PARIS-BAYERN - En Ligue des champions, un PSG en gang organisé


Le club de la capitale défie le Bayern Munich en demifinale aller de la compétition reine du football européen, ce mardi au Parc des princes. 
Sûr de ses forces après avoir essoré Chelsea et Liverpool, entre fureur individuelle et doxa collective.

La nature et l’origine des vents de dévastation qui poussent 
l’équipe vers un second sacre européen n’est pas facile à décrire.

28 Apr 2026 - Libération
Par Grégory Schneider

Le karma : quelque part entre ce que le club parisien a accompli et ce que le monde extérieur en comprend aujourd’hui. Adversaires compris. Ce printemps, celui des joueurs parisiens brille avec une intensité exceptionnelle. Le mardi 21 avril, en marge de la dérouillée essuyée au Parc des princes par le FC Nantes (victoire 3-0 du PSG), l’entraîneur du club de la capitale, Luis Enrique, s’est permis un petit tour du propriétaire devant les micros, entre inspecteur des travaux finis et contremaître lustrant les derniers détails avant livraison. Dont Khvicha Kvaratskhelia, son ombrageux attaquant géorgien, soupçonné d’indexer son investissement sur le prestige des rencontres qu’il dispute : «Ah, s’il était bon [contre Nantes], c’est qu’il a pensé jouer un match de Ligue des champions, non? (Rires dans la salle) Je ne vais pas parler de ses qualités de footballeur. Vous les voyez comme moi. Je veux souligner son caractère. La hargne, la manière dont il défend tout le match… Un guerrier, qui transmet aux autres des sensations positives avec le ballon. On en revient toujours à la manière dont ça se répercute sur l’équipe. C’est la chose la plus importante.»

Invocations magiques

Le talent comme un prérequis. Le haut niveau, c’est autre chose. L’expressionnisme, la volonté de marquer au fer son équipe et celle d’en face. Le message n’était ni pour les reporters ni pour le grand public : comme souvent, l’Asturien s’adressait aux joueurs, toujours attentifs au moindre battement de cils médiatique de leur coach. Si besoin était, une piqûre de rappel. Puis, sur l’étrange propension qu’a son équipe à manquer les penaltys durant les matchs cette saison (quatre transformés sur sept à date), induisant une rotation au long cours chez les tireurs : «On en a parlé cette semaine. Par le passé, on a montré qu’on avait beaucoup de joueurs avec la qualité pour briller dans cet exercice mais on manque aussi d’un pur spécialiste. Donc, il faut en revenir à la notion d’équipe. Si plusieurs joueurs [sept] ont tiré les penaltys cette saison, d’autres peuvent aussi le faire; [Achraf ] Hakimi, João Neves, [Lucas] Beraldo… Il y en a beaucoup. Si je fais le compte, dix joueurs présentent des garanties. Pour dire la vérité, contre Nantes, ils étaient trois à pouvoir prendre la responsabilité. Vous savez quoi? Ils ont décidé entre eux, sur le moment. Kvaratskhelia a récupéré le ballon mais ça aurait pu être les deux autres. J’ai confiance dans les dix. Pour le reste, c’est à eux de voir.» A ce train-là, ça finira bien par se décider au chifoumi : on retrouverait au moins ce côté ludique, arrogant et un peu hors-sol qui frappe depuis les tribunes ces dernières semaines. Ce mardi, Willian Pacho et consorts accueillent porte d’Auteuil le Bayern Munich en demi-finale aller de Ligue des champions (1). Et, on l’aura compris, tout le monde pédale dans le vide depuis deux mois. Luis Enrique, qui peint la girafe et les tireurs de penalty. Les suiveurs, qui nagent dans l’océan de félicité entourant l’équipe depuis le barrage tendu contre l’AS Monaco (3-2 en Principauté, 2-2 au retour) mi-février. Luis Campos, le directeur sportif de fait, rendu au chômage technique sur le marché des transferts car le vestiaire vit désormais à périmètre constant, il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que Dembélé et compagnie l’ont exprimé en laissant croupir dans les limbes Lucas Chevalier et Illya Zabarnyi, les deux recrues estivales. Et même les adversaires. A dire vrai, c’est d’abord cela qui frappe. Entre les deux quarts de finale survolés sur le même score (2-0) contre un FCLiverpool qui n’aura pas existé ou si peu, disons juste assez pour faire illusion aux yeux des gogos qui suivent le football à des kilomètres, nos confrères anglais ont fini par tiquer quand le coach des Reds, Arne Slot, a évoqué pour la énième fois le fait de disputer le match retour dans leur mythique stade de Anfield Road comme motif d’espoir exclusif, le seul à disposition pour remonter des joueurs traumatisés par la supériorité parisienne lors du premier acte. Des invocations magiques, entre patine vintage et appel au peuple : si être dominé est une chose, l’accepter dans ces proportions en est une autre. Surtout à l’aune d’un football anglais cultivant depuis plus d’un siècle une irréductibilité profonde. Trois semaines avant Liverpool, les Blues de Chelsea perdaient la face et leur coach Liam Rosenior (même si ça aura mis le temps) sur une séquence de possession parisienne de quarante-trois passes et deux minutes pile sur la pelouse de Stamford Bridge. Impensable à ces altitudes.

