nous deviner? Le Tour de France? » Seixas répond par l’affirmative, sa grandmère est aux anges, son grand-père encore plus. « Alors là, je suis l’homme le plus heureux » , sourit José Manuel, 85 ans, avec qui le petit Paul regardait le Tour de France gamin. Dans quelques semaines (4-26 juillet), le leader de Decathlon CMA-CGM y jouera un rôle majeur dès sa première participation.
« C’est mon rêve d’enfant, quelque chose que j’ai souvent imaginé et c’est désormais tout proche. Je n’ai que 19 ans mais, comme je l’ai déjà dit, l’âge n’est ni un frein ni une excuse. Cette décision, prise en concertation avec la direction de l’équipe, a été mûrement réfléchie et s’est construite collectivement ces derniers jours » , a ensuite expliqué Seixas dans un communiqué de sa formation, dont les sponsors avaient été mis dans la confidence dimanche soir.
Le Giro était incompatible avec Liège-Bastogne-Liège
Personne n’est tombé du lit en apprenant la nouvelle, tant les signaux étaient au vert depuis quelques semaines. « C’est évident que j’ai envie de faire le Tour. Mon rêve, c’est de faire le Tour, je l’ai déjà dit, mais je pense plus rationnel pour l’instant, expliquait le coureur français dans L’Équipe mi-décembre après avoir dévoilé son programme pour la première partie de saison. Je pense à ce qui est le mieux pour moi et c’est pour cela que je n’arrête pas encore la décision. »
La photographie, à cet instant, était la quasi-certitude de faire un grand Tour durant la saison – une volonté de Seixas balisée dès octobre – pour se tester sur trois semaines. Le Giro aurait pu être l’option n° 1, mais l’ambition d’atteindre un premier pic de forme au moment de Liège-Bastogne-Liège fin avril se heurtait à une présence sur les routes d’Italie (départ le 8 mai en Bulgarie). La Vuelta (22 août-13 septembre) entrait aussi trop frontalement avec le GP de Québec (11 septembre) et de Montréal (13 septembre), avant-goût des Championnats du monde au Canada (20-27 septembre), où il devrait être le leader de l’équipe de France.
Restait donc seulement la Grande Boucle, que Seixas souhaitait faire, mais en ayant la certitude – par les chiffres et son ressenti – qu’il pouvait y exprimer pleinement son potentiel. Une réunion en milieu de semaine dernière avec l’encadrement et les dirigeants a permis de lever ces doutes.
Depuis sa reprise en février au Tour d’Algarve (2e du général et une étape), Seixas a franchi les paliers les uns après les autres, les données collectées étaient à chaque fois meilleures que les précédentes, ses sensations sur le vélo aussi, au point qu’il a confié plusieurs fois trouver sa résistance en course de plus en plus forte et sa récupération bien meilleure.
Lauréat de la Faun Ardèche Classic (28 février), 2e des Strade Bianche derrière Pogacar (7 mars), vainqueur du Tour du Pays basque et de trois étapes, de la Flèche Wallonne (22 avril) et sur le podium de LiègeBastogne-Liège (26 avril), le natif de Lyon n’a souffert d’aucune embûche dans sa montée en puissance.
Ses éventuels coéquipiers pour le Tour ont été prévenus mi-avril qu’il fallait se tenir prêt et que les calendriers pouvaient évoluer. L’analyse de sa récupération au fil du Tour du Pays basque, pendant la semaine des Ardennaises et dans la foulée des courses en Belgique a fini par convaincre l’encadrement de DecathlonCMA CGM que le risque était mesuré, voire nul, d’enquiller trois semaines en juillet.
Pas de risques à court terme, ni à moyen terme, la cellule de performance regardant au-delà de la saison 2026 en termes de progression et de construction d’un corps encore jeune. Seixas, lui, se sentait prêt, sa confiance montant elle aussi d’une manière vertigineuse.
Jusque-là, il n’a pourtant jamais fait plus de huit jours de course, sur le Dauphiné en mai dernier (8e du général). Il avait d’ailleurs fini exténué, à bout de forces, mais assez lucide pour demander à son équipe de le descendre en voiture après l’arrivée de la dernière étape. Victime d’une fringale, il s’était alors jeté sur une pizza pour garder la lumière à tous les étages. Cet épisode apparaît déjà bien loin dans sa carrière du jeune Seixas. Et cette fois, le Tour Auvergne-Rhône-Alpes (ex-Dauphiné), sera sa seule course de préparation avant le Grand Départ, le 4 juillet à Barcelone.
Il ne se présentera pas au chrono des Championnats de France ni à la course en ligne, alors que le premier était initialement envisagé. Mais consigne a été donnée de limiter les jours de course pour arriver avec le plus de fraîcheur possible début juillet. Juste après avoir reconnu quelques étapes du Tour, Seixas ira en altitude entre deux et trois semaines à partir de la mi-mai, en Sierra Nevada, comme en février, pour préparer son organisme et ses jambes à un effort sur 21 étapes.
« Nous, nous ne sommes pas forcément favorables à ce qu’il fasse le Tour cette année, ni même un grand Tour. On trouve que c’est un peu trop tôt. Mais à la fin, c’est lui qui décidera et on suivra sa décision, on a confiance en lui » , confiait en janvier dernier son papa, Emmanuel.
