PAU CUBARSI “CONNUS COMME CUBARSI, LES MENUISIERS”
Issu d’une famille rurale de Catalogne, le jeune défenseur du FC Barcelone, âgé de 19 ans, nommé deux fois au Trophée Kopa, évoque ses racines, ses souvenirs de football et ses débuts fulgurants avec les Blaugranas.
“Robert (Lewandowski) est venu me voir :
« Tu as 17 ans, vraiment ? » Il n’en croyait pas ses yeux”
“Comme nous avons gagné l’euro,
beaucoup nous voient comme des favoris de la prochaine Coupe du monde.
Mais on ne doit pas penser à ça”
“L’odeur du bois, la sciure, les machines, les planches… c’est impressionnant. Ça fait partie de mon identité”
“Un jour, à l’entraînement, le frère de Xavi m’a pris à part : « On compte sur toi. Ne pars pas, tu vas être important. »”
14 Feb 2026 - France Football
Par Florent Torchut, à Barcelone (Espagne)
Photos Pierre Mérimée/l’équipe
Mon village
“Chez mes parents, il y a des moutons, des poules, des canards”
Malgré son jeune âge, Pau Cubarsi, ici à la lutte avec l’attaquant d’alavés Lucas Bové,
force le respect de ses adversaires par sa maturité et sa roublardise.
“Je viens d’estanyol, un tout petit village de moins de deux cents habitants près de Gérone (à une trentaine de kilomètres, au sud-ouest). Je ne les connais pas tous, mais presque. (Il sourit.) On y trouve quelques maisons rustiques isolées au milieu des champs, des animaux, c’est très calme. Avant, la route qui traverse le village était en terre, maintenant elle est goudronnée. Il n’y a pas d’école, juste la menuiserie de mon père et l’église. Alors, tous les matins, mes parents m’emmenaient vers 7 h 30 à Vilablareix, le village voisin, où vivent mes grands-parents. Je prenais le petit déjeuner avec mes cousins et ensuite on partait tous à pied à l’école.
Chez mes parents, il y a des moutons, deux chiens, des poules, des canards…
Les moutons broutent la pelouse et on mange les bons oeufs frais pondus par nos poules. Quand j’y retourne, je déconnecte complètement. Mon arrière-grand-père possédait déjà l’atelier. Mon grand-père a pris la suite, puis mon père et mon oncle. Dans le village, on nous connaît comme « Cubarsi, les menuisiers ». Pour un enfant, l’odeur du bois, la sciure, les machines, les planches… c’est impressionnant. Ça fait partie de mon identité.
Ma mère est employée administrative à la Generalitat (le gouvernement catalan). Quand on me demandait ce qu’elle faisait exactement, je disais qu’elle travaillait avec son ordinateur dans un bureau. (Il sourit.) J’ai une soeur qui a quatre ans de plus que moi et qui vient de terminer ses études de kinésithérapie. Aujourd’hui, on vit ensemble à Barcelone. Après trois ans passés à la Masia, je suis devenu indépendant. Mes parents viennent souvent dîner chez nous et ils restent dormir les jours de match.”
Mes premiers pas dans le foot “Défenseur central, je traversais le terrain pour marquer”
“Mon premier souvenir de foot, c’est dans la cour de l’école, à la récré. Très vite, je me suis dit que c’était ce que j’aimais le plus faire. J’ai signé ma première licence à Vilablareix vers 5 ou 6 ans. J’ai tout de suite démarré en défense centrale, car j’étais plus grand et plus physique que les autres. Mais ça ne m’empêchait pas de partir balle au pied, de traverser le terrain et de marquer. Ensuite j’ai rejoint le FC Gérone durant trois ans. Lors d’un tournoi à Cornella (près de Barcelone), pendant les fêtes de Noël, on s’est fait sortir par le Barça en quarts, 0-4.
Le lendemain, lors du match de consolation, le gardien dégage vite, je ne suis pas attentif, le ballon arrive sur moi, je tombe mal et mon doigt se disloque. On va à l’hôpital pour le remettre. Puis on revient au stade pour la remise des prix du tournoi. À ma grande surprise, je suis désigné au sein du « 7 » idéal. Il y a une photo où je pose avec le doigt bandé. Une semaine plus tard, mes parents m’annoncent que le Barça me veut. J’avais envie de sauter, de courir partout sur le parking. Moi qui suis si « culé » (fan du Barça), c’était impossible de dire non !”