Autonomie grandissante

Pourtant, on en est là. Des Himalaya de facilité. En février, alors que les Parisiens perdaient quatre matchs en sept semaines et étaient dans le dur, un ex-international de rugby affichait son scepticisme et nous expliquait la vacuité de la théorie dite «de l’interrupteur», une équipe se réchauffant à l’idée qu’elle finira bien par remettre la main sur l’engagement et les équilibres qui lui ont permis de gagner des titres par le passé, rien moins qu’une éternité sportive. «On a attendu, attendu… Et quand on s’est cassé la gueule en fin de saison, on s’est tous rendu compte qu’il n’existe rien de tel. Repartir sur quelque chose d’autre, qui peut te ramener au sommet, peutêtre. Refaire, jamais. Le sport de haut niveau est trop difficile à paramétrer. Je crois qu’aujourd’hui, on serait toujours incapable d’expliquer ce qu’on a perdu, ni pourquoi on l’a perdu, ni même quels joueurs étaient concernés. Sans doute aucun. Ou un peu tout le monde.»

De fait, la formation parisienne ne marche pas dans les traces de la saison passée. Elle avait alors souffert, s’accrochant aux branches et aux performances XXL de leur gardien d’alors, Gianluigi Donnarumma, lors de matchs retours épiques à Liverpool ou Aston Villa. En comparaison, personne ne sait aujourd’hui vraiment quoi penser du successeur de l’Italien, Matveï Safonov. Si Hakimi a retrouvé un bon niveau, le latéral droit n’est plus le monstre pouvant prétendre au ballon d’or qui faisait monter ses coéquipiers de deux étages au printemps 2025. Dembélé marque trois fois moins. Et Fabian Ruiz, le milieu de terrain le plus régulier à défaut d’être le plus brillant, revient tout juste après plus de trois mois à soigner une inflammation ligamentaire au genou gauche. Pourtant, ces gars-là démolissent tout ce qui passe. Le club n’ayant pas pour habitude de donner grand-chose de lui-même en dehors du terrain, la nature et l’origine des vents de dévastation qui poussent l’équipe vers un second sacre européen n’est pas facile à décrire.

En creux, Luis Enrique évoque cependant une autonomie grandissante du vestiaire, créditée par les symposiums précédant les penaltys et, surtout, les mises au point tendues entre joueurs en amont d’un barrage contre Monaco où tous avaient flairé le danger. Un jour, le journaliste et écrivain Antoine Blondin avait gravé dans l’Equipe la dichotomie originelle entre les deux manières possibles d’organiser un groupe d’hommes chassant un objectif dans un contexte hostile et hautement concurrentiel : le gang ou le séminaire. Toujours l’un ou l’autre.

Une malédiction

Le gang, c’est une logique de coups, fondée sur des synergies mouvantes et agitées. Chacun son rôle, chacun sa part. A l’inverse, le séminaire sous-tend l’application studieuse d’un discours tenu par une autorité, du haut vers le bas, Luis Enrique et son obsession pour la polyvalence des joueurs dans le cas des Parisiens.

Si la doxa tactique et collective du coach espagnol tient l’équipe par tous les bouts, les derniers mois racontent ainsi un équilibre. Entre un discours dominant partagé par tous et la faculté des joueurs à l’interpréter et le faire vivre. Ce qui renvoie à la discrétion de Kvaratskhelia quand les matchs ne l’intéressent pas. Et à sa fureur quand il va dévorer ballon au pied un défenseur anglais lors des grands soirs européens. Le gang ET le séminaire. Affronter le PSG aujourd’hui est une malédiction. Sauf à donner du crédit à un récit alternatif, dissonant, largement minoritaire à ce stade, porté par une poignée de confrères et de consultants des deux côtés de la Manche. Il prend sa source sur une inversion de perspectives, c’est-à-dire dans le ridicule (Liverpool, Chelsea, Manchester City cartonné chez les Norvégiens de Bodo/Glimt) ou les difficultés (Arsenal, qui disputera sa demi-finale aller de Ligue des champions mercredi sur la pelouse de l’Atlético Madrid) des équipes de Premier League sur le front européen.

Avant-garde

Et il n’est pas nouveau non plus. Ce narratif raconte un championnat anglais tellement intense, tellement dominant sur le plan culturel qu’il sape au long cours la résistance et la consistance mentale des joueurs. Là où le Paris-SG obtient le report de ses matchs de Ligue 1 d’un claquement de doigts et envoie sept remplaçants prendre du temps de jeu à Angers samedi sans courir le moindre risque (3-0).

Les clubs anglais comme des tigres de papier. Et leur corollaire: le Paris Saint-Germain et le Bayern Munich, éternel champion d’Allemagne sans être jamais challengé, dans un désert. Les hautes solitudes. Où ces deux-là vivent de façon bien différentes. Choisi par défaut en mai 2024 alors qu’il venait d’être relégué en Championship (le deuxième échelon anglais) avec Burnley, pas vraiment le genre d’exploit permettant de s’ouvrir les portes d’un mastodonte européen comme le Bayern, l’entraîneur belge Vincent Kompany y a mis depuis le premier matin une manière de séduction complice, allant dans le sens des joueurs et d’une modernité consistant à s’ouvrir au monde et aux idées nouvelles.

Au-delà des échauffements en musique, c’est l’immense leçon qu’il aura donnée au coach de Benfica José Mourinho en février lors de l’affaire Gianluca Prestianni, accusé par l’attaquant du Real Madrid Vinicius d’insultes racistes à son endroit, qui aura marqué son vestiaire et au-delà. Envoyer Mourinho dans les limbes du passé en dénonçant une rhétorique d’un autre âge n’était pas donné à tout le monde. Vieille histoire quand même. Le club bavarois s’est en effet toujours vu comme une avant-garde tirant tout le foot allemand, jusqu’à former une sorte de sélection bis. Ou éclairant son chemin, le passage à un football tout en technique et en possession du ballon au début des années 2010 n’ayant pas peu fait pour la cause nationale. Les Parisiens existent autrement. Faire vivre le ballon, c’est bien assez. Après tout, il ne sera pas question d’autre chose ce mardi Porte d’Auteuil.


(1) Coup d’envoi à 21 heures, en direct sur Canal + Foot

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