Chaos et K.-O.


Jonas Vingegaard célèbre sa victoire lors de la 4e étape de Paris-Nice, hier.

Au bout d’une journée dantesque par ses conditions climatiques et son scénario, le Danois Jonas Vingegaard a frappé hier un grand coup sur Paris-Nice et largement éteint le suspense à l’issue de la 4e étape.

"C’est dans le top 3 des journées les plus dures 
que j’ai passées sur un vélo"
   - DAVID GAUDU

"C’est tellement spécial d’endosser le maillot jaune, 
que ce soit sur le Tour de France, Paris-Nice ou le Dauphiné"
   - JON'AS VINGEGAARD

12 Mar 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL 
THOMAS PEROTTO (avec YOHANN HAUTBOIS)

UCHON (SAÔNE-ET-LOIRE) – Il ne faisait pas bon mettre un cycliste dehors, hier, entre Bourges et Uchon. Sauf à s’appeler Jonas Vingegaard, petit moineau tout mouillé et à bretelles, qui a planté son drapeau aux couleurs de Visma-Lease a bike au sommet de la dernière ascension (8 km à 4,5 % et des passages à 16 %), reléguant tous les favoris à distance plus que confortable. Si Daniel Felipe Martinez a épaté avec trois coéquipiers de Red Bull-Bora-Hansgrohe (2e à 52 secondes), Kévin Vauquelin, désormais l’adversaire numéro 1, est maintenant à 3’39’’ (4e), Marc Soler à 5’45’’ (8e) et Oscar Onley à 8’37’’ (14e).

Brandon McNulty, le leader d’UAE Emirates-XRG, a abandonné, tout comme le maillot jaune, Juan Ayuso (Lidl-Trek), victime d’une grosse chute et transporté à l’hôpital où les examens dans la soirée n’ont révélé aucune fracture. Les gros bras sont décimés. Paris-Nice, qui s’était transformée depuis trois jours en course au sommeil, est sortie de sa torpeur, emportant beaucoup de monde tout en offrant un spectacle grandiose pour ceux qui étaient au chaud dans la voiture ou devant la télé.

La plus belle course d’une semaine du début de saison – la plus belle tout court de la saison osaient certains – a accouché d’un chantier rythmé par des bordures dès le km 0, un peloton éparpillé façon puzzle dans les toboggans qui longeaient la forêt et la Loire, le vent, la pluie glaciale, les chutes et donc un coup de force de Vingegaard.

Conditions épouvantables mais plaisir quand même, à écouter les protagonistes. « Moi, j’aime bien, c’est une vraie course. Au moins, on n’a pas le temps de s’ennuyer, je me suis régalé, rigolait Axel Zingle, coéquipier du Danois, après sa douche chaude. Une journée comme ça, avec ces conditions… Faire de la patinette dans les roues aurait été beaucoup moins agréable franchement. On est tous contents d’en avoir terminé mais on s’est fait plaisir. »

« C’était vraiment une journée folle, elle va rester dans la tête très longtemps…, soupirait Lenny Martinez, 6e du général (à 5’7’’) mais pris dans la première bordure à la sortie de Bourges. J’ai fini, je n’avais plus rien dans les jambes. On était tous morts. » « Totalement fou. Je pense que toutes les équipes, tous les coureurs, auront une histoire à raconter de cette journée, opinait Geraint Thomas, directeur course chez Ineos Grenadiers (voir ci-contre). Malheureusement pour nous, aucune de ces histoires n’a été bonne. On a eu beaucoup de malchance. »

David Gaudu, qui n’avait pas été piégé dans un premier temps, relevait le caractère « impitoyable » de Paris-Nice. « C’est dans le top 3 des journées les plus dures que j’ai passées sur un vélo, lâchait le leader de Groupama-FDJ United, nouveau 5e du général. Il faudra récupérer, car cette étape va laisser des traces. »

Tout a pété dans les dix premiers kilomètres, avec 40 coureurs à l’avant et de très nombreux beaux poissons piégés. Vingegaard, lui, était bien placé avec l’Italien Edoardo Affini. « Ce matin, dans le bus, Jonas nous a dit qu’il sentait que la moitié du peloton n’avait pas envie de démarrer, que notre rôle était de montrer qu’on était là. Il a donné beaucoup de motivation à tout le monde, c’était super à voir » , confiait Gaëtan Pons, l’un des directeurs sportifs de Visma-Lease a bike. « Il n’a pas arrêté de pleuvoir. Les bordures du début de l’étape ont dynamité la course. Ce n’était pas notre plan, on voulait juste être dans le premier groupe s’il y avait une cassure, appuyait-il, ravi du scénario final. On avait dit aux mecs avant le départ de bien faire attention, que ça risquait de bordurer. Avec ces routes complètement dégagées sur plusieurs kilomètres et un vent latéral, c’était sûr. »

La suite a été un long chemin de croix pour les hommes de derrière et une bataille permanente pour ceux qui étaient restés devant et avaient évité les différentes chutes. « Je pensais que le peloton se reformerait au bout d’un moment, comme c’est généralement le cas. Mais on a roulé tellement fort devant que ceux qui étaient derrière n’ont jamais réussi à revenir » , constatait Vingegaard, qui s’est détaché à moins de 50 kilomètres de l’arrivée en compagnie de quatre Red Bull-Bora-Hansgrohe (Martinez, les jumeaux Tim et Mick Van Dijke et Nico Denz).

