FILIPPO GANNA: « La Cipressa m’a mis un gros coup au moral »


Tadej Pogačar (à droite) attaque dans la Cipressa et prend quelques mètres à Filippo Ganna, 
Mathieu van der Poel et Romain Grégoire (de droite à gauche), lors de Milan-San Remo 2025.

Deuxième en 2023 et en 2025, l’Italien Filippo Ganna n’avait pas vu venir l’attaque de Tadej Pogačar l’an passé, mais il a bossé pour garder davantage de lucidité jusqu’au bout. Samedi, il sera au départ de Milan-San Remo pour la gagne.

“J’aime entendre l’avis de gens qui ne sont pas des experts, 
des membres de ma famille, mon amoureuse, le chien, 
même si, hélas, il ne peut pas me répondre, le pauvre" 
   - FILIPPO GANNA

“Quand Tadej a attaqué, le rythme est devenu très intense, 
c’était l’un des plus gros efforts que j’ai jamais produits"
   - FILIPPO GANNA

19 Mar 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

L’an passé, ses couvre-chaussures noirs donnaient à son pédalage l’impression d’un coup de savate d’un autre temps. Au plus dur de l’effort, quand il se démenait pour boucher le trou derrière Mathieu van der Poel et Tadej Pogačar, sa tête se rétractait entre ses épaules, ses coudes s’écartaient et sa ligne d’ordinaire si parfaite, inamovible, se démantelait dans la violence du moment. Filippo Ganna luttait et avait des allures de forçat de la route. Cela tombe bien, l’Italien a un côté à l’ancienne qui a maturé avec l’âge, et cette propension à nager un peu à contre-courant colle bien avec sa quête de Milan-San Remo, ce Monument suranné, figé dans le temps, qui résiste au déluge de watts pour parfois sacrer un coureur moins fort, mais plus aguerri, plus malin.

Depuis trois ans, Ganna s’est ainsi imposé comme le troisième homme derrière Pogačar et van der Poel, moins fort que les deux monstres mais déjà deux fois deuxième (en 2023 et en 2025). À 29 ans, après des années à tout peser, tout mesurer, gavé de gains marginaux et de coefficients aérodynamiques, c’est comme si le Piémontais remontait d’apnée et relevait le nez, plus conscient de certaines choses, plus à l’écoute d’autres, plus sensible à ce qui se déroule autour de lui. 

Après les millimètres du contrela-montre ou de la piste, Ganna a dirigé sa quête sur le final foutraque et désordonné de San Remo. « Au début de l’hiver, j’ai voulu suivre un plan très pointilleux et au bout d’une semaine, j’ai explosé » , expliquait-il lors de Tirreno-Adriatico. Au soir de sa victoire sur le contre-la-montre, il développait: « Je n’ai pas recours à l’aide d’un psychologue ou d’un coach mental. Je préfère me confronter à des amis, j’aime entendre l’avis de gens qui ne sont pas des experts, des membres de ma famille, mon amoureuse, le chien, même si, hélas, il ne peut pas me répondre, le pauvre… Ils n’ont pas en tête les watts, l’alimentation, tout ça, ils sont plus à l’eau de rose. Et parfois cet apport extérieur compte plus que le 1 % de détail en interne. »

Face à tous ces « jeunes qui suivent des régimes ou pèsent tout », Ganna sourit au souvenir de son premier titre mondial sur piste, en 2016, qu’il avait conquis « en mangeant Nutella, oeufs brouillés et bacon. La nutrition est importante, la méthode aussi, mais la légèreté mentale encore plus » , synthétise-t-il. Il a lui-même essayé de perdre du poids cet hiver, notamment pour pouvoir mieux répondre aux coups de marteau de Pogačar dans la Cipressa. « Mais ça n’a pas très bien fonctionné » , rit-il derrière sa grosse barbe de marin.

Qu’importe, il comptait sur les premières courses de la saison pour affiner tout cela, et Tirreno-Adriatico l’a montré en jambes. Surtout, il sait que la Classicissima peut sacrer un vieux matou, qu’elle ne s’offre pas facilement à un coureur vert. « Au début je n’arrivais même pas à faire la Cipressa, puis seulement le pied, puis je l’ai passée, ensuite le Poggio et maintenant je peux tenir avec les meilleurs jusqu’à l’arrivée » , confie-t-il, listant comme facteurs de