Mes années à la Masia “Avec Lamine, on a quasiment le même parcours”
“Au début, je faisais quotidiennement l’aller-retour depuis Gérone pour venir m’entraîner l’après-midi. Le soir, je retournais dormir chez moi, on passait des heures sur la route. J’ai fait ça pendant quatre ans. À partir des U16, comme on s’entraînait aussi le matin, je suis resté vivre à la Masia. Avec Marc Bernal, on faisait souvent la même combinaison sur corner : il me la mettait fort et haut au second poteau, j’arrivais lancé et je dominais mes adversaires grâce à ma taille. J’ai mis pas mal de buts comme ça !
Avec Lamine (Yamal), on a quasiment le même parcours. Lui a grillé les étapes encore plus vite sur la fin. C’est très facile de jouer avec lui. Tu lui donnes le ballon et il te résout un match. Depuis qu’il est enfant, il a ce petit quelque chose pour décider d’une rencontre. Une fois, à l’entraînement, sur un un-contre-un, il m’a dribblé, j’ai glissé et je me suis retrouvé au sol. Il m’a ensuite charrié toute la semaine. Mais ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il a tiré… sur moi ! (Il éclate de rire.) Tant que ça ne finit pas en but, pour un défenseur, ça va.”
Mon amour pour le Barça “Mes références ? Puyol et Piqué”
“Mes premiers souvenirs du Barça sont liés à Messi, Iniesta et Xavi, puis à la MSN (Messi-suarez-neymar). La finale de la Ligue des champions contre la Juventus Turin en 2015 (succès 3-1, sur la pelouse de l’olympiastadion de Berlin), c’est le premier grand match dont je me rappelle vraiment. Ce jour-là, je me suis dit que je voulais jouer au Barça. Mon oncle allait souvent au Camp Nou, il m’en parlait tout le temps et j’étais émerveillé. C’est lui qui m’a le plus transmis ce sentiment d’appartenance. En mars 2019, lors de ma première saison au club, je suis allé avec lui voir le derby contre l’espanyol (2-0). Messi a marqué les deux buts, dont une sorte de panenka sur coup franc.
Mes références ont toujours été Carles Puyol et Gerard Piqué. De Puyol, j’ai surtout vu des highlights. J’ai essayé de m’inspirer de son caractère et de sa manière de guider l’équipe. De Piqué, que j’ai pu voir jouer, j’ai essayé de prendre la sortie de balle, le positionnement. Ça m’a beaucoup aidé à devenir le joueur que je suis. Et j’aime beaucoup (Virgil) Van Dijk (Liverpool), une référence par son calme, son leadership et sa façon de relancer. En réserve, plusieurs clubs ont commencé à s’intéresser à moi mais je ne me suis jamais projeté ailleurs. Un jour, à l’entraînement, le frère de Xavi (entraîneur adjoint) m’a pris à part : « On compte sur toi. Ne pars pas, tu vas être important. » Ces mots m’ont donné une dose de confiance supplémentaire. Le Barça est le club de ma vie.”
Mes débuts en pro “J’avais peut-être encore une tête de bébé…”
“On va jouer à Salamanque, en Coupe du Roi, contre Unionistas (D3, 3-1, le 18 janvier 2024). À la mi-temps (1-1), Xavi m’envoie m’échauffer. Juste avant d’entrer (46e), le coach me prend par le bras et me dit que j’ai toute sa confiance. Sur le terrain, j’étais à l’aise, calme. Le plus difficile a été après : les interviews, les micros, toutes ces caméras. J’ai toujours parlé catalan avec ma famille et mes amis, l’espagnol, je le pratiquais à l’école. Quatre jours après, au lendemain de mon premier match en tant que titulaire en Liga, contre le Betis (4-2, 21 janvier 2024), Xavi m’a félicité et souhaité un bon anniversaire devant tout le monde. Robert (Lewandowski) est venu me voir : « Tu as 17 ans, vraiment ? » Il n’en croyait pas ses yeux. J’avais peut-être encore une tête de bébé… Le Barça a toujours joué haut. En tant que central, parfois, tu es souvent dans le camp adverse et il n’y a que le gardien et 40 mètres d’espace dans ton dos. Il faut être très concentré et perdre le moins de ballons possible. La moindre erreur se voit énormément quand tu es défenseur central au Barça. Mais ça ne doit pas m’empêcher de jouer. Il peut m’arriver d’en commettre, je suis humain, mais je dois en faire le moins possible.”