Le Danois, comme un poisson dans l’eau dans ces conditions dantesques, peut désormais voir loin, et notamment Nice, avec sérénité. « J’ai une équipe très forte avec moi ici, et je me sens moimême très fort, appréciait-il. Mon objectif a toujours été de gagner Paris-Nice, et encore plus maintenant. C’est tellement spécial d’endosser le maillot jaune, que ce soit sur le Tour de France, Paris-Nice ou le Dauphiné, d’entendre la petite musique qui va avec sur le podium. J’espère que cela sera le cas les quatre prochains jours aussi. » La pluie, le vent et les bordures en moins, peut-être, pour épargner un peloton qui a copieusement dégusté.

***


Kévin Vauquelin, au centre, a été piégé hier très tôt par les bordures, 
qui ont commencé dès le kilomètre zéro.

« J’ai fini dans le champ, c’était mort »

Poussé par un coureur de Soudal-Quick Step selon lui, Kévin Vauquelin, pourtant en forme, a passé sa journée à chasser les favoris devant et n’a pas pu batailler avec Jonas Vingegaard.

"Il faut garder le positif, 
la bataille pour le podium est ouverte"
   - GERAINT THOMAS, DIRECTEUR 
     COURSE CHEZ INEOS GRENADIERS

12 Mar 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS

UCHON (SAÔNE-ET-LOIRE) – Son corps tétanisé par le froid ne parvient pas à décoller cette deuxième peau devenue gênante, ce maillot imbibé d’eau et trop lourd des emmerdes de la journée. Malgré l’aide d’un soigneur, des mouvements nerveux et désordonnés, Kévin Vauquelin passe un temps fou à se débarrasser de ses oripeaux et à enfiler des vêtements secs. Ses « fuuucckk! » répondent autant à ces sparadraps qu’à une étape passée à ferrailler contre tout, les éléments, la poisse et un coup du sort.

Le Normand (24 ans), deuxième du général au départ de Bourges le matin, ne prononça qu’une phrase et demie une fois rhabillé, percutante comme ses attaques : « J’étais à gauche avec mon équipe en première ligne, un mec de Soudal-Quick Step m’a poussé, j’ai fini dans le champ, je suis reparti dernier, bordure, c’était mort. En 500 mètres, c’était fini. »

Il n’a pas eu le temps de voir l’auteur du coup d’épaule – « Il ne vaut mieux pas que je le sache » – qu’un gros groupe de favoris avait pris la tangente (voir par ailleurs).

David Gaudu était aux premières loges ( « Je ne sais pas qui mais il le dégage quasiment devant moi et Kévin termine dans le champ ») sauf que le leader de GroupamaFDJ United, lui, a pu attraper le bon wagon, alors que le coureur d’Ineos Grenadiers a passé son temps à jouer à l’élastique, au gré des rubans d’asphalte serpentant dans le Morvan, le trou grimpant à 1’40, descendant parfois sous la minute. Mais, à la fin, le débours sur le vainqueur du jour et nouveau leader du général est sévère: 3’39.

Dans sa déveine, Vauquelin avait Oscar Onley, l’autre leader de sa formation, dans un groupe devant avec Joshua Tarling, et le staff britannique a estimé qu’il n’était pas justifié de prendre le risque de griller deux cartes pour en sauver une. « Kévin était dans un troisième groupe, Dorian ( Godon) l’a attendu, a rembobiné Geraint Thomas, directeur course chez Ineos Grenadiers. Ils ont pu revenir dans le deuxième groupe mais jamais sur l’avant de la course. »

La stratégie d’Ineos, décidément pas verni puisqu’un de leur véhicule a crevé, a d’autant plus explosé qu’Oscar Onley a chuté, s’est râpé le côté gauche pour finir à 8’35 du Danois. « C’est une journée très frustrante pour Kévin, regrettait le dirigeant gallois. S’il avait été devant, il aurait certainement été dans le match. Quand vous avez les jambes, vous avez envie de les utiliser et lui les avait, on a pu le voir dans la dernière ascension. »

Dans le dernier kilomètre brutal et minéral, l’ex d’Arkéa s’est extirpé d’un groupe qui comptait Marc Soler ainsi que deux autres Français, Lenny Martinez et Gaudu. L’ancien deuxième de Paris-Nice (2023) estimait avoir peut-être été la victime collatérale de la sortie de route de Vauquelin: « Le seul truc, c’est que Kevin doit être dans la première bordure. C’est dommage. Je pense qu’on aurait pu prendre encore plus de temps, car Ineos ne roulait pas du coup. »

Paradoxe de ces heures passées dans la grisaille, les trois Français sont aux portes du podium : Vauquelin (4e) a dans son viseur Georg Steinhauser (qui lui a chipé son maillot blanc de meilleur jeune au passage), Lenny Martinez (6e), également piégé dans la bordure, a sauvé la maison pendant que Gaudu, 5e (à 5’02) et en cannes, adoptait la posture du sage : « Je me sentais bien mais, dans le final, j’étais complètement cuit comme beaucoup de coureurs, je n’ai pas pu faire grand-chose dans la dernière bosse. Aujourd’hui ( hier), cela s’est bien passé, demain (aujourd’hui) cela peut très mal se passer. »

Vainqueur en 2016, Geraint Thomas connaît cette épreuve aussi bien que le Breton: « Il faut garder le positif, la bataille pour le podium est ouverte, Kévin peut gagner une étape. Rien n’est fini. Regardez aujourd’hui (hier), qui pouvait s’attendre à ça? »

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