cette progression « la maturation physique, le développement physiologique et la capacité à amener son corps à un niveau toujours plus élevé. Je crois que je vieillis, faire six heures me pèse moins que trois heures à fond, peut-être que mon coeur est comme un vieux (tracteur) Landini, il met du temps à démarrer, mais une fois lancé… » , rigole-t-il. Et il a aussi l’expérience, bien sûr, depuis la première de ses huit participations, en 2018, où il « avait probablement vécu la pire journée de [sa] vie » , les 300 km avec une fracture d’un os de la main qui n’avait pas été identifiée. L’Italien a ainsi tiré des enseignements de ses dernières prestations. « En 2023, je n’avais pas eu le courage de suivre van der Poel quand il a attaqué dans le Poggio, analyse-t-il, je pensais que Pogacar boucherait le trou, mais ça ne s’est pas passé comme ça. » En 2025, il a été traumatisé par la Cipressa. « C’est stressant pour moi de savoir qu’ils vont attaquer là. L’an dernier, la montée m’a mis un gros coup au moral. Je ne m’attendais pas à l’attaque là, j’étais un peu en retrait, on voyait les UAE bien placés devant, mais je ne comprenais pas vraiment leur intention. Quand Tadej a attaqué, le rythme est devenu très intense, c’était l’un des plus gros efforts que j’ai jamais produits. Heureusement, en tant que rouleur, tenir un rythme régulier ne me coûte pas trop. Si ça n’avait été que des accélérations, j’aurais plus souffert. Mais j’ai sans doute trop dépensé sur ce terrain pour faire un meilleur résultat. J’aurais pu mieux gérer, mais après plus d’une heure à très haute intensité, je n’étais plus très lucide. »

Filippo Ganna est désormais prévenu pour la Cipressa et il a bossé pour garder au moins une ampoule allumée en fonction des différents scénarios. Il espère que Pogačar ne sera pas capable de lâcher van der Poel, car il sait que dans ce cas, il ne sera pas là non plus pour la gagne. « On a vu que Mathieu est l’un des rares capables de le contrôler un peu, de le calmer, mais rien n’est jamais sûr, chaque année c’est particulier » , résumet-il, dans l’espoir de pouvoir profiter du muselage par le Néerlandais.

Il dit aimer de la Primavera ce « mélange d’émotions » , entre l’ennui du début et l’explosion imprévisible de la fin, cette « marche haletante et progressive » qui n’offre pas tout dès le départ. Il assure que la gagner n’est pas une obsession, mais il raconte aussi que jeune, il courait chez son entraîneur ou chez lui, après l’entraînement du matin, pour en voir le plus possible à la télévision, la seule avec le Giro qu’il suivait « en rêvant » . Il dit aussi avoir « l’envie d’écrire l’histoire, de faire partie de ce cercle restreint des vainqueurs de ce Monument » . Qu’il compare à une « roulette » , car il sait que samedi, la bille peut tomber de son côté.

***

Tadej Pogačar (a destra) attacca sulla Cipressa e guadagna qualche metro su Filippo Ganna,
Mathieu van der Poel e Romain Grégoire (da destra a sinistra), durante la Milano-Sanremo 2025.

«La Cipressa mi ha davvero demoralizzato»

Secondo nel 2023 e nel 2025, l’italiano Filippo Ganna non aveva previsto l’attacco di Tadej Pogačar l’anno scorso, ma ha lavorato per mantenere maggiore lucidità fino alla fine. 
Sabato, sarà al via della Milano-Sanremo per la vittoria.

“Mi piace sentire l’opinione di persone che non sono esperte,
i miei familiari, la mia compagna, il cane,
anche se, ahimè, lui non può rispondermi, poverino”
   - FILIPPO GANNA

“Quando Tadej ha attaccato, il ritmo è diventato molto intenso,
è stato uno degli sforzi più grandi che io abbia mai fatto”
   - FILIPPO GANNA

19 mar 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

L'anno scorso, i suoi copriscarpe neri conferivano alla sua pedalata l'aspetto di un ciclismo d'altri tempi. Nel momento più duro dello sforzo, mentre si dimenava per colmare il divario dietro a Mathieu van der Poel e Tadej Pogačar, la sua testa si ritraeva tra le spalle, i gomiti si allargavano e la sua linea, solitamente così perfetta e immutabile, si sgretolava nella violenza del momento. Filippo Ganna lottava e sembrava un galeotto della strada. E questo va bene, perché l’italiano ha un lato all’antica che è maturato con l’età, e questa propensione a nuotare un po’ controcorrente si adatta bene alla sua ricerca della Milano-Sanremo, quel Monumento antiquato, congelato nel tempo, che resiste alla valanga di watt per incoronare a volte un corridore meno forte, ma più esperto, più astuto.

Negli ultimi tre anni, Ganna si è così affermato come il terzo uomo dietro Pogačar e van der Poel, meno forte dei due mostri ma già due volte secondo (nel 2023 e nel 2025). A 29 anni, dopo anni passati a pesare e misurare tutto, stufo di guadagni marginali e coefficienti aerodinamici, è come se il piemontese riemergesse dall’apnea e alzasse il naso, più consapevole di certe cose, più attento ad altre, più sensibile a ciò che accade intorno a lui.