Mes débuts en Ligue des champions “Mes coéquipiers m’appelaient le serveur du Mcdo”
“Avant Naples en huitièmes retour (3-1, le 12 mars 2024), Xavi me dit que je vais être titulaire, alors que je n’avais pas joué une minute à l’aller (1-1). En face, il y a (Victor) Osimhen, l’un des plus grands attaquants du monde. J’ai essayé d’être agressif mais calme, de bien défendre et bien ressortir la balle. On a eu quelques très beaux duels.
Quand on m’a annoncé dans le vestiaire que j’avais été élu homme du match, j’ai eu du mal à réaliser. Un autre moment qui restera, c’est contre l’étoile Rouge Belgrade (5-2, le 6 novembre 2024). Sur un duel, je baisse la tête, le joueur en face lève le pied et me touche au visage. Du sang se met à couler, mes coéquipiers qui s’inquiètent et appellent le « doc ». À la mi-temps, il me dit qu’il va falloir faire des points. Je lui demande d’abord de me laisser faire un selfie, pour l’envoyer à ma mère et lui dire que je vais bien, mais aussi pour garder un souvenir. (Il sourit.) Pour pouvoir jouer contre la Real Sociedad quelques jours plus tard, j’ai dû porter un casque de protection qui me faisait ressembler à un employé de chez Mcdonald’s. Mes coéquipiers m’appelaient le serveur du Mcdo. (Rires.)”
9 août 2024, finale des JO contre la France. À 17 ans, Pau Cubarsi, ici devant Jean-Philippe Mateta, glane l’or (5-3 a.p.). Le deuxième titre olympique de l’espagne après celui de 1992.
Ma découverte de la sélection “J’ai battu le record de Sergio Ramos”
“En mars 2024, j’arrive pour la première fois en sélection A. Je suis encore « le petit nouveau ». Je connaissais Lamine (Yamal) bien sûr. Mais la plupart des autres, je ne les avais vus qu’à la télé. Le premier jour, à table, j’essaie de m’intégrer, de parler un peu. Avoir Lamine à côté m’a beaucoup aidé. Après mes débuts (contre la Colombie, 0-1, le 22 mars), on m’a dit que j’avais battu un record de précocité comme défenseur, celui de Sergio Ramos (17 ans et 2 mois, contre 18 ans et 11 mois pour l’ancien Madrilène). Je ne me focalise pas sur ces choses-là. Je voulais honorer ma convocation et montrer que j’avais le niveau international.
Comme nous avons gagné l’euro et réalisé une bonne phase de qualifications (5 victoires, 1 nul), beaucoup nous voient comme des favoris de la prochaine Coupe du monde. Mais on ne doit pas penser à ça et rester concentrés à 100 % sur le jeu. Quand je pense aux États-unis, je me revois à Dallas, avec le Barça, le jour où j’ai porté pour la première fois le maillot de l’équipe première, en amical (en décembre 2023 contre le Club América, 2-3). J’espère pouvoir ajouter d’autres bons souvenirs américains l’été prochain !”
Ma vie en dehors du terrain “Avoir un jour pour étudier m’aide à m’aérer l’esprit”
“Je suis, à distance, des études d’administration et de gestion d’entreprise. Le calendrier est chargé. Avoir un jour par semaine pour étudier m’aide à m’aérer l’esprit. En déplacement, je regarde beaucoup de films et de séries, surtout d’action. J’aime aussi suivre la NBA et le tennis. La NBA, c’est parfois compliqué avec les horaires, mais quand on rentre tard d’un déplacement, je regarde un bout de match pour m’endormir. J’ai commencé à suivre les Warriors quand ils ont instauré leur dynastie (titrés en 2015, 2017, 2018 et 2022), j’aime beaucoup Steph Curry.”

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