« Ce n’est pas mon état d’esprit ni ma conception du cyclisme de m’aligner sur le Tour de France dans un seul objectif de découverte et je viserai le meilleur classement possible » , a poussé encore plus loin le fiston hier. Ambition assumée, détermination maximale.
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SANS PRESSION
Alexandre Roos
5 May 2026 - L'Équipe
Paul Seixas a donc mis fin à un suspense que l’on devinait de plus en plus maigre à mesure qu’il montait les marches quatre à quatre et enchaînait les performances de cador. Il sera au départ du prochain Tour de France, et tant mieux, car au-delà de l’excitation qu’il a commencé à allumer un peu partout en France et même à l’étranger, nous n’aurions pas compris qu’il en fut autrement. Il a beaucoup été question de la lessiveuse de la plus grande course du monde, de cette manière impitoyable qu’elle a de broyer les plus jeunes, les plus faibles, les moins armés mentalement, mais le Français n’a en réalité aucune pression. Celle-ci repose plutôt sur son entourage, sur son équipe, qui doit construire un sas hermétique autour de lui, ne pas paniquer, trouver le réglage fin entre le protéger et ne pas trop en faire, car le traiter avec les honneurs d’un monarque ne l’aidera pas non plus. L’agitation gagne autour de lui, il n’a fallu que quelques étincelles ce printemps, au Tour du Pays basque, à Liège-BastogneLiège, pour que se réveillent des fantasmes enfouis, mais cette flamme naissante semble pour le moment à peine le frôler. En tout cas, il n’a rien montré d’un trouble, d’un début d’ébranlement. Il n’a déjà plus l’insouciance de ses 19ans, sauf dans sa manière de courir, mais il jouit encore de la clémence, de la mansuétude accordée aux jeunes premiers.
L’époque a beau détester la retenue, adorer les jugements définitifs qui changent aussi souvent que le sens du vent, personne de raisonnable ne lui reprochera de ne pas finir sur le podium à Paris ou même d’exploser en troisième semaine, en montagne ou ailleurs. C’est pour lui une occasion rêvée de se confronter à la violence du Tour de France, à son exigence physique, à son usure mentale. De goûter, au bout de la douleur, dans les pentes surchauffées de juillet, aux morsures venimeuses de Tadej Pogacar, sans qu’elles soient mortelles, sans qu’elles hypothèquent quoi que ce soit pour son avenir. De découvrir un nouveau monde, sur lequel il est appelé à régner. Tout ce vécu lui sera bénéfique quand sonnera l’heure de s’aligner au Tour de France en favori. Bien sûr, dans sa tête, il prendra le départ à Barcelone pour la gagne, car c’est le seul schéma qu’il contemple, mais il n’a rien à perdre. Qu’il en profite, ce sera peut-être la dernière fois de sa carrière.
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5 May 2026 L'Équipe
Egan Bernal 21 ans, 5 mois et 26 jours
Comme Paul Seixas l’été prochain, le Colombien dispute en France son premier Grand Tour, en 2018. Il finit 15e. Et s’imposera l’année suivante.
Tadej Pogacar 21 ans, 11 mois et 9 jours
Dès sa première participation en 2020, le Slovène remporte le Tour, dont il est le plus jeune vainqueur depuis Henri Cornet en 1904. Il y remporte également trois étapes. Il avait auparavant couru une Vuelta, l’année précédente (3 victoires d’étape, 3e du général).
Thibaut Pinot 22 ans, 1 mois et 3 jours
En 2012, le FrancComtois est l’invité de dernière minute de FDJ-Bigmat sur le Tour. Il s’impose à Porrentruy, sur la 8e étape, et termine 10e au général.
Romain Bardet 22 ans, 7 mois et 21 jours
Première participation au Tour en 2013 pour l’Auvergnat, qui termine 15e du général. Il atteindra le podium pour sa 4e participation en 2016, avant de récidiver en 2017.
Christopher Froome 23 ans, 1 mois et 17 jours
Le Britannique dispute son premier Grand Tour avec le Tour 2008. Il le termine à la 82e place au général.
Bernard Hinault 23 ans, 7 mois et 16 jours
Après sa victoire à la Vuelta en juin 1978, le « Blaireau » découvre le Tour la même année. Il y remporte trois étapes et le général.
Vincenzo Nibali 23 ans, 7 mois et 22 jours
En 2008, le « Requin de Messine » sort du Giro (qu’il avait déjà disputé en 2007) quand il découvre la Grande Boucle. Bilan : deux tops 10 (4e et 10e étape) et 19e du général.
Eddy Merckx 24 ans et 12 jours
Le Belge a déjà disputé trois fois (et gagné une fois) le Giro avant de courir sur le Tour en 1969. Cette année-là, il a d’ailleurs abandonné en Italie avant de venir en France. Et de gagner six étapes et le général.
Remco Evenepoel 24 ans et 5 jours
Le Belge a déjà deux Giros (2 abandons) et deux Vueltas (vainqueur en 2022, 12e en 2023) quand il prend le départ du Tour de France 2024. Il termine 3e du général et remporte un contre-la-montre.
Jonas Vingegaard 24 ans, 6 mois et 17 jours
En 2021, le Danois a plus de 24 ans lors de son premier Tour, qu’il aborde comme lieutenant de Primoz Roglic. Il termine 2e du général.
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