Dopo i millimetri della cronometro o della pista, Ganna ha puntato tutto sul finale caotico e disordinato di Sanremo. «All'inizio dell'inverno ho voluto seguire un programma molto rigoroso e dopo una settimana sono crollato», spiegava durante la Tirreno-Adriatico. La sera della sua vittoria nella cronometro, aggiungeva: «Non ricorro all'aiuto di uno psicologo o di un mental coach. Preferisco confrontarmi con gli amici, mi piace sentire l’opinione di persone che non sono esperte, i miei familiari, la mia compagna, il cane, anche se, ahimè, lui non può rispondermi, povero… Loro non pensano ai watt, all’alimentazione, a tutte quelle cose, sono più spensierati. E a volte questo contributo esterno conta più dell’1% di dettaglio interno

Di fronte a tutti questi «giovani che seguono diete o pesano tutto», Ganna sorride al ricordo del suo primo titolo mondiale su pista, nel 2016, che aveva conquistato «mangiando Nutella, uova strapazzate e bacon. «L'alimentazione è importante, il metodo anche, ma la leggerezza mentale lo è ancora di più», sintetizza. Lui stesso ha cercato di perdere peso quest'inverno, in particolare per poter rispondere meglio alle accelerazioni di Pogačar sulla Cipressa. «Ma non ha funzionato molto bene», ride dietro la sua folta barba da marinaio.

Non importa, contava sulle prime gare della stagione per mettere a punto tutto questo, e la Tirreno-Adriatico ha dimostrato che è in forma. Soprattutto, sa bene che la Classicissima può incoronare un veterano, e che non si concede facilmente a un corridore alle prime armi. «All’inizio non riuscivo nemmeno a farla, la Cipressa, poi solo a tenere il passo, poi l’ho superata, poi il Poggio e ora riesco a stare con i migliori fino all’arrivo», confida, elencando come fattori di questa progressione «la maturazione fisica, lo sviluppo fisiologico e la capacità di portare il proprio corpo a un livello sempre più alto. «Credo di stare invecchiando, fare sei ore mi pesa meno di tre ore a tutto gas, forse il mio cuore è come un vecchio (trattore) Landini, ci mette un po’ a partire, ma una volta che si avvia…», ride. E ha anche l’esperienza, ovviamente, dalla prima delle sue otto partecipazioni, nel 2018, quando «aveva probabilmente vissuto la giornata peggiore della [sua] vita», i 300 km con una frattura a un osso della mano che non era stata diagnosticata. L’italiano ha così tratto insegnamenti dalle sue ultime prestazioni. «Nel 2023 non ho avuto il coraggio di seguire van der Poel quando ha attaccato sul Poggio», analizza, «pensavo che Pogačar avrebbe chiuso il buco, ma non è andata così. » Nel 2025, la Cipressa lo ha messo a dura prova. «È stressante per me sapere che attaccheranno proprio lì. L'anno scorso, la salita mi ha dato un duro colpo al morale. Non mi aspettavo l'attacco lì, ero un po' indietro, vedevamo gli UAE ben piazzati davanti, ma non capivo bene le loro intenzioni. Quando Tadej ha attaccato, il ritmo è diventato molto intenso, è stato uno degli sforzi più grandi che io abbia mai fatto. Per fortuna, essendo io un fondista, mantenere un ritmo costante non mi costa troppo. Se fossero state solo accelerazioni, avrei sofferto di più. Ma di sicuro ho speso troppo su quel terreno per ottenere un risultato migliore. Avrei potuto gestirmi meglio, ma dopo più di un’ora ad altissima intensità non ero più molto lucido.”

Filippo Ganna è ormai avvisato per la Cipressa e ha lavorato per mantenere almeno una riserva di energia in base ai diversi scenari. Spera che Pogačar non riesca a staccare van der Poel, perché sa che in quel caso nemmeno lui sarà in lizza per la vittoria. «Abbiamo visto che Mathieu è uno dei pochi in grado di controllarlo un po’, di calmarlo, ma nulla è mai sicuro, ogni anno è una storia a sé», riassume, nella speranza di poter approfittare del contenimento da parte del neerlandese.

Dice di amare, della Classicissima di Primavera, quel «misto di emozioni», tra la noia iniziale e l’esplosione imprevedibile del finale, quella «marcia ansimante e progressiva» che non svela tutto fin dall’inizio. Afferma che vincerla non è un'ossessione, ma racconta anche che da giovane correva a casa del suo allenatore o a casa sua, dopo l'allenamento mattutino, per vederne il più possibile in televisione, l'unica insieme al Giro che seguiva «sognando». Dice anche di avere «la voglia di scrivere la storia, di far parte di quella ristretta cerchia di vincitori di questa Monumento». Che paragona a una «roulette», perché sa che sabato la pallina potrebbe cadere dalla sua parte